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belles circonstances qui peuvent faire impression sur son ame, toutes les institutions qu'il doit connoître et admirer, tous les beaux préceptes, tous les grands exemples qu'il doit suivre ; et il néglige précisément la source la plus féconde en maximes utiles, en traits admirables et héroïques, parce qu'il ne songe plus qu'il a existé et qu'il existe encore un christianisme dans le monde. Celui-là parle au peuple de vertu, et il cite Epictète et MarcAurèle, comme s'il n'avoit pas existé pour le peuple d'autres modèles plus instructifs et plus rapprochés de lui. Celui-ci propose des moyens d'encouragement, et il se garde bien de recourir à celte belle institution qui fournit les motifs les plus puissans et la sanction la plus parfaite. En un mot, la plupart des écrivains moralistes ressemblent, selon l'expression du grand Bossuet, à ces Egyptiens chez lesquels tout étoit Dieu , excepté Dieu lui-même.

La cause de cette indifférence est le préjugé généralement trop répandu, que le christianisme est contraire aux développemens de la raison, et à l'énergie de l'ame, sans laquelle on ne peut espérer de ces conceptions heureuses qui honorent le génie. Seroit-il nécessaire de combattre une opinion aussi absurde? tant de savans, que nous ont conservé les monastères, tant d'admirables auteurs que la religion a inspirés, tant de grands hommes qui, dans des siècles barbares, se trouvoient, grâces au christianisme, placés à nne si grande distance de leurs contemporains; ce sont là des personnages dont la gloire et les succès font taire tous les préjugés, tous les mensonges, toutes les imputations fausses. Ubi pietati, ibi musis locus , disoit-on au

trefois. La plupart des sauvages de l'Europe mo* derne ont été civilisés et instruits par leurs évèm ques, par leurs prêtres et leurs théologiens. Ulphi. las, évêque goth, inventa les lettres pour ses compatriotes illettrés, et composa pour eux la Bible en langue vulgaire; Sunnia et Tretila , deux théologiens goths , correspondoient avec le savant saint Jérôme ; Angarius, le principal apôtre des peuples du Nord , établit des écoles dans lesquelles la jeunesse devoit être formée à la religion et aux lettres; Cyrille et Methodius rendirent le même service aux Bulgares, aux Moraves et aux Bohémiens. En Russie, les missionnaires introduisirent la science des lois et des beaux arts : « Le dôme et les pein» tures de la cathédrale de Sainte-Sophie, à Cons» tantinople, furent copiés , dit Gibbon, dans les

» églises russes; les écrits des pères furent traduits * » en langue esclavonne, et trois cents nobles jeunes

» gens furent invités ou contraints à assister aux » leçons qui se donnoient dans l'église de Jérislau.» : Non-seulement le christianisme a civilisé les peuples de l'Europe moderne, il leur a donné, en outre, cette stabilité, sans laquelle le bienfait de la civilisation eût été perdu pour eux. Les anciens empires dAssyrie, de Perse et de Macédoine n'ont duré que peu de temps, et depuis Néron jusqu'à Constantin, c'est-à-dire, dans l'espace de moins de trois siècles, on compte dix-sept familles différenles qui ont régné dans Rome. Depuis César jusqu'à l'établissement du christianisme, environ quarante empereurs ont occupé le trône du monde, qu'il eût été si facile de défendre, si la religion s'y étoit assise à côté des monarques ; tandis que l'Europe chrétienne offre, en Allemagne, trois familles al

liées qui se succèdent paisiblement pendant trois siècles, sur le trône 'de l'Empire; en Angleterre, familles qui règnent pendant sept cents aris ; en France, trois dynasties qui occupent un intervalle de plus de treize siècles. Les descendans de Borivorius, en Bohême, et ceux de Geysas, en Hongrie, régnèrent plus de trois cents ans. Celle de Miceslas fut maintenue pendant plus de quatre cents* ans sur le trône de Pologne. Eric, le premier prince chrétien qui ait régné en Danemarck, laissa sur le trône une postérité qui étoit encore florissante cinq cents ans après lui. Avant le règne de Charlemagne, les Germains furent conquis plus de vingt fois par des nations étrangères ; devenus chrétiens, ils conservèrent leur indépendance pendant plus de dix siècles; enfin la religion chréiienne avoit besoin, pour être appréciée par les princes, de leur offrir encore un bel exemple de la stabilité des empires qui sont placés sous sa protection, elle pourroit citer l'heureuse famille de Recharède qui régna en Espagne pendant onze cenls ans.

