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et des subgez d'icelle et du royaume, de adviser façon et moien pardevers lesdiz seigneurs de Berry, Bourgongne, Bretaigne et autres devant nommez, d'avoir avecques eulx aucune bonne pacificacion de paix ou accord à l'onneur du roy et au soulagement et bien dudit royaume". A tous lesquelz ledit monseigneur d'Eu fist response telle que roy

l'avoit mis et laissé à Paris pour y estre son lieutenant, et, en son absence, pour donner de tout son povoir provision à tout ce qui seroit neccessaire tant au roy que au fait dudit royaume, et

que

à ce faire estoit bien tenu et obligié, et que à tout ce que possible lui seroit il mettroit toute possibilité de pourchasser ledit accord et bonne union avecques les seigneurs dessusdiz, et que, se mestier estoit, lui mesmes se offroit de y aler en personne. Et plusieurs autres choses leur fut dit de par mondit seigneur d’Eu et maistre Jehan de Poupaincourt, son conseiller.

Et, le lundi ensuivant [19 août], lesdiz Bretons et Bourguignons et autres de leurdicte compaignie vindrent devant le pont de Charenton, ouquel lieu ilz assirent plusieurs pieces d'artillerie, et d'icelle tirerent aucuns cops contre la tour dudit pont. Et, incontinent ce fait, ceulx qui avoient la garde dudit pont l'abandonnerent et s'en vindrent à Paris; par quoy, et qu'ilz n'orent nulle resistence, passerent incontinent par dessus ledit pont avecques leurdicte artillerie.

1. « Le peuple se veit espoventé, et d'aucuns aultres estatz eussent voulu les Bourguignons et les aultres seigneurs estre dedans Paris, jugeans, à leur advis, ceste entreprinse bonne et prouffitable pour le royaulme » (Commynes, éd. Dupont, I, 65; cf. p. 71).

Et, ce mesmes jour, environ vespres, iceulx Bretons et Bourguignons vindrent vouster pardevant Paris, et là y ot deux des frans archers de Caen qui y furent tuez. Et aussi y ot aucuns desdiz Bretons et Bourguignons prins et amenez à Paris. Et, celle nuit, aucuns des dessusdiz Bretons et Bourguignons s'alerent loger dedens le

parc du bois de Vinciennes, environ de trois à m hommes 1.

Et, le mardi ensuivant [20 août), mondit seigneur d'Eu envoya devers lesdiz seigneurs ung nommé le seigneur de Rambures? pour savoir de leur intencion et qu'ilz vouloient dire. Et, le lendemain, ledit seigneur de Rambures retourna à Paris ; mais de ce qu'il fist pardevers lesdiz seigneurs en fut peu de bruit. Et, ce jour, vindrent voulster devant Paris. Et aussi yssi aux champs des gens de guerre de Paris, mais il n'y ot riens fait, sinon qu'il y ot ung franc archer d'Alençon qui fut tué

par lesdiz Bourguignons. Et, le jeudi ensuivant, XXII° jour dudit moys d'aoust, lesdiz Bretons et Bourguignons vindrent escarmou

1. C'est Hautbourdin qui, venant de Lagny, gagna la tour et le pont de Charenton. Les trois jours suivants, les Bourguignons firent plusieurs courses devant Paris et perdirent quelques hommes (Maupoint, Journal, p. 61). – On trouve, dans le Viaggo a Parigi degli ambasiatori Fiorentini nel 1461, p. p. G. Milanesi, dans l'Archivio storico italiano, 3e série, vol. I (1864), p. 34 et suiv., une description de la forteresse de Vincennes. Le parc attenant au château était entouré de murs qui avaient quatre milles de développement et renfermait un bel étang et de hautes futaies remplies de bêtes sauvages. Le tout formait un ensemble « che tutta Francia non a simile. » Charles de Melun était capitaine du bois de Vincennes.

2. Jacques, seigneur de Rambures, etc., chevalier, conseiller et chambellan du roi, né vers 1428, mort après 1488, avait épousé Marie de Berghes (Vaesen, Lettres de Louis XI, t. II, p. 224).

cher, et yssi de Paris plusieurs gens de guerre aux champs', et là y ot ung Breton, archer du corps de monseigneur de Berry, qui estoit habillé d'unes brigandines couvertes de veloux noir à cloux dorez, et en sa teste ung bicoquet garny de boullons d'argent doré, qui vint fraper ung cheval sur quoy estoit monté ung homme d'armes de l'ordonnance du roy par les flans et la cuisse, tellement que ledit homme d'armes, en s'en retournant à Paris, ledit cheval cheut soubz lui tout mort dessoubz les galeries des Tournelles. Et, incontinent que ledit Breton ot ainsi navré ledit cheval, vint à lui ung archer de la compaignie de mondit seigneur d'Eu, qui le traversa tout oultre le corps d'une demie lance, et incontinent cheut à terre tout mort, et fut son cheval amené et habillement apporté à Paris et le corps laissié mort en chemise. Et, bientost après, vint ung herault à la porte Saint-Anthoine, qui requist avoir ledit corps mort, ce qui lui fut octroyé, et le fist porter à Saint-Anthoine des Champs hors Paris, où ilec fut inhumé et son service fait.

