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Il est impossible pourtant de n'apporter pas quelque restriction aux affirmations trop faciles de Zambelios, quand on voit les envoyés de Nicolas Ier, Zacharie et Rodoald, chargés de le représenter à Constantinople dans un synode, ignorer la langue grecque, au point de ne rien comprendre à ce qui se faisait dans l'assemblée, et de se montrer trop favorables aux grecs ('). Notons aussi qu'on place ordinairement vers l'an 690 l'éclipsé momentanée du grec en Italie (').

XXI.

Les noms de Paul Diacre et de Jean de Pise nous ramènent à la France. Les savants qui se sont instruits à l'école des grecs vont devenir nos maîtres. Dans cette première renaissance qui commence à Pépin, se développe sous Charlemagne, se maintient sous Charles-le-Chauve, et décline sous. ses fils, l'hellénisme a sa part. Il est intéressant d'en suivre les

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vicissitudes à l'aide des renseignements épars que l'histoire littéraire a recueillis.

La politique et la guerre ayant uni Pépin, fils de Charlemagne avec le duc de Bénevent, il s'établit entre eux des rapports qui ne furent pas inutiles à la connaissance du grec dans notre France. Il vint de ce pays chez nous de fréquentes ambassades; les années 797, 798, 799 et 802, sont les époques où les relations furent les plus suivies. Ces ambassadeurs, qui ne parlaient que le grec, restèrent longtemps à la eour des Francs, y furent comblés d'honneurs, et s'ils ne firent pas des élèves dans leur langue, ils en firent au moins connaître quelques détails, et jetèrent les semences d'une instruction qui se développera plus tard (l). Le commerce très-actif qui se faisait entre Constantinople d'une part, Venise, Durazzo et Amalfi de l'autre, entretenait les peuples dans une certaine notion de la langue grecque.

Sous Charlemagne, ces rapports devinrent plus marqués. Le désir qu'avait conçu cet empereur de recueillir les débris de l'empire d'Orient, le projet de mariage qu'il poussa fort loin avec l'impératrice Irène, préparèrent la renaissance des études grecques. Les empereurs de Constantinople, Nicéphore, Michel et Léon cultivèrent son amitié, accréditèrent auprès de lui des ambassadeurs et firent avec lui des traités de paix. Constantin, en 786, envoya des ambassadeurs à Charlemagne pour lui demander la main de sa fille aînée Rothrude (*). Puis, c'est l'impératrice Irène qui

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lui députe en 798, Michel G-anglione et Théophile, prêtre de l'église des Blaquernes. Lui-même envoie à Constantinople l'évêque d'Amiens, Jessé et le comte Hélingaud ('). On peut voir dans Eginhard, ces échanges répétés d'ambassades.

Voici le détail le plus curieux d'une de ces cérémonies où la politique avait plus de part que la littérature. Les députés de Michel, Arsaphe et Théogniste, parurent devant l'empereur à Aix-la-Chapelle (812) et le saluèrent en leur langue en qualité d'empereur.

Tous les historiens de Charlemagne nous disent qu'il avait appris le grec, « et qu'il l'entendait mieux qu'il ne le parlait ('). »

Cette louable activité d'esprit aurait dû exciter autour de lui une vive émulation. Il ne paraît pas cependant qu'il en ait été ainsi. Les grands seigneurs, qui avaient les plus hautes places dans son palais, ne se piquaient guère d'hellénisme, et ils n'en partaient pas moins volontiers pour Constantinople. Cette ignorance de la langue leur attirait des désagréments de la part des grecs fort disposés à traiter detbarbares et à soumettre a de rebutantes épreuves ceux qui ne s'exprimaient pas dans leur langue. On sait la mésaventure d'Hatton, évêque de Bâle, de Hugues, comte de Tours, et d'Aio, de Forli; ils avaient été fort maltraités et renvoyés avec toutes sortes d'affronts.

Quant Arsaphe et Théogniste vinrent à leur tour en France, envoyés par Michel, Charlemagne voulut punir

Tpaixcôv YpifXfxotra xoà Ttjv f\S>aaoN xal iraiSeùffai aWjv Ta rfii\ Tyjç Pupabov CafftXetaç. » Une princesse destinée à vivre dans un royaume étranger ne fait pas seule le voyage, elle emmène avec elle des officiers et des femmes qui ont également besoin de savoir la langue du nouveau pays qu'elle va habiter. On peut donc supposer qu'il se forma dès lors autour de la fllle de Charlemagne une école dont elle n'était pas l'unique élève.