De toutes les monarchies européennes, celle qui a offert dans la suite des siècles l'exemple le pins déplorable de l'effet des passions humaines sur le sort des empires, celle qui a été lant de fois agitée, et qui se trouve aujourd'hui encore environnée de troubles, de révoltes, de soldats indisciplinés, de gouverneurs indociles qui se font payer au poids de l'or l'apparence seule de la soumission ; celle, en un mot, qui ne cesse de voir ses monarques détrônés, ses princes captifs ou égorgés, se's soldats réglant les destinées du monarque et de l’Empire; en un mot, la monarchie ottomane semble avoir

été placée par la Providence auprès des monarchies Tome V.

chrétiennes, pour apprendre à celles-ci que le bonheur et la durée des Etats ne peuvent être mieux assurés, que par la morale et la croyance du chris tianisme.......

Concluons, par le témoignage éclatant que rendit au christianisme le général Wasingthon qui, en 1796, lorsqu'il résignoit la place de président des Etats-Unis d'Amérique, s'exprimoit ainsi : « La » religion et la morale sont les bases nécessaires de » toutes les dispositions et habitudes qui procurent » le bonheur politique. Ce seroit en vain que les » éloges dus au patriotisme seroient réclamés par » celui qui essaieroit de renverser ces deux grands » appuis de la félicité humaine, ces guides de » l'homme et du citoyen. Celui qui n'est que po» litique doit les respecter et les chérir, de même » que celui qui n'est que pieux. Un volume ne suf» firoit pas pour retracer tous les liens par lesquels » la religion et la morale tiennent au bonheur public » et au bonheur privé. Demandons simplement » quelle seroit la sûreté pour la propriété, la ré» putation, la vie, si le sentiment de l'obligation » religieuse n'étoit plus joint aux sermens qui sont » une des bases des décisions dans les tribunaux ? » N’admettons qu'avec restriction la supposition

» qu'on peut conserver la morale sans religion. . » Quelque confiance qu'on puisse accorder à l'in

» fluence d'une éducation soignée sur les esprits » d'une certaine trempe, la raison et l'expérience » nous défendent toutes deux de nous flatter que » la morale puisse avoir de la force en excluant » les principes religieux. »

Si l'auteur de cet ouvrage eût appartenu à la religion catholique, le tableau qu'il nous donne des bienfaits du christianisme, eût élé encore plus riche de détails, et plus varié, C. ....

HISTOIRE, VOYAGES, POLITIQUE, MEURS, ÉDUCATION.

X V. Détails sur les moeurs des Grecs, des Arabes el

des Turcs , par M. DE CHATEAUBRIAND (1). ....Je m'embarquai à Trieste le 1.er août 1806. Nous sortimes rapidement de la mer Adriatique. Le 8, nous découvrîmes Skérie ( Corfou ) et Buthrotum , qui rappellent deux des plus belles scènes de l'Odyssée et de l'Eneide. Nous reconnûmes le rocher d’Ithaque. J'aurois bien voulu y descendre, pour visiter le jardin de Laërte, la cabane d’Eumée, et même le lieu où le chien d'Ulysse mourut de joie en revoyant son maître.

Nous dépassâmes les îles de Zanthes et Céphalonie; et le 10 au matin, les montagnes de l'Elide se formèrent dans l’horison du Nord. Le II, nous jetâmes l'ancre devant Modon, l'ancienne Mothone, près de Pylos. Je saluai les rivages de la Grèce; et la chaloupe du bâtiment me porta aux pieds des murs de Modon. J'entrai dans cette ville délâbrée. Lorsque j'apperçus les Turcs - armés et assis sous des espèces de tentes au milieu des rues, je me rappelai la belle exo pression de mon noble ami M. de Bonald, les Turcs sont campés en Europe. Cette expression est vraie sous tous les rapports, et dans toutes les acceptions.

(1) On sait que M. de Châteaubriand, occupé d'un ouvrage qui doit servir comme de preuve au génie du christianisme, a voulu reconnoître par lui-même les lieux où il place ses personnages : tel a été l'objet du voyage auquel on doit les détails qu'on va lire.

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