Et, cedit jour, mondit seigneur de Berry, qui estoit logié à Beauté 3 avecques plusieurs desdiz seigneurs de son sang, envoya ses heraulx à Paris, qui apporterent de

par lui quatre lettres, les unes aux bourgois, manans et habitans d'icelle ville, unes à l'Université, les autres aux gens d'Eglise et les autres à la court de

1. Interpolations et variantes, & XV. — Cf. Maupoint, Journal,

p. 62.

2. Le bicoquet était une sorte de calotte, garnie dans le présent cas d'ornements ciselés en argent doré; la brigandine, un pourpoint couvert de plaquettes de métal.

3. Beauté-sur-Marne, maison royale attenante au bois de Vincennes.

Parlement, qui contenoient en effect que lui et ceulx de son sang avecques lui tout assemblez estoient ilec venus pour tout le bien universel du royaume de France, et que par ladicte ville lui feussent envoiez cing ou six hommes notables pour oyr les causes pourquoy lui et ceulx de sondit sang estoient ainsi venus que dit est?. En obtemperant ausquelles lectres, et pour icelles oyr et escouter, furent esleuz et deleguez pour ladicte ville maistre Jehan Choart, lieutenant civil ou Chastellet de Paris, maistre François Hallé, advocat en Parlement, et Arnault Luiller, changeur de Paris; pour l'eglise de Paris, maistre Thomas de Courcelles, doien de Paris, maistre Jehan de l'Olive, docteur en theologie, et maistre Eustace Luiller, aussi advocat en ladicte court de Parlement; et, pour ladicte court de Parlement, maistre Jehan le Boulenger, maistre Jehan le Seellier, archidiacre de Brie, et maistre Jaques Fournier; et, pour l'Université, maistre Jaques Juing, lisant pour la Faculté des Ars, maistre Jehan Luiller, pour Theologie, maistre Jeban de Montigny, pour Decret, et maistre Enguerran de Parenti, pour Medicine. Tous iceulx nommez dessus estoient nommez et conduiz par Reverend Pere en Dieu le devant nommé Guillaume, evesque de Paris, qui ot la charge de presenter, mener et conduire tous iceulx nommez.

1. Maupoint fournit de curieux détails sur cet épisode (Journal, p. 61-67). Ces hérauts, qui furent reçus et festoyés par les représentants du comte d'Eu et de la ville de Paris, apportaient des lettres closes adressées au lieutenant général, à l'évêque, au Parlement, à l'Université, au doyen et au chapitre de Paris, au prévôt des marchands et aux bourgeois.

2. Jean Choart, licencié en décret et en loi, lieutenant civil de

Cedit jour y ot ung archer du seigneur de la Barde, monté à cheval, armé et deliberé d'aler à son adven

la prévôté de Paris (11 sept. 1461), seigneur d'Épinay-sur-Seine, épousa Jeanne Le Clerc et mourut en 1483 (Arch. nat., Xla 1490, fol. 333; Bibl. nat., Pièces orig., vol. 755, doss. Choart, et Sauval, III, 362). — François Hallé, aussi licencié en décret et en loi, avocat au Parlement, grand archidiacre de Paris, puis archevêque de Narbonne (1484), chancelier de l'ordre du roi, président de l'échiquier de Normandie, fut l'un des serviteurs les plus actifs de Louis XI, surtout à la fin du règne. Le roi faisait alors grand cas de ses services (voy. Arch. nat., X1a 1490, fol. 223 vo). – Arnaud Luillier, bourgeois de Paris, conseiller du roi, changeur (c'est-à-dire receveur des revenus) de la ville, trésorier et receveur ordinaire de la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers (1465), était seigneur de Vez en Valois et de SaintMesmin près Troyes. Il épousa Catherine Phelippes et vivait encore en janvier 1486, n. st. (Moréri et Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1772 et 1964, doss. Luillier et Milglos). Eustache Luillier, frère d'Arnaud, chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois, habitait près de la rue « par où l'on va du pont Saint-Michel aux Augustins » (Arch. nat., LL 729, fol. 35 vo). - Jean Le Boulanger, conseiller au Parlement de Paris (1454), président (1456), premier président (1471), mourut le 24 février 1481 (voy. Blanchard, Les Présidents à mortier au Parlement de Paris. Paris, 1749, in-fol.). Il était seigneur d'Isles-sur-Marne (Arch. nat., JJ 200, n° 198). - Jean Le Sellier, chanoine de Paris, conseiller au Parlement et président aux enquêtes, fut chargé par Louis XI de composer avec Jean Henry un traité touchant la Pragmatique sanction (Bibl. nat., ms. fr. 3887, fol. 55 et suiv., pap., xve s. Cf. Pièces orig., vol. 2679, doss. Le Sellier, et Arch. nat., Xla 1490, fol. 97 v). - Jacques Fournier était conseiller au Parlement (voy. Pièces orig., vol. 1226, doss. Fournier, et Arch. nat., LL 437). - Jacques Juing, docteur en décret, curé de Saint-Jean-en-Grève, conseiller au Parlement, président des enquêtes (déc. 1478. Arch. nat., Xla 1488, fol. 150 vo), disputa l'évêché d'Auxerre à Jean Baillet et reçut la provision de l'évêché de Sens (Gallia christiana, XII, C. 331). — Jean Luillier, docteur en théologie, était chanoine de Paris; Jean de Montigny, docteur en décret, chanoine de Sens et conseiller au Parlement de Paris; Enguerrand de Parenti, maitre ès arts, docteur en médecine et chanoine de Paris. — Le vendredi

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