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lui succéda quand il fut mort. Il ne nous appartient pas de dire ici les travaux de son épiscopat, nous remarquerons seulement qu'au milieu de ses occupations, il n'oublia jamais le soin de la lecture. Il savait le concilier avec l'obligation qu'il s'imposait d'un travail manuel. Il s'occupait, dit sa biographie, plus volontiers à faire desbas à l'aiguille, parce qu'il le pouvait faire enlisant. Nous ne trouvons aucun renseignement sur les études et les connaissances grecques de Saint Hilaire. Cependant, dans sa discussion avec le pape Saint Léon, on peut surprendre la tradition hellénique, dont Rome se sépare nettement au cinquième siècle. Le clergé gaulois conservait encore quelque indépendance, il suivait l'exemple de Saint Irénée, qui avait maintenu dans l'église certains usages orientaux (').

N'oublions pas que, depuis longtemps déjà, des îles Lipari aux îles d'Hyères, les solitaires orientaux s'étaient établis dans les divers asiles que leur offraient les côtes de l'Italie et de la Gaule. C'est par ce chemin que la vie monastique a passé de l'Orient dans ce pays, Eucher le dit nettement en parlant de Lérins: « Haec tum habet sanctos senes illos qui ^Egyptios patres Galliis nostris intulerunt(*). »

Lérins avait le privilège d'attirer dans sa solitude les hommes que le monde admirait pour leur science. Tel fut Eucher, qui devint plus tard évêque de Lyon, et que l'église honore comme un saint. Père de deux fils, Salone et Véran, qui furent évêques du vivant même de leur père, il les avait instruits lui-même et il les mit ensuite à Lérins. Il s'y retira bientôt lui aussi, et c'est là qu'on vint le prendre vers 434 pour en faire l'évêque de Lyon. C'était un écrivain du plus grand mérite; il avait dans le style une pureté, une noblesse, une

(<) Ampère, t. II. p. 73.

(») De laude Eremi. p. 40. Antverp. 1621.

richesse d'imagination, une sûreté de goût, qui témoignent encore aujourd'hui de la bonne éducation qu'il avait reçue avant d'être évêque et peut-être chrétien. Il avait des notions exactes sur tous les systèmes de la philosophie ancienne; et on le voit dans un de ses écrits emprunter une citation au plaidoyer de Cicéron pour Métellus(1).

Il a dans le style un éclat assez vif d'images. Il écrit par exemple à Saint Honorât, pour le remercier de lui avoir envoyé une lettre de l'île de Lérins, et faisant allusion aux tablettes dont on se servait encore, il dit : « Vous avez rendu à la cire tout son miel (*). » Cette phrase gracieuse ne suffirait pas à attester qu'Eucher eût fait des études grecques. Mais nous en avons des preuves plus certaines.

On sait que Saint Eucher fit grand usage dans l'explication des écritures du sens anagogique. On appelle ainsi une interprétation des livres saints en passant du sens naturel au sens mystique. Cet usage se rattache aux premiers temps de l'église. Saint Méliton et Saint Epiphane en ont laissé les plus anciens exemples dans leurs écrits.

On peut voir ce que nous disons plus loin de ces interprètes dans notre étude sur les Physiologus ou Histoires naturelles moralisèes.

On supposait que Saint Eucher avait suivi Méliton dans les explications qu'il a données de certains livres de la Bible. En effet, Eucher, pour répondre à ce goût d'interprétation anagogique qui se répandait chaque jour davantage dans l'église et surtout dans celle de la Gaule méridionale, entreprit de faire un abrégé clair et pratique des formules Mélitoniennes, en même temps qu'un auteur

(*) Lérins au cinquième siècle, par l'abbé Le Goux. p. 64.

(•) S. Hilaire. Serm. de Vit. S. Honorât, ch. IV, § 22. — Lérins. p. 166.

grec, nommé Adrianus, connu seulement par un mot de Cassiodore, exécutait une semblable rédaction à l'usage des Grecs. Or, Dom Pitra, après de laborieuses recherches, a découvert (!) l'ensemble des explications rédigées par Saint Méliton. « Il suffit, dit l'abbé Le Goux, de jeter un coup d'oeil sur le livre des Formules de l'intelligence spirituelle, pour se convaincre que Saint Eucher a religieusement suivi la pensée et le plan même de son devancier. Il a seulement réduit.... ce qui était plus développé dans Saint Méliton (*). »

On lit dans le même auteur : « On ne sait pas s'il faut lui attribuer un commentaire sur la Genèse, et un autre sur le Livre des Rois. Le style de ces ouvrages n'est pas indigne de lui, et le fond prouve une grande connaissance des langues hébraïque et grecque, connaissance que la lecture des Instructions à Salone révèle chez Saint Eucher (3). »

Claudien Mamert, frère de Saint Mamert, évêque de Vienne, nous apprend que Saint Eucher tenait souvent à Lyon, des conférences, dans lesquelles il donnait toujours des preuves de sa science et de son zèle.

Claudien Mamert était un juge excellent du savoir de Saint Eucher. Il avait été moine dans sa jeunesse, et avait étudié tous les bons auteurs grecs et latins (4). Il était géomètre, poète, orateur, dialecticien, interprète de l'écriture sainte, exercé à résoudre toutes les erreurs. Il soulageait son frère dans ses fonctions, et travaillait infatigablement. Il écrivit un traité de la nature de l'âme ; Sidoine Apollinaire, à qui il l'avait envoyé, l'en remercie par une lettre, où il le compare aux meilleurs auteurs ecclésiastiques (*). Il a donc le droit de figurer dans ce groupe d'hommes éclairés, dont la Gaule s'honore au cinquième siècle, et que l'hellénisme a contribué à former (*).

