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femme qu'il avait abandonnée en se faisant clerc. Il fut excommunié par les évêques, et nous dirons plus tard quelle fut sa mort. - L'évêque Baudin mourut dans la seizième année de son épiscopat. L'abbé Gonthaire fut mis à sa place ; ce fut le dix-septième depuis saint Martin. Lorsque le bienheureux Quintien fut sorti de ce monde, ainsi que nous l'avons dit, saint Gal, avec l'appui du roi, lui succéda dans son siége. A cette époque, la peste ravageait diverses contrées, surtout la province d'Arles, et saint Gal tremblait bien moins pour lui que pour son peuple. Comme nuit et jour il suppliait le Seigneur de lui épargner, durant sa vie, la vue d'une telle misère de son troupeau, un ange du Seigneur, dont lachevelure, ainsi que le vêtement, était blanche comme la neige, lui apparut en songe et lui dit : « Évêque, tu fais bien de prier ainsi le « Seigneur pour ton peuple; ta prière a été entendue, « et voici : tu seras, ainsi que ton peuple, à l'abri de « ce fléau, et personne dans cette contrée n'en mourra « de ton vivant; mais, après huit ans, tremble. » Il était clair par-là qu'au bout de ce terme l'évêque sortirait de ce monde. S'étant éveillé, il rendit grâces à Dieu de ce qu'il avait daigné le rassurer par ce messager céleste, et institua les actions de grâces qu'à la mi-carême les fidèles vont rendre à pied et en psalmodiant à la basilique de saintJulien martyr, voyage d'environ trois cent soixante stades. On vit à la même époque les murs des maisons et des églises de son diocèse, soudainement marqués d'un signe auquel les paysans donnèrent le nom de Thau. Et en effet, tandis que ce fléau dévastait d'autres pays, par l'in

tercession des prières de saint Gal, il n'approcha pas de la. cité d'Auvergne. Ce n'est pas, je pense, une petite grâce pour un pasteur que d'avoir mérité que la protection du Seigneur mît ainsi ses brebis à couvert. Saint Gal étant mort fut transporté dans l'église; aussitôt le prêtre Caton reçut les complimens des clercs sur son élévation à l'épiscopat; et comme s'il eût déjà été évêque, il s'empara de tous les biens de l'Église, changea les Administrations, et régla toutes choses de sa propre autorité.

Les évêques qui étaient venus pour ensevelir saint Gal, après la cérémonie, dirent au prêtre Caton: « Nous voyons que la plus grande partie du peuple « t'a choisi; viens, concerte-toi avec nous, nous te « bénirons et te consacrerons pour l'épiscopat. Le roi « est enfant; si on t'impute quelque tort, nous pren« drons ta défense; nous traiterons avec les grands du « roi Théodebald pour qu'on ne te fasse aucune in« jure; et quand même tu essuyerais quelque perte, « compte sur nous, nous te servirons de caution, et « t'indemniserons sur nos propres biens. » Mais Caton enflé d'une vaine gloire, leur dit : « Vous avez su par « la renommée que, dès mon jeune âge, j'ai toujours « vécu religieusement, jeûnant, me plaisant aux au« mônes, me livrant à des veilles continuelles, et pasci sant bien souvent les nuits à chanter les louanges « du Seigneur. Le Seigneur mon Dieu, que j'ai servi « si assidûment, ne souffrira pas que l'ordination ré« gulière me manque. J'ai acquis, selon l'institution « canonique, les divers ordres de cléricature; j'ai été « lecteur pendant dix ans, j'ai servi cinq ans comme « sous-diacre, quinze ans comme diacre, et je suis

