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DES DOCS

DE BOURGOGNE

DE LA MAISON DE VALOIS,

. 1364-1477.

PAR M. DE BARANTE,

PAIR DE FRANCE;

Seribitur ad narrandum , non ad probandum.

QUINTILIAX.

ENRICHIE DE NOTES

M. MARCAAL,

CONSERVATEUR DE L'ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE DE BOURGOGNE, CHEVALIER DE

LA LÉGION-D'HONNEUR.

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BRUXELLES. N.-J. GREGOIR, V. WOUTERS ET Cie, ÉDITEURS,

BUE AU LIN, N° 20, PRÉS DE LA PLACE S'-GÉRY.

DES DOCS

DE BOURGOGNE.

JEAN-SANS-PEUR.

1404 — 1419.

SUITE DU LIVRE SECOND.

SOMMAIRE.

Alliance des princes, contre le Duc. — Lettres des princes au roi. - Les princes

s'approchent de Paris. — Remontrances de l'Université. --Traité de Bicêtre. Nouvelle prise d'armes. - Lettres des princes d'Orléans. - Les ducs de Bourgogne et d'Orléans se défient. -Tentatives pour prévenir la guerre. - Factions des bouchers.-Rayag es des Armagnacs.-Domination absolue des Bourguignons. - Les armées en présence. — Siège de Paris. — Haine du peuple contre les Armagnacs. — Attaque de Saint-Cloud. -- Le roi donne tout pouvoir au Duc. - Prise du château d'Etampes. - Rigueurs exercées contre les Armagnacs.Les Armagnacs traitent avec les Anglais.

Pour Oter aux princes d'Orléans leur partisan le plus puissant, le Duc résolut de se réconcilier avec le duc de Bretagne 1. Depuis quelques années ils étaient en grande discorde. Le comte de Penthièvre avait acquis, par échange, la ville et seigneurie de Moncontour. Le duc de Bretagne, comme souverain seigneur, réclama son droit sur la première année de revenu. Un procès s'éleva à ce

1 Le Religieux de Saint-Denis. - Histoire de Bretagne.

sujet. La comtesse douairière de Penthièvre, tutrice de son fils, reçut une signification portée par douze huissiers; ses domestiques prétendirent que ces huissiers avaient eu l'audace de mettre la main sur elle, et en tuèrent quelques-uns. Le duc de Bretagne fit alors poursuivre la comtesse pour félonie, et prononcer la contiscation des biens. Les Anglais lui prétèrent secours, et il commença à s'emparer des domaines de Penthièvre. La guerre s'alluma ainsi en Bretagne, et le duc de Bourgogne s'était proposé d'abord d'aller au secours de son gendre, avec ses forces et celles du roi. Il aurait été d'autant mieux secondé par la reine, que le bruit courait que le duc de Bretagne avait battu et injurié sa femme, fille de France, parce qu'elle avait blamé l'injustice de ses procédés. Dans la circonstance actuelle, le Duc trouva plus avantageux de mettre l'affaire en arbitrage. Le duc de Berri fut appelé à Paris au nom du roi, et choisi arbitre avec le roi de Sicile, pour le comte de Penthièvre ; le duc de Bretagne prit le roi de Navarre et le duc de Bourbon. Ce fut à Gien que les arbitres se donnèrent rendezvous; ils y demandèrent les parties qui ne vinrent pas; l'on convint seulement de remettre l'arbitrage au mois de novembre suivant. A cette époque , le duc de Bourgogne contracta encore une alliance grande et utile : il maria sa fille Catherine avec le fils aîné du roi de Sicile. Le mariage fut célébré à Gien, pendant que les princes y étaient , et de là, madame Catherine, qui était encore enfant, fut solennellement conduite à Angers chez la reine de Sicile 1.

Au même moment se faisait un autre mariage , qui eut de graves conséquences. Le duc d'Orléans qui, l'année d'auparavant, avait perdu sa femme, madame Isabelle de France, épousa Bonne d'Armagnac, fille du comte Bernard d'Armagnac, et petite-fille du duc de Berri. Par-là, le comte d’Armagnac, qui était un seigneur rempli de courage, d'action et d'habileté, devint comme le chef du parti d'Orléans. Cette union fut conclue à Mehun-sur-Yèvres, en Berri, où s'assemblèrent les princes d'Orléans, le comte de Clermont, le comte d'Alençon, le comte d'Armagnac et le connétable d'Albret. Là il fut publiquement question des moyens d'obtenir justice du duc de Bourgogne, et de lui retirer le gouvernement de l'État. Rien ne fut encore résolu ; mais on se donna un prochain rendez-vous à Gien. Cette fois les ducs de Berri et de Bourbon s'y trouvèrent. Ils venaient de quitter Paris subitement sans prendre congé du roi, et sans donner aucun prétexte. Le duc de Bretagne, mandé par eux , y vint aussi. Après beaucoup de délibérations, on résolut, sur l'avis du duc de Berri, de prendre les armes et de marcher vers Paris, mais en protestant toujours d'un grand respect pour le roi; on devait se borner à lui demander juste vengeance pour le meurtre du duc d'Orléans, et un meilleur ordre dans le gouvernement du royaume. Un traité fut signé entre les princes et seigneurs; ils s'engagèrent, par serment, à agir en bonne union et fraternité, envers et contre tous, sauf le roi. Chacun promit de fournir un certain nombre d'hommes d'armes : le duc de Berri , mille ; le duc de Bretagne, les princes d'Orléans et le comte d’Armagnac, autant; le comte d'Alençon et le comte de Clermont, chacun cinq cents. Enfin avec les troupes de tous les seigneurs du parti , l'armée devait être de plus de dix mille hommes d'armes.

i Preuves de l'Histoire de Bourgogne.

Lorsque ces nouvelles arrivèrent à Paris, elles jetèrent le duc de Bourgogne dans de grands embarras; il n'était point préparé à soutenir une si forte attaque. Il essaya de négocier et de ramener le duc de Berri à des sentimens plus pacifiques; mais il l'avait trop peu ménagé, et avait ainsi précipité ce vieux prince avec les mécontens. Les tentatives qu'il faisait auprès de lui ne retardaient cependant point les préparatifs de guerre ; il rassemblait le plus d'hommes qu'il lui était possible; il envoya le comte Louis de Bavière au duc de Lorraine, pour le décider à lui donner aide et secours; en même temps, des ambassadeurs allèrent solliciter les bons offices, et demander des troupes au comte de Savoie, à l'évêque de Liége, au duc de Clèves , au comte de Namur, au comte de Hainaut , au duc de Brabant; les levées d'hommes étaient pressées en Bourgogne et en Flandre. Le roi donna aussi , dans les provinces qui n'étaient point sous l'autorité des princes, mandement aux chevaliers, écuyers et possesseurs de fiefs, pour se rendre sur-le-champ en armes à Paris. Le sire Regnier Pot, que le Duc venait de faire gouverneur de Dauphiné, déploya un grand zèle à rassembler des hommes d'armes, et à les amener à son maître.

Il était plus difficile de se procurer de l'argent. Le Duc ne pouvait quitter Paris; la duchesse fut chargée de le suppléer dans le

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