(') Spicil. Solesmen.se. t. II. proleg. p. 23.

(*) Lérins au cinquième siècle, p. 166.

(*) Ibid. p. 169.

(') Sidoine Apollinaire dit de lui, liv. IV, lettre 11:

«Sous ce gazon reposeClaudien.l'orgueiletladouleur de son frère Mamert. honoré comme une pierre précieuse de tous les évêques. En ce maître brilla une triple science, celle de Rome, celle d'Athènes et celle du Christ. »

Germani decus et dolor Mamerti,
Mirantum unica gemma Episcoporum,
Hoc dat cespite membra Claudianus.
Triplex bibliotheca quo magistro
Romana, Attica, Christiana fulsit...
Orator, dialecticus, poeta,
Tractator, geometra, musicusque,
Doctus solvere vincla qusestionuni...

L'historien de la Civilisation en France, a rendu, en termes très-vifs, hommage au mouvement intellectuel dont la Gaule fut le théâtre au quatrième et au cinquièrae siècle ('). Si notre patrie a conservé une vie si animéedans la Lyonnaise, la Viennoise, la Narbonnaise et l'Aquitaine, il n'hésite pas à en attribuer la cause à l'influence prolongée de la philosophie grecque dans ces provinces. Si l'Espagne, l'Italie, sont à cette époque beaucoup moins actives que la Gaule, beaucoup moins riches en études et en écrivains, c'est que, depuis un siècle déjà, les études helléniques ont cessé d'y être cultivées. Parmi les Gaulois, au contraire, elles se conservent dans différents foyers à la fois. On trouve chez eux des philosophes de toutes les écoles grecques, « tel est mentionné comme Pythagoricien, tel autre comme Platonicien, tel comme Epicurien, tel comme Stoïcien.» Tout atteste en un mot, ajoute M. Guizot, que sous le point de vue philosophique comme sous le point de vue religieux, la Gaule, était à cette époque, en Occident du moins, la portion la plus animée, la plus vivante de l'Empire. Tant il est dans le génie de la Grèce de communiquer à tout le mouvement et la vie!

(i) Sid. Apoll. epist. lib. V, liv. 2. «Librura de statu animse tribus voluminibus illustrem Maraertus Claudianus peritissimus Christianorum philosophus, et quorumlibet primus eruditorum, totis sectat» philosophi» membris, artibus, partibusque comereet excolere curavit, novem, quas vocaut Musas, disciplinas aperiens esse, non fseminas. » Parisiis, MDXC1X.

(') Bibl. Patrum. t. IV, p. 698.—De Mamertini Claudiani scriptis et philosophia dissertatio. A. C. Germain. Paris, 1840.— Sidon. Apoll. epist. IV, c. 11. — Ignobilium autem philosophorum plèbe rejecta,Claudianuspotiores quosque deligit, qui veritatem tueantur...ex his ergo quos contra veritatera vocat vocem veritatisoportetaccipiatet^enMinœpriwwmffrœcjœctawiciim, multisonam pytluxgoreorum tubam et lituum Platonis. Pythagor» igitur, quia nihil ipse scripserit, apud discipulos quserenda sententia est. In quibus vel potissimum floruisse Philolaum reperit, qui, multis voluminibus de intelligendis rébus, et quid quaeque signiflcent oppido obscure disserit, ac priusquam de anima; substantia décernât, de mensuris, etc.. A. C.Germain, 53 Claudianus ad Philolaum tandem redit, cujus insignem tune

irtpi ^uo|as>v xal [iétpcov, librum incorporalitatis auctorem invocat. Duorum prœterea Phytagoricorum simul et Tarentinorum, Archytse et Eumenis, testimonium profert, certus scilicet neminem contradicturum, si quis hoc idem sensisse scriptisque tradidisse Archippum, Epaminondam, Aristeum, Gorgiadem, Diodorum, et omnes Pythagorse discipulos afflrmaverit. Tum Platonem adducit in médium... Plisedrum igitur et Phsedonem testes vocat, quid idem Plato in Hipparcho, quid in Lâcheté, in Protagora, in Symposio, in Alcibiade, in Gorgia. in Critone, in Timsao de anima pronuntiaverit, brevitatis gratia missum faciens. Cujus insuper philosophorum omnium principis auctoritatem platonici Porphyrii auctoritate confirmât, qui multis post Platonem sseculis, a Magistro nusquam in cadem causa dissentit. Ibid. p. 58. A. C. Germain. — Platonicus... non autem, ut innuit Jacob. Bruckeru8, peripateticus dici potest Claudianus, nisi forte de philosophandi modo tantum intelligatur. Argumentorum scilicet substantiam ex Platone, formam ex Aristotele depromit. Neque enim Aristotelem minus quam Platonem Callet, ut pote qui Aristotelis categorias seque ac Platonis dialogos in médium proférât. Ibid.

Fauste fut moine d'abord, abbé ensuite (433) du couvent de Lérins. Il en sortit plus tard pour monter sur le siège épiscopal de la ville de Riez, dans les Basses-Alpes (462). Son pays originaire était la Bretagne. Comme Pelage, il était venu de ces écoles d'Irlande où la raison conservait une grande liberté.On peut croire, et l'on sait même que, comme Pelage, il était versé dans la connaissance du grec et de la philosophie antique. Il connaissait Platon, il ne l'avait pas oublié en entrant à Lérins ('). Même, il y continua ses études, pour se mettre mieux au courant des diverses écoles, afin de réfuter plus sûrement l'erreur. On le voit adresser une lettre à Grsecus, diacre de Marseille, pour le détourner de l'hérésie

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