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Papiani Responsum recueillirent des lois déjà vieillies et en partie inapplicables. Par la chute de l'Empire et l'invasion , tout l'ordre social devait changer; les relations des hommes étaient différentes, un autre régime de la propriété commençait; les institutions politiques romaines ne pouvaient subsister; les faits de tout genre se renouvelaient sur toute la face du territoire. Et quelles lois donne-t-on à cette société naissante,désordonnée, mais féconde? Deux lois anciennes : les anciennes coutumes barbares et l'ancienne législation romaine. Évidemment ni les unes ni les autres ne pouvaient lui convenir; les unes et les autres devaient se modifier, se métamorphoser profondément, pour s'adapter aux nouveau\ faits.

Quand donc nous disons qu'au vi* siècle le droit romain s'est perpétué, que les lois barbares ont été écrites; quand nous trouvons dans les siècles postérieurs toujours les mêmes mots : droit romain, lois barbares, ne croyez pas que nous parlions du même droit, des mêmes lois. En se perpétuant, le droit romain a changé; après avoir été écrites, les lois barbares se sont dénaturées. Les uns et les autres sont au nombre des éléments essentiels de la société moderne; mais comme des éléments entrent dans une combinaison nouvelle, qui naîtra d'une longue fermentation, et au sein de laquelle ils n'apparaîtront que transformés.

C'est à cette transformation successive, Messieurs , que j'essaierai de vous faire assister; les historiens n'en parlent pas; des mots invariables la couvrent; c'est un travail intérieur, un spectacle profondément caché, et auquel on n'arrive qu'en perçant beaucoup d'enveloppes, en se défendant de l'illusion que nous fait la similitude des formes et des noms.

Nous voilà au terme de nos recherches sur l'état de la société civile en Gaule du vie siècle au milieu du vme. Nous étudierons dans notre prochaine réunion les changements survenus dans la société religieuse à la même époque, c'est-à-dire l'état et la constitution de l'Église.

DOUZIÈME LEÇON.

Objet de la leçon. — De l'état de l'Église en Gaule, du vi* siècle au milieu du vi ir — Analogie de l'état primitif de la société religieuse et de la société civile. —De l'unité de l'Église, ou de la société spirituelle.— Des deux éléments ou conditions de la société spirituelle: 1° unité de la vérité, c'cst-à dire de la raison absolue ; 2e liberté des esprits, c'est-à-dire de la raison individuelle. — De l'état de ces deux idées dans l'Église chrétienne, du vr au vin' siècle.—Elle adopte l'une et méconnaît l'autre—De l'unité de l'Église dans la législation. — Conciles généraux.— Différence entre l'Église d'Orient et l'Église d'Occident, quant à la poursuite des hérétiques. — Des rapports de l'Église avec l'État, du vr au vni* siècle : 1° dans l'Empire d'Orient; 2° dans l'Occident, et spécialement dans la gaule-franque. — Intervention du pouvoir temporel dans les affaires de l'Église. — Du pouvoir spirituel dans les affaires de l'État.—Résumé.

Messieurs ,

Nous rentrons aujourd'hui dans une route où nous avons déjà marché; nous reprenons un fil que nous avons tenu : nous avons à nous occuper de l'histoire de l'Église chrétienne en Gaule, depuis l'accomplissement de l'invasion jusqu'à la chute des rois mérovingiens, c'est-à-dire du vie au milieu du vme siècle.

La détermination de cette période n'est point arbitraire; l'avènement des rois carlovingiens a marqué une crise dans la société religieuse aussi bien que dans la societé civile. C'est une date qui fait époque, et à laquelle il convient de s'arrêter.

Rappelez-vous, je vous prie, le tableau que j'ai tracé de l'état de la société religieuse en Gaule avant la chute définitive de l'Empire romain, c'est-à-dire à la fin du ive et au commencement du V siècle. Nous avons considéré l'Église sous deux points de vue : 1° dans sa situation extérieure, dans ses rapports avec l'État; 2° dans sa constitution intérieure, dans son organisation sociale et politique. A ces deux problèmes fondamentaux se rallient, nous l'avons vu, toutes les questions particulières, tous les faits. . . ...»' «. -.-^

Ce double examen nous a fait entrevoir, dans les cinq premiers siècles de l'Église, le germe de toutes les solutions des deux problèmes, quelque exemple de toutes les formes, des essais de toutes les combinaisons. Point de système, soit quant aux relations extérieures de l'Église, soit quant à son organisation intérieure, qui ne puisse remonter jusqu'à cette époque, et s'y rattacher à quelque autorité. L'indépendance , l'obéissance, la souveraineté ou les transactions de l'Église avec l'État, le presbytérianisme ou l'épiscopat, l'absence complète du clergé ou sa domination presque exclusive, nous avons tout rencontré, tout aperçu.

Nous venons d'examiner l'état de la société civile après l'invasion , dans les vie et vue siècles, et nous sommes arrivés au même résultat. Nous y avons également trouvé le germe, l'exemple de tous les systèmes d'organisation sociale et de gouvernement: la monarchie, l'aristocratie et la démocratie ; les assemblées d'hommes libres; le patronage du chef de bande sur ses guerriers, du grand propriétaire sur les propriétaires inférieurs; la royauté absolue et impuissante, élective et héréditaire, barbare, impériale et religieuse; tous les principes, en un mot, qui se sont développés dans la vie de l'Europe moderne, nous ont dès lors simultanément apparu.

Remarquable similitude, Messieurs, dans les origines et l'état primitif des deux sociétés : la richesse et la confusion y sont pareilles; toutes choses y sont; aucune à sa place et dans sa mesure; l'ordre y viendra avec le développement; en se développant, les éléments divers se dégageront, se distingueront, déploieront chacun ses prétentions et ses forces propres, d'abord pour se combattre, ensuite pour transiger. Telle sera l'œuvre progressive du temps et de l'homme.

C'est à ce travail que nous allons désormais assister: nous avons saisi, dans le berceau des deux sociétés, tous les éléments matériels, tous les principes rationnels de la civilisation moderne; nous allons les suivre dans leurs luttes, leurs négociations, leurs amalgames, dans toutes les vicissitudes de leur destinée spéciale et commune. C'est là, à proprement parler, l'histoire de la civilisation; nous n'avons guère fait encore que reconnaître le théâtre de cette histoire, et en nommer les acteurs.

Vous ne vous étonnerez pas, Messieurs, qu'en entrant dans une nouvelle ère nous rencontrions

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