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écrivains habiles ont indiqué dans leurs ouvrages ces véritables caractères distinctifs des Gouvernemens simples et des Gouvernemens mixtes ou composés, leur définition , leur caractère , leur nature générique et commune, ne sont pas assez généralement bien compris : il faut que les législateurs s'habituent avec le temps à les distinguer, comme les naturalistes et les savans se sont habitués à classer différentes substances, certaines espèces de minéraux, de plantes, certains corps malfaisans ou salutaires, pour créer une science dont ils pussent tirer d’utiles résultats; et c'est ce à quoi pourra peut-être contribuer l'examen que nous allons faire dans le premier titre de ce chapitre, des inconvéniens et des dangers communs à toutes les formes de Gouvernemens simples, des inconvéniens, des dangers, des avantages propres à chacun d'eux, et l'examen que nous ferons, dans le second titre du même chapitre, des différens degrés de perfection des Gouvernemens mixtes ou composés.

TITRE PREMIER.
Gouvernemens simples.

SOMMAIRE. Leurs dénominations.

Il est bien facile de reconnaître , par ce que nous venons de dire dans l'observation qui précède, quelles sont les diverses formes de Gouvernemens simples, et, pour peu que l'on y réfléchisse avec attention, on se convaincra qu'elles peuvent toutes se classer sous cinq dénominations déja connues , savoir : le Gouvernement Démocratique, l'Aristocratique ou Polygarchique , l'Olygarchique, le Despotique et le Théocratique (a).

(a) Nous indiquerons cependant ce que l'on peut entendre par l'Aristocratie dans le sens vulgaire, la Presbytérocratie ou Guérontocratie, l’Eugénocratie , l'Optimacie , la Dyarchie , l’Ochlocratie, l'Anarchie, la Gynocratie , l'Autonomie, etc., etc., quoiqu'il ne soit pas nécessaire de les considérer ici en détail comme formant autant d'espèces particulières de gouvernemens.

Quelques auteurs anciens, Polybe entre autres, ont compté trois espèces de gouvernemens simples, seulement, savoir : Le monarchique ou royal, l'aristocratique et le démocratique.

« Les écrivains politiques de l'antiquité, dit Blackstone,

Si la société toute entière, si, sans exception, tous ceux dont elle se compose étaient admis

ns

n'admettaient que trois formes régulières de gouvernement : dans la première , la puissance souveraine est attribuée à l'assemblée collective de tous les membres libres de la nation, et c'est la démocratie; dans la seconde, elle réside dans un Conseil composé de membres choisis, et c'est ce qu'on appelle une aristocratie; la troisième place le pouvoir souverain dans les mains d'un scul, et prend le nom de monarchie. Toutes les autres espèces de gouvernement, selon ces auteurs, sont des altérations de ces formes, ou peuvent s'y réduire. » (Commentaires sur les lois angl. tom. 1, disc. prélimin., sect. 11.)

D'autres, particulièrement Machiavel sur Tite-Live, ont prétendu qu'il y en aurait six, entre lesquelles trois seraient mauvaises et les trois autres bonnes en elles-inémes; mais tellement sujettes à se corrompre, qu'on pourrait dire qu'elles sont toutes mauvaises.

Les trois bonnes seraient celles que nous venons de nommer, et les trois autrés en dériveraient; eti« chacune « aurait tant d'analogie avec celle dont elle dépend , que le passage de l'une à l'autre serait court et facile : que la monarchie dégénérerait aisément en tyrannie; l'aristo* cratie en olygarchie; et la démocratie en anarchie. » (Poy. Machiavel. Disc. politiq.; et John Adams. Déf. des Const. américaines.)

Cette nomenclature et ces assertions sont inexactes et insuffisantes; et cette inexactitude provient, comme on

à délibérer sur toutes les affaires publiques indistinctement, concernant les rapports quel

pourra le reconnaitre par la suite, de la confusion d'idées et d'objets très-distincts.

On ne peut pas dire, par exemple, que l'anarchie soit un gouvernement bon ou mauvais : l'anarchie est , au contraire, dans l'acception vraie da mot, l'absence même de tout gouvernement.

La tyrannie n'est pas non plus , à proprement parler, une forme particulière de gouvernement : ce mot, ainsi que nous avons déja eu l'occasion de le faire remarquer, (Voy.ci-dessus, p.33, n. b) était chez les Grecs le synonyme des mots domination absolue, despotisme. Mais la tyrannie, par suite des abus fréquens et inévitablement attachés à la nature même de tous les gouvernemens simples, auxqnels cette dénomination peut être appliquée , parce que l'autorité dans tous ces gouvernemens est absolue, réunie et entière dans les mêmes mains, la tyrannie ne s'entend plus que de l'abus même de toute espèce de gouvernement. Elle est en quelque sorte, dans la seule acception présentement usitée parmi les publicistes et les lettrés , l'antithèse ou l'opposé de ce qu'on entend par anarchie.

Si l'on a pu dire que la monarchie chez les peuples modernes était un gouvernement simple, la monarchie du moins est, et a toujours été , dans sa véritable acception, un gouvernement dont la nature ne peut être assimilée à la nature du gouvernement, spécialement dit despotique. Ce dernier gouvernement est, dans la vérité, un gouverne

conques, intérieurs et extérieurs, de droit public, de droit politique, de droit des gens (a); si chacun des membres de la société donnait son avis sur toutes les décisions, sur toutes les résolutions, quelles qu'elles fussent ; si nulle de ces résolutions n'était prise ni même exécutée que par la réunion et le concours des volontés et de l'action de tous, ou au moins du plus grand nombre relativement à tous; en un mot, si le peuple entier exerçait par lui-même l'autorité souveraine ou absolue , c'est-à-dire , la puissance législative, la puissance exécutive , et même la puissance judiciaire , ce serait alors le

ment simple, parce que l'autorité y est absolue et réunie toute entière dans la main d'un seul , tandis que la monarchie, doit au contraire être un gouvernement modéré, mirte ou composé, où l'autorité d'un seul doit être balancée par une auțre autorité : et ces deux formes de gouvernement, ilimporte bien de le remarquer, loin d'être identiques quant à leur nature, et semblables quant à leurs principes, à leurs résultats , doivent être l'antithèse parfaite, l'opposé direct l'une de l'autre.

« Les anciens, dit M. de Montesquieu, qui ne connaissaient pas la distribution des trois pouvoirs, dans le gouvernement d'un seul, ne pouvaient se faire une idée juste de la monarchie. » (Esprit des lois, liv. xi, chap. 1x.)

(a) Voy. 11° part., liv. 1, 11, 111.

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