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DEttTHQ S,

.DE

L'ACADÉMIE FRANÇOISE.

DERNIERE ÉDITION*

B.EVUE, CORRIGÉE ETAUGMETEE,

TOME SECOND.

A PARIS;

CE L'IMPRIMERIE DI DIDOT L'AINl,

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ESSAI

SUR

LES ÉLOGES.

CHAPITRE XXVII.

Des panégyriques ou éloges adressés à LouisXlll,, au cardinal de Richelieu , et ail cardinal Ma\arin.

KJ N prince dîsoit à son fils en mourant: je te légue tout, mes armées, mes états , mes trésors, et le souvenir de ce que j'ai fait de bien ; mais je ne puis te léguer ma gloire : si tu n'en as une qui te soit personnelle , la mienne n'est qu'un fardeau pour toi. C'est ce qu'Henri IV mourant auroit pu dire à Louis XIII. Cependant plusieurs des panégyristes qui avoient loué le pere , célébrerent le fils : mais le pere fut loué a titre de grandhomme, et le fils trop souvent à titre de prince. Ce n'est pas que Louis XIII n'eut des qualités d'un roi, mais aucune ffeuî de l'éclat. Soit timidité, soit paresse, il ignora le grand art des hommes en place celai d'imposer à la renommée. Son caractere , comme son regne , offrent une foule de contradictions. Il eut un enchaînement de victoires, et leur éclat lui fut pour ainsi dire étranger. Il eut des talents militaires , et à peine aujourd'hui ces talents sont connus. Il eut de l'agrément dans l'esprit, et montra la plus grande indifférence pour les lettres. La nature lui avoit donné du courage , et même celui qui affronte la mort, et il n'eut jamais celui de commander. Il avoit besoin d'être dominé , et flotta sans cesse entre le désir de secouer le joug et la nécessité de le reprendre. Mais le plus grand contraste de son regne, c'est que jamais peut-être il n'y eut moins d'activité dans le souverain, et j amais le gouvernemeut*. ne déploya sa force avec plus de fermeté au dehors , et une sévérité si imposante et quelquefois si terrible au dedans.

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Tel fut Louis XIII comme prince ; dans le particulier on vit des contrastes aussi frappants. Son caractere le forçoit à élever des favoris ; son caractere le forçoit à les haïr. Au milieu des succès , il fut malheureux. L'allié de Gustave-Adolphe , et celui dont les armées ébranloient le trône de l'empereur et resserroient l'Espagne, redouta sa mere, sa femme , son frere , et jusqu'au ministre qui le faisoit vaincre.

On sent bien qu'un tel caractere est peu favor able aux éloges ; mais les panégyristes poursuivent encore plus les rois , que souvent les rois ne sont empressés à les fuir. Il paroît même que Louis XIII en fut importuné. Peut-être que son esprit naturel lui fit haïr de bonne heure un genre d'éloquence , qui le plus souvent n'a rien de vrai, et qui au moins est vuide d'idées: peut-être aussi qu'un homme calme et sans passions doit mieux sentir le ridicule de ce qui est exagéré; et c'est le vice nécessaire de tout ce qui est harangue : peut-être enfin que tant d'éloges sur de grands événements auxquels il avoit peu de part, lui rappelloient un peu trop sa foiblesse et une gloire étrangere. Quoi qu'il en soit, on rapporte que se regardant un jour dans une giace , étonné de se voir déjà tant de cheveux blancs , il en accusa les complimenteurs et panégyristes éternels qu'il étoit condamné à entendre depuis qu'il étoit roi.

Dès 1611 , c'est-à-dire, dès la seconde année de son regne, on lui adressa un panégyrique ; il n'avoit alors que dix ans. On se doute bien quel devoit être le ton de cet ouvrage. Flatter un jeune prince sur des qualités qu'il n'a point encore , c'est presque lui défendre de les acquérir , c'est immoler à la vanité d'un moment, la félicité d'un demi-siecle.

La paix de 1623 avec les protestants du royaume, et la prise de la Rochelle en 1629 , furent encore le sujet d'un très-grand nombre de panégyriques et d'éloges. Ce§

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