« prêtre depuis vingtans. Que me reste-t-il donc à faire « sinon à recevoir l'épiscopat, récompense de fidèles et « bons services? Retournez dans vos cités, et occupez« vous de ce qui vous touche; quant à moi, j'acquerrai « la dignité épiscopale selon les règles canoniques. » A ces mots, les évêques se retirèrent, détestant le vain orgueil de cet homme. Élu donc évêque avec le consentement des clercs, Caton, avant d'avoir été ordonné, exerça toute l'autorité, et menaça de diverses manières l'archidiacre Cautin, lui disant : « Je te chasserai, je t'humilierai, « je te ferai souffrir mille morts. » Celui-ci lui répondit : « Mon pieux seigneur, je desire obtenir ta fa. « veur, et si j'y parviens, je te rendrai un service ; « sans fatigue de ta part, sans fraude de la mienne, « j'irai trouver le roi, et j'obtiendrai pour toi l'épis« copat, ne demandant que tes bonnes grâces pour « récompense. » Mais Caton, soupçonnant qu'il voulait le tromper, repoussa avec dédain sa proposition. Alors Cautin se voyant abaissé et en butte à la calomnie, feignit une maladie, et sortant de la ville pendant la nuit, il alla trouver le roi Théodebald, à qui il annonça la mort de saint Gal. Sur cette nouvelle le roi et ceux qui étaient auprès de lui convoquèrent à Metz les évêques, et l'archidiacre Cautin fut ordonné évêque d'Auvergne. Il était déjà évêque quand arrivèrent les clercs, messagers du prêtre Caton. Le roi les mit au pouvoir de Cautin, ainsi que tous les biens de l'Église; on désigna les évêques et les serviteurs qui devaient l'accompagner , et il prit le chemin de l'Auvergne. Il fut reçu avec plaisir par les clercs et les citovens, et devint leur évêque. Mais bientôt s'élevèrent de grands débats entre lui et le prêtre Caton, car jamais on ne put décider celui-ci à être soumis à son évêque. Il se fit une scission parmi les clercs; les uns obéissaient à l'évêque Cautin, les autres au prêtre Caton; et ce fut pour tous la source de grands dommages. Cautin voyant qu'il était absolument impossible de dompter la résistance de son adversaire, lui retira tous les biens ecclésiastiques, tant à lui qu'à ses amis et à tous ceux de sa faction, et les laissa dépourvus de tout. Cependant il rendait, à tous ceux qui consentaient à rentrer sous son autorité, ce qu'ils avaient perdu. Agila régnait en Espagne, et accablait son peuple d'un joug pesant. L'armée de l'empereur entra en Espagne, et prit quelques villes. Agila ayant été tué, Athanagild parvint au trône, combattit souvent contre cette armée, la vainquit plusieurs fois, et remit sous sa puissance une partie des cités dont elle s'était emparée injustement. Théodebald, devenu adulte, prit pour femme Vultrade. On dit que ce Théodebald était d'un esprit méchant; en sorte qu'irrité contre un homme qu'il soupçonnait de lui avoir pris plusieurs choses, il feignit un apologue, et lui dit : « Un serpent trouva une bou« teille pleine de vin, et, étant entré par le goulot, « but avidement ce qui était dedans; de sorte qu'enflé « de vin, il ne pouvait plus sortir par où il était entré. « Alors le maître du vin étant arrivé tandis qu'il « cherchait à sortir, et ne pouvait en venir à bout, « dit au serpent : rends d'abord ce que tu as pris, et « alors tu pourras sortir librement. » Cette fable disposa celui à qui il la disait à beaucoup de crainte

et de haine. Sous ce roi, Buccelin, qui avait soumis toute l'Italie à la puissance des Francs, fut tué par Narsès. L'Italie fut reprise pour l'empereur, et personne, depuis, ne l'a reconquise. En ce temps, nous vîmes l'arbre que nous appelons sureau porter des raisins, sans aucune accointance avec la vigne; et les fleurs de cet arbre, qui, comme on sait, produisent une graine noire, donnèrent une graine propre à la vendange; et l'on vit entrer dans l'orbite de la lune une étoile qui s'avançait à sa rencontre.Je crois que ces signes annonçaient la mort du roi. Celui-ci, en effet, devenu très-infirme, ne pouvait remuer de la ceinture en bas : il mourut peu de temps après, la septième année de son règne ". Le roi Clotaire prit son royaume, et fit entrer dans son lit sa femme Vultrade ; mais, réprimandé par les prêtres, il la quitta, la donna au duc Garivald, et envoya en Auvergne son fils Chramne.

Cette année, les Saxons s'étant révoltés, le roi Clotaire fit marcher contre eux une armée, et en extermina la plus grande partie ; il ravagea et dévasta aussi toute la Thuringe, parce qu'elle avait prêté secours aux Saxons.

Gonthaire, évêque de Tours, étant mort, le prêtre Caton fut, à ce qu'on croit, par les suggestions de 'évêque Cautin, demandé pour gouverner cette église ; en sorte que les clercs, s'étant réunis, partirent en grand appareil pour l'Auvergne, avec Leubaste, abbé et chapelain de l'oratoire du martyr. Lorsqu'ils eurent fait connaître à Caton la volonté du roi, il demanda quelques jours pour répondre; mais

* En 553.

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