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DE

LA PROSTITUTION

DANS

LA VILLE DE PARIS.

CHAPITRE XV.

QUEL EST LE SORT DÉFINITIF DES PROSTITUÉES,

--

sent.

Ce sujet est aussi curieux qu'important. — Chacun, avoue à cet égard son ignorance. Quelles sont les personnes qui m'ont donné sur ce point des renseignements. Le sort définitif des prostituées n'est pas le même pour toutes. Indications des métiers pris par quelques unes d'entre elles. - Établissements plus relevés formés par quelques autres. Position sociale des personnes qui en prennent à leur service.— Détails sur celles qui sont mortes. - Détails sur celles qui sont rayées pour cause d'infirmités. Position sociale des hommes qui en épou- Fortune faite par quelques prostituées. — Origine et causes de ces fortunes. Détails sur celles qui sont livrées entre les mains de la justice et condamnées par elle à une réclusion plus ou moins longue. Autres détails sur celles qui ont été réclamées par leurs parents. Position sociale de ceux qui les ont réclamées annonçant qu'ils en faisaient leurs maîtresses. Note sur les prostituées mariées qui sont Nombre de celles qui ont quitté Paris en Lieux où elles vont ponr la plupart. — Curieux détails sur les prostituées qui disparaissent de Paris sans autorisation. Nombre de celles qui y reviennent. classe la plus abjecte de ces filles.

rentrées avec leurs maris. prenant des passeports.

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Fin dernière de la

Il n'est peut-être pas un homme qui, en voyant dans Paris une prostituée, et en réfléchissant à la position singulière et tout exceptionnelle dans laquelle se trouve cette classe de la société, ne se soit

adressé souvent cette question: Que deviennent toutes ces femmes après avoir fait leur métier aussi long-temps qu'elles le peuvent, ou aussi long-temps qu'elles y sont obligées? Je vais tâcher de jeter quelque jour sur ce nouveau point de l'histoire de la prostitution; il est digne, par son importance et par la curiosité qu'il excite, de nous arrêter quelque temps.

Si nous écoutons le public raisonner sur cette matière, nous serons surpris de la réserve de tous et de la facilité avec laquelle chacun avoue son ignorance; si quelques faits isolés sont cités par ceux qui ont eu le plus de rapport avec les prostituées, et qui croient savoir tout ce qui regarde leurs mœurs et leurs habitudes, ils ne les donnent qu'avec réils ne les généralisent pas, ils n'en concluent rien pour la masse, ils restent dans le doute, et demandent à ce sujet des éclaircissements.

serve,

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Aussi ignorant que ce public au début de ces recherches, je me suis adressé, pour lever mes doutes, : aux chefs et aux employés subalternes chargés, à la Préfecture, de tout ce qui regarde l'attribution des mœurs, aux médecins qui visitent les prostituées et à ceux qui les soignent, aux personnes bienfaisantes qui cherchent à les instruire, aux gardiens et aux surveillantes de prisons, aux infirmières des hôpitaux, à tous ceux enfin qui, d'une manière directe ou d'une manière indirecte, dans la position la plus

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humble et dans l'état le plus relevé, avaient été à même d'étudier ces femmes, de les suivre, et de faire sur elles des remarques importantes: il serait aussi long que fastidieux de rapporter ici toutes les réponses qui m'ont été faites, je me contenterai de les résumer et d'en donner une analyse exacte.

Un bon nombre de prostituées, fatiguées du métier ou trouvant quelques ressources, demandent leur radiation et l'obtiennent facilement; les autres, et c'est la majeure partie, dédaignent cette formalité et disparaissent; dans l'un et l'autre cas, l'administration n'ayant plus de droit sur elles, il est extrêmement difficile de savoir pour toutes, et d'une manière précise, ce qu'elles font et ce qu'elles deviennent.

Quelque dur et pénible que soit le sort définitif des prostituées, en n'en parlant que d'une manière générale, on peut dire qu'il n'est pas le même pour toutes, et qu'il varie suivant le genre de la fille, suivant la classe des prostituées à laquelle elle appartient, et suivant une foule de circonstances individuelles.

Quelques unes de la classe élevée, et qui présentent des ressources sous le rapport de l'esprit, de l'ordre et de l'intelligence, trouvent à se marier; mais on peut assurer, sans crainte de se tromper, que le nombre en est fort limité; il est plus commun de les voir s'établir lingères, fruitières, écaillères,

marchandes à la toilette, ou marchandes dans les rues; presque toujours, en faisant ces différents métiers, elles servent au plaisir de quelques personnes à leur aise, ce sont même ces personnes qui leur fournissent les moyens de faire de petits établissements et de n'être plus assujetties à la surveillance sanitaire.

Quelques unes de la même classe parviennent à se placer comme domestiques: on les trouve principalement dans les gargotes des faubourgs et chez ces débitants de vin qui fourmillent aux environs des barrières de la capitale; il en est enfin qui, fidèles à leur premier métier, entrent chez les dames de maisons, y servent encore d'une manière indirecte et secondaire à la prostitution, ou se livrent aux fonctions les plus basses et les plus abjectes, dans les lieux mêmes dont elles faisaient, quelques années auparavant, l'ornement et la fortune. Leurs fonctions les plus ordinaires sont de rester à la porte, d'indiquer la maison, d'accompagner, de surveiller et de donner la main aux jeunes; mais on ne garde pour ces fonctions que celles qui ont une aptitude particulière et un savoir-faire connu; nous avons vu qu'elles portent, dans le public, le nom de marcheuses.

Le sort le plus commun de la plupart des prostituées, lorsqu'elles ne meurent pas dans le métier, et lorsqu'elles appartiennent à cette classe qui con

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