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LE

BOUDDHA

ET SA RELIGION

PAR

J. BARTHELEMY SAINT-HILAIRE

MEMBRE LE L'INSTITUT.

(Académie des Sciences morales et politiques)

NOUVELLE ÉDITION

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PARIS

LIBRAIRIE ACADEMIQUE

DIDIER ET C1', LIBRAIRES-ÉDITEURS

55, QUAI DES AUGUSTINS, 55

1 86-2

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AVERTISSEMENT

SUR

LE NIRVANA BOUDDHIQUE

On a beaucoup contesté l'interprétation qu'après Burnouf j'ai donnée du Nirvana bouddhique. Je ne m'en étonne pas. Le culte du néant, devenu une religion que professe encore aujourd'hui avec des modifications diverses le quart ou peut-être le tiers de l'humanité, c'est là un fait tellement extraordinaire qu'il a dû provoquer tout d'abord la surprise, et bientôt la négation. Adorer le néant! Cela se comprend à peine. L'être est une idée tellement essentielle à l'intelligence de l'homme que c'est par elle qu'il doit inévitablement commencer pour essayer de concevoir ce qui n'est

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pas; et quelque effort qu'il fasse pour en sortir, c'est une enceinte infranchissable dans laquelle il est toujours nécessairement renfermé. Quand, abusé par de vaines subtilités de mots, il a cru saisir enfin l'idée du néant, il ne tarde pas à s'apercevoir de la méprise qu'il commet: ce n'est pas le néant qu'il a pensé; c'est une simple transformation de l'existence. Une forme nouvelle a remplacé celle qui a péri; mais elle existe tout aussi bien que celle qui l'a précédée; et cette destruction, toute réelle qu'elle est, n'est qu'une confirmation de l'iêre dans sa plénitude éternelle et indéfectible. On peut demander à Platon et. à Parménide combien cette idée du néant nous échappe, et que d'illusions elle peut causer à notre esprit avant qu'il n'en reconnaisse l'absolue impossibilité. On peut apprendre d'Aristote combien est fausse toute conception du non-être qui impliquerait une négation universelle. Une chose peut cesser d'être ce qu'elle était; elle peut devenir ce qu'elle n'était pas. Voilà les bornes fort étroites du non-être, ou du néant. Sous tout autre aspect, il est inconcevable, et il n'est que le mensonge d'une sophistique coupable, quoique habile, dans ses dangereuses hypothèses. L'être n'a ni commencement ni fin; les êtres seuls naissent et meurent dans son sein immuable ; quant à lui, il n'est pas plus sujet au changement qu'à la mort; tout ce

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