(l) Annales tTEginhard. Le Président Cousin. Hist. de l'Empire d'Occident. (*) Eginhard. Vie de Charlem. p;31.

sur eux l'insolence de leur Cour. Il les fit longtemps promener dans son royaume, les exposant à des courses inutiles et coûteuses. Quand ils furent enfin bien las de ces rebuffades et épuisés d'argent, Charlemagne les reçut à Aix-la-Chapelle. Il leur ménagea plus d'une surprisedésagréable, semoquantde leurs bévues. Plusieurs fois, ils s'étaient prosternés devant des officiers du palais, croyant voir en eux, grâce à la magnificence qui les entourait, l'empereur lui-même. Enfin, ils arrivèrent jusqu'à lui. Ils le virent dans un éclat qui dépassait tout ce qui s'était jusque là offert à eux. Il était entouré de sa famille et appuyé sur Hatton et sur Hugues, le comte de Tours. Les ambassadeurs reconnurent aussitôt les députés qu'ils avaient maltraités à Constantinople. Leur terreur fut grande, ils se jetèrent à ses pieds, et ils ne s'en relevèrent qu'après avoir reçu de lui la promesse de leur pardon. Ils firent alors en langue grecque l'éloge du prince et l'appelèrent empereur et roi, imperatorem xal êaaiXéa (*).

L'un des héros de cette aventure, Hatton, abbé de Reichenau (*), paraît cependant avoir étudié le grec, puisqu'il donne le titre à'hodoeporicum au livre dans lequel il a fait la relation de son voyage à Constantinople (3). Cette abbaye de Reichenau conserva la tradition de l'hellénisme. On y voit, en effet, Walafrid Strabon, moine, puis abbé, disciple de Raban Maur, citer Homère, Platon et Sappho, dont il ne connaissait peut-être que les noms, mais il faut remarquer surtout, qu'en 866, un de ses disciples

(•) Martin Crusius. Annales Suevici, p. 9.

(!) Abbas Augiensis.

(s) On lit dans Martin Crusius, Annales Suevici, p. 329 : Hoc tempore, 782, Petrus quidam divitis Augise abbas erat, homo décrépit» setatis ; hic tamen Romam petivit et psalterium septuaginta interpretum consecutus in Augiam dftulit. Intelligo grwcum psalterium,hoctunomiraculum fuisse inOermania videtur.

qui fut un des hommes les plus savants du IX" siècle, Ermenric, partit pour la Bulgarie, afin d'évangéliser ce pays où l'on parlait grec ('). On trouve dans les écrits de Hatton, des mots grecs comme eochippitare, pascemata, logo kyriou (').

Nous ne redirons pas tout ce queCharlemagne a fait pour les écoles. Nous bornant à ce qui est l'objet de nos recherches, nous ferons observer qu'il fonda en 805 à Osnabruck, (M. Cramer dit en 804), une école avec privilèges, où l'étude du grec et du latin devait être l'objet des plus grands soins de la part des maîtres (3). L'empereur voulait en faire une sorte d'institut d'où il pourrait tirer au besoin des ambassadeurs instruits dans la langue grecque et capables d'être chargés de missions en Orient. Voici, en effet, les termes du décret de fondation : « Nisi forte contingat, ut imperator Romanorum vel rex Graecorum conjugalia fœdera inter filios eorum contrahere disponant, tune ecclesiae illius episcopus, omni sumptu a rege vel imperatore adhibito, laborem simul et honorem illius legationis assumât. Et hoc ea de causa statuimus, quia in eodem loco Grsecas et latinas scholas in perpetuum manereordinavimus, et nunquam clericos utriusque linguae gnaros ibidem déesse confidimus (4). » Les paroles sont précises, l'intention est formelle; avant la fondation du collège de France, par François Ier, on ne trouve pas de disposition plus favorable à la langue grecque dans notre pays.

Ce laborieux empereur ne se contentait pas de fonder des écoles, il donnait lui-même l'exemple de l'étude la pi us sérieuse. Il nous apparaît presque comme un véritable helléniste. Thegan, Phistorien de son fils Louis, nous

(') Cramer. Ibid. p. 16.

(2) M aï. Script. Vatican, t. VI.

(3) Martin Cruaius. Annales Suevici. p. 6. (*) Cramer. Ibid. 17.

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