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princesse palatine que celui qui employa sa vie à distinguer toujours la vérité de l'apparence? il combattit avec vigueur contre les religieuses de Port-Royal sur le formulaire; contre Paul Ferri, sur le catéchisme; contre le ministre Claude, sur les variations de l'Église; contre le docteur Dupin, sur la Chine; contre le père Simon, sur l'intelligence du texte sacré; contre le cardinal Sfondrate, sur la prédestination; contre le pape, sur les droits de l'Eglise gallicane; contre l'archevêque de Cambrai, sur l'amour pur et désintéressé. Il ne se laissait séduire, ni par les noms, ni par les titres, ni par la réputation, ni par la dialectique de ses adversaires. Il a rapporté ce fait, il l'a donc cru. Croyons-le comme lui, malgré les railleries qu'on en a faites. Adorons les secrets de la Providence; mais défions-nous des écarts de l'imagination, que Malebranche appelait la folle du logis. Car les deux visions accordées à la princesse palatine ne sont pas données à tout le monde.

Jésus-Christ apparut à sainte Catherine de Sienne; il l'épousa ; il lui donna un anneau. Cette apparition mystique est respectable, puisqu'elle est attestée par Raimond de Capoue, général des dominicains, qui la con

fessait, et même par le pape Urbain VI. Mais elle est rejetée par le savant Fleury, auteur de l'Histoire ecclésiastique. Et une fille qui se vanterait aujourd'hui d'avoir contracté un tel mariage pourrait avoir une place aux Petites-Maisons pour présent de noce.

L'apparition de la mère Angélique, abbesse de Port-Royal, à sœur Dorothée, est rapportée par un homme d'un très grand poids dans le parti qu'on nomme janséniste ; c'est le sieur Dufossé, auteur des Mémoires de Pontis. La mère Angélique, long-temps après sa mort, vint s'asseoir dans l'église de Port-Royal à son ancienne place, avec sa crosse à la main. Elle commanda qu'on fìt venir sœur Dorothée, à qui elle dit de terribles secrets. Mais le témoignage de ce Dufossé ne vaut pas celui de Raimond de Capoue et du pape Urbain VI, lesquels pourtant n'ont pas été recevables.

Celui qui vient d'écrire ce petit morceau a lu ensuite les quatre volumes de l'abbé Lenglet sur les apparitions, et ne croit pas devoir en rien prendre. Il est convaincu de toutes les apparitions avérées par l'Église; mais il a quelques doutes sur les autres jusqu'à ce qu'elles soient authentiquement

reconnues. Les cordeliers et les jacobins, les jansénistes et les molinistes ont eu leurs apparitions et leurs miracles'.

Iliacos intra muros peccatur et extra. »

HOR., 1. I, sat. II.

APPEL COMME D'ABUS. Voyez ABUS.

A PROPOS, L'APROPOS.

L'apropos est comme l'avenir, l'atour, l'ados, et plusieurs termes pareils, qui ne composent plus aujourd'hui qu'un seul mot, et qui en fesaient deux autrefois 2.

Si vous dites: A propos, j'oubliais de vous parler de cette affaire; alors ce sont deux mots, et à devient une préposition. Mais si vous dites: Voilà un apropos heureux, un apropos bien adroit, apropos n'est plus qu'un seul mot.

La Motte a dit dans une de ses odes

Le sage, le prompt Apropos,

Dieu qu'à tort oublia la fable.

:

Tous les heureux succès en tout genre sont fondés sur les choses dites ou faites à propos.

1

Voyez les articles VISION et VAMPIRES. VOLT.

2 On écrit ordinairement à propos, préposition; et à-propos, substantif. L.

Dans l'ode intitulée l'Aveuglement. P.

Arnauld de Bresse, Jean Huss, et Jérôme de Prague, ne vinrent pas assez à propos, ils furent tous trois brûlés; les peuples n'étaient pas encore assez éclairés : l'invention de l'imprimerie n'avait point encore mis sous les yeux de tout le monde les abus dont on se plaignait. Mais quand les hommes commencèrent à lire; quand la populace, qui voulait bien ne pas aller en purgatoire, mais qui ne voulait pas payer trop cher des indulgences, commença à ouvrir les yeux, les réformateurs du seizième siècle vinrent très à propos et réussirent.

Un des meilleurs apropos dont l'histoire ait fait mention est celui de Pierre Danez au concile de Trente. Un homme qui n'aurait pas eu l'esprit présent n'aurait rien répondu au froid jeu de mots de l'évêque italien : « Ce coq chante bien : Iste gallus « benè cantat '. » Danez répondit par cette terrible réplique : : « Plût à Dieu que Pierre « se repentît au chant du coq! »

La plupart des recueils de bons mots sont remplis de réponses très froides. Celle du marquis Maffei, ambassadeur de Sicile auprès du pape Clément XI, n'est ni froide,

Les dames qui pourront lire ce morceau sauront que gallus signifie Gaulois et coq. VOLT.

ni injurieuse, ni piquante, mais c'est un bel apropos. Le pape se plaignait avec larmes de ce qu'on avait ouvert, malgré lui, les églises de Sicile qu'il avait interdites. « Pleu« rez, saint-père, lui dit-il, quand on les << fermera. »

Les Italiens appellent une chose dite hors de propos un sproposito. Ce mot manque à notre langue.

C'est une grande leçon dans Plutarque que ces paroles : « Tu tiens sans propos << beaucoup de bons propos. » Ce défaut se trouve dans beaucoup de nos tragédies, où les héros débitent des maximes bonnes en elles-mêmes, qui deviennent fausses dans l'endroit où elles sont placées.

1

L'apropos fait tout dans les grandes affaires, dans les révolutions des états. On a déjà dit que Cromwel, sous Élisabeth ou sous Charles II, le cardinal de Retz, quand Louis XIV gouverna par lui-même, auraient été des hommes très ordinaires.

César, né du temps de Scipion l'Africain, n'aurait pas subjugué la république romaine; et si Mahomet revenait aujourd'hui, il serait tout au plus shérif de la Mecque. Mais

1

'Septième des Lettres sur les Anglais. Mélanges historiques, t. I. P.

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