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ture, [qui] vint à la porte Saint-Anthoine. Auquel archer le bastard du Maine', qui gardoit ladicte porte Saint-Anthoine, dist et defendit qu'il n'y alast point. Lequel archer lui respondi que si feroit, et qu'il n'estoit point à lui ne soubz lui, mais estoit audit de la Barde, son maistre et cappitaine. Et lors, pour son refuz, ledit bastard du Maine tira son espée pour fraper icellui archer, et ledit archer tira aussi la sienne pour se revencher, et alors ledit bastard du Maine cria à ses gens et autres estans à ladicte porte : « Prenez ce ribault et le tuez! » Et incontinent fut couru sus audit archer, et ilec le tuerent tout mort.

Ce jour aussi vint nouvelles que maistre Pierre d'Oriole, general des finances du roy, l'avoit delaissé

matin, 23 août, l'évêque de Paris célébra solennellement une messe du Saint-Esprit à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, en face des Tournelles. Puis, accompagné des délégués susnommés, il partit pour Beauté. C'est Dunois qui prit la parole au nom des princes assemblés. Il protesta contre l'alliance conclue par le roi avec le duc de Milan, dont les bandes venaient de pénétrer en Bourbonnais, « pour destruire toutes les nobles maisons de France, » contre les mariages que le roi faisait contracter entre « personnes de non pareil estat, » contre son refus d'assembler les états. Il revendiqua pour les princes le gouvernement de toutes les finances du royaume, la distribution des offices, la direction de l'armée; il osa réclamer la remise en leurs mains de la personne royale, enfin Paris, pour en faire « à leur voulenté, » et termina en annonçant aux délégués un assaut général pour le lundi suivant, si, le dimanche soir, les Parisiens n'ouvraient pas leurs portes. Tout ce qu'il fut possible d'obtenir fut une trêve de trois jours (Maupoint, Journal, p. 63).

1. Louis d'Anjou, chevalier, seigneur et baron de Mézières-enBrenne, sénéchal et gouverneur du Maine, conseiller et chambellan du roi, était fils naturel de Charles Ier, comte du Maine. Il épousa Anne de la Trémoille et mourut en 1489. Il avait été légitimé en 1468 (Anselme, I, 235).

y

et s'en estoit alé rendre à monseigneur de Berry.

Cedit jour aussi, les ambasseurs de Paris, qui ainsi estoient alez à Beauté pardevers les seigneurs devantditz, s'en retournerent à Paris et vindrent arriver en l'ostel des Tournelles, où ilz trouverent mondit seigneur d'Eu, auquel ilz dirent ce qui leur avoit esté dit et proposé.

Et, le samedi ensuivant [24 août], furent tous les dessus nommez ambasseurs en l'ostel de ladicte ville,

estoient assemblez plusieurs notables personnes pour oyr ce qui leur avoit esté dit par les dessusdiz princes et seigneurs. A quoy ne fut riens conclud pour la matinée, mais fut ordonné que ledit jour après disner seroient assemblez en ladicte ville l'Université, l'Eglise, la court de Parlement et autres officiers et le corps de ladicte ville, tous lesquelz s'i trouverent, et conclurent que, au regard des trois estas que requeroient estre tenus lesdiz princes et seigneurs, dirent que la requeste estoit juste, et en oultre que passage leur seroit baillé à Paris et des vivres en les paiant, et aussi en baillant par eulx bonne caucion que nul mal ou esclande ne seroit fait par eulx ou leurs gens en ladicte ville ne aux habitans d'icelle, sauf sur tout le bon plaisir du roy. Et à tant iceulx ambasseurs retournerent pardevers lesdiz princes leur dire leur deliberacion. Et est assavoir que, durant que ledit conseil fut en ladicte ville à ladicte heure d'après disner, furent tous les archers et arbalestriers de Paris en armes devant ledit hostel pour garder d'oppresser les opinans audit conseil .

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1. En réalité, le sang-froid et l'adresse du prévôt des marchands,

Et, ledit jour de samedi, les gens d'armes et de trait de l'ordonnance du roy, estans en icelle ville, firent leurs monstres au long de ladicte ville, et tous marchans les ungs après les autres par ordre, ce qui faisoit bien bon veoir. Et, premierement, aloient les archers à pié dudit Normandie et puis les archers à cheval, et en après les hommes d'armes des compaignies de mondit seigneur d'Eu, de monseigneur de Craon, du seigneur de la Barde et dudit bastard du Maine, et povoient bien estre en tout de quatre à cinq

ens lances bien en point sans ceulx de pié, qui bien estoient xvc hommes et mieulx1.

