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giné de tourner cet événement à son profit et à celui de l'état. Persuadé par cet exemple que la reine pouvait donner des enfants au roi, la partie qui produisit le hasard d'un seul lit pour le roi et pour la reine fut arrangée en conséquence. Mais la reine et le cardinal, également pénétrés de la nécessité de cacher à Louis XIII l'existence du masque de fer, l'auront fait élever en secret. Ce secret en aura été un pour Louis XIV jusqu'à la mort du cardinal Mazarin.

<< Mais ce monarque apprenant alors qu'il avait un frère, et un frère aîné que sa mère ne pouvait désavouer, qui d'ailleurs portait peut-être des traits marqués qui annonçaient son origine, fesant réflexion que cet enfant né durant le mariage ne pouvait, sans de grands inconvénients et sans un horrible scandale, être déclaré illégitime après la mort de Louis XIII, Louis XIV aura jugé ne pouvoir user d'un moyen plus sage et plus juste que celui qu'il employa pour assurer sa propre tranquillité et le repos de l'état; moyen qui le dispensait de commettre une cruauté que la politique aurait représentée comme nécessaire à un monarque moins consciencieux et moins magnanime que Louis XIV.

« H me semble, poursuit toujours notre auteur, que plus on est instruit de l'histoire de ces temps-là, plus on doit être frappé de la réunion de toutes les circonstances qui prouvent en faveur de cette supposition. »

ANECDOTE SUR NICOLAS FOUQUET, SURINTENDANT DES FINANCES.

Il est vrai que ce ministre eut beaucoup d'amis dans sa disgrace, et qu'ils persévérèrent jusqu'à son jugement. Il est vrai que le chancelier qui présidait à ce jugement traita cet illustre captif avec trop de dureté. Mais ce n'était pas Michel Letellier, comme on l'a imprimé dans quelques unes des éditions du Siècle de Louis XIV, c'était Pierre Séguier. Cette inadvertance d'avoir pris l'un pour l'autre est une faute qu'il faut corriger.

Ce qui est très remarquable c'est qu'on ne sait où mourut ce célèbre surintendant':

1 Il paraîtrait que ce fut à Pignerol en 1680. La lettre de Bussi Rabutin, datée du 25 mars de cette année ; celles de madame de Sévigné, des 3 et 5 avril, ne laissent point de doute sur l'année : quant au lieu de la mort, il est à croire que c'est Pignerol; c'est ce qu'on voit dans un opuscule intitulé : Sur la mort du surintendant Fouquet, notices recueillies à Pignerol par Modeste Parolletti. Turin, 1812, in-4°. L'auteur rapporte une procuration donnée

non qu'il importe de le savoir, car sa mort n'ayant pas causé le moindre événement, elle est au rang de toutes les choses indifférentes; mais ce fait prouve à quel point il était oublié sur la fin de sa vie, combien la considération qu'on recherche avec tant de soins est peu de chose; qu'heureux sont ceux qui veulent vivre et mourir inconnus. Cette science serait plus utile que celle des dates.

PETITE ANECDOTE.

Il importe fort peu que le Pierre Broussel, pour lequel on fit les barricades, ait été conseiller-clerc. Le fait est qu'il avait acheté une charge de conseiller-clerc, parcequ'il n'était pas riche, et que ces offices coûtaient moins que les autres. Il avait des enfants, et n'était clerc en aucun sens. Je ne sais rien de si inutile que de savoir ces minuties.

ANECDOTE SUR LE TESTAMENT ATTRIBUÉ AU CARDINAL

DE RICHELIEU.

Le père Griffet veut à toute force que le

par madame Fouquet à J. Despineu, avocat, passée devant Lanteri, notaire royal à Pignerol, au donjon de la citadelle de Pignerol, le 27 janvier 1680. La présence de madame Fouquet à Pignerol, et au donjon, ne pouvait guère avoir d'autre cause que la présence de son mari. P.

TYFORD

:

cardinal de Richelieu ait fait un mauvais livre à la bonne heure; tant d'hommes d'état en ont fait! Mais c'est une belle passion de combattre si long-temps pour tâcher de prouver que, selon le cardinal de Richelieu, les Espagnols nos alliés, gouvernés si heureusement par un Bourbon, « sont tribu<< taires de l'enfer, et rendent les Indes tri« butaires de l'enfer. » Le Testament du cardinal de Richelieu n'était pas d'un homme poli.

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«Que la France avait plus de bons ports << sur la Méditerranée que toute la monar«< chie espagnole. » — -Ce testament était exagérateur.

«Que pour avoir cinquante mille soldats « il en faut lever cent mille, par ménage. » Ce testament jette l'argent par les fe

nêtres.

« Que lorsqu'on établit un nouvel impôt, « on augmente la paie des soldats. » — Ce qui n'est jamais arrivé ni en France, ni ailleurs.

« Qu'il faut faire payer la taille aux parle«< ments et aux autres cours supérieures. » Moyen infaillible pour gagner leurs cœurs, et de rendre la magistrature respectable. « Qu'il faut forcer la noblesse de servir,

<< et l'enrôler dans la cavalerie. » - Pour mieux conserver tous ses priviléges.

« Que de trente millions à supprimer, il y « en a près de sept dont le remboursement « ne devant être fait qu'au denier cinq, la « suppression se fera en sept années et demie « de jouissance. » — De façon que, suivant ce calcul, cinq pour cent en sept ans et demi feraient cent francs, au lieu qu'ils ne font que trente-sept et demi : et si on entend par le denier cinq la cinquième partie du capital, les cent francs seront remboursés en cinq années juste. Le compte n'y est pas, le testateur calcule assez mal.

« Que Gênes était la plus riche ville d'Ita« lie. »Ce que je lui souhaite.

« Qu'il faut être bien chaste. »> Le testateur ressemblait à certains prédicateurs. Faites ce qu'ils disent, et non ce qu'ils font.

« Qu'il faut donner une abbaye à la Sainte«Chapelle de Paris. » - Chose importante dans la crise où l'Europe était alors, et dont il ne parle pas.

«

Que le pape Benoît XI embarrassa beau« coup les cordeliers, piqués sur le sujet de << la pauvreté, savoir des revenus de saint « François, qui s'animèrent à tel point, «qu'ils lui firent la guerre par livres. » VOLTAIRE. Dict. philos. T. II.

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