Et, ce mesme jour, le roy escripvy lettres à ceulx de Paris, par lesquelles leur mandoit qu'il estoit à Chartres avecques son oncle monseigneur du Maine, à tout bien grant nombre de gens

de

guerre, dedens le mardi ensuivant il seroit à Paris. Et, ce

et que

Henri de Livres, empêchèrent seuls les partisans des princes de faire voter l'admission dans Paris du duc de Berry. Excité par les gens du roi, le peuple de Paris se souleva a tout esmeu de tuer les ambassadeurs et autres bourgeois » qu'il accusait de trahison. Enfin, le dimanche 25 août, vers une heure après midi, l'évêque et les autres ambassadeurs retournèrent à Beauté avec l'assentiment du comte d'Eu, mais « en grans pleurs et en grant fraieur. » Ils étaient chargés de déclarer que « les gens du roi » refusaient de répondre aux sommations des princes avant d'avoir consulté le roi. On conçoit quelle irritation cette fin de non-recevoir excita au camp du Bien-Public. Dunois s'écria que, puisqu'il en était ainsi, les seigneurs livreraient dès le lendemain l'assaut « le plus fort et le plus criminel dont ilz se pourroient adviser et que il cousteroit les vies de 100,000 hommes et de chascun prince la chevance... avant qu'ilz ne obtinsent à leur intention » (Maupoint, Journal, p. 65-69).

1. Maupoint estime qu'il y avait à ce moment dans Paris, en outre de la milice bourgeoise, 1,200 lances et 3,000 francs-archers.

mesme jour, vint et arriva à Paris l'admiral de Montauban et grant quantité de gens de guerre avec

ques lui.

Ce jour, se desloga de Beauté mondit seigneur de Berry pour aler à Saint-Denis, et depuis s'en retourna audit lieu de Beauté, pour ce qu'on lui dist qu'il seroit plus seurement audit Beauté, où près d'ilec estoient logez lesdiz ennemis, que d'estre seul audit SaintDenis, et aussi qu'on lui ala dire que

le

roy venoit et retournoit audit lieu de Paris.

Et, le mercredi ensuivant [28 août], le roy retourna à Paris et amena avecques lui son oncle du Mayne, monseigneur de Penthievre et autres. Et ramena son artillerie qu'il avoit menée avecques lui et grant nombre de pionniers prins ou pays de Normandie, qui tous furent logez en l'ostel du roy à Saint-Pol. Et, de ladicte venue que fist le roy en sadicte ville de Paris, fut le populaire d'icelle moult fort resjouy, en criant à haulte voix partout où il passoit par ladicte ville Noel 2

1. Jean II de Brosse, chevalier, seigneur de Sévère, de Boussac, etc., comte de Penthièvre par sa femme Nicole de Blois, qu'il avait épousée le 18 juin 1437.

2. Louis XI, étant à Rouen, reçut de ses gens à Paris l'avis que, s'il ne venait promptement à leur secours, ils se trouveraient en grand péril (Du Clercq, IV, 184). Le roi, dit Commynes, arriva à Paris « en l'estat qu'on doit venir pour reconforter le peuple » (éd. Dupont, I, 72). Il amenait avec lui 12,000 bons combattants de Normandie, 60 chariots d'artillerie et 700 muids de farine. Au reste, les vivres abondaient à Paris, et le bois seul se vendait un peu cher (Maupoint, Journal, p. 70). « Et ainsi fut ceste praticque rompue et tout ce peuple bien mué; depuis ne se fust trouvé homme de ceulx qui paravant avoient esté devers nous qui plus eust osé parler de la marchandise » (Commynes, éd. Dupont, I, 73).

Et, le lendemain bien matin, lesdiz Bourguignons et Bretons vindrent bailler une raverdier devant le bolevert de la tour de Billy; et avoient avecques eulx clerons, trompetes, haulx menestrelz et autres instrumens dont ilz faisoient grant bruit. Et ilec, et devant la bastide Saint-Anthoine?, vindrent faire ung grant bruit et cry, en criant à l'assault et à l'arme, dont chacun fut fort espoventé, et s'en ala chacun sur les murs et en sa garde. Et, ledit jour aussi, vindrent lesdiz Bretons et Bourguignons voulster devant Paris, dessus lesquelz yssirent grant nombre de gens de guerre de l'ordonnance du roy, et, tant par port d'armes que de grosses serpentines du roy, qui fort tirerent, y ot ce jour plusieurs desdiz Bretons et Bourguignons tuez.

Et, le vendredi ensuivant [30 août], vindrent et arriverent à Paris des farines et autres vitailles du pays de Normandie. Et, entre les autres choses, y fut amené de la ville de Mante deux chevaulx chargez de pastez d'anguilles de gort?, qui furent vendus devant le Chastellet de Paris, en la place à la Volaille 4.

1. Une aubade.

2. La grande forteresse parisienne qui flanquait la porte SaintAntoine formait un parallelogramme ceint de larges fossés et de huit tours, dont quatre du côté de Paris et quatre sur la campagne.

En dépit des menaces de Dunois, les alliés s'étaient bornés le lundi précédent à planter leurs tentes au-dessus du val de Fécamp, à Bercy et vers la Grange-aux-Merciers. Il se livra là quelques escarmouches sans importance (Maupoint, Journal, p. 69 et suiv.).

3. La pêche de l'anguille au gord, c'est-à-dire en plantant dans le lit du fleuve deux rangs de perches qui forment un angle dont le sommet est fermé par une nasse, est encore usitée en Seine.

4. Ce vendredi, Louis XI alla entendre la messe à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, et, après la messe, Jean Jouffroy, car

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