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aussi dangereux sous le rapport moral, que pitoyables sous le rapport littéraire ? L'éditeur luimême, tout admirateur qu'il est de son maître, blâme plusieurs détails révoltans de la Religieuse , et il convient que, pour la gloire de Diderot , il eût fallu jeter au feu les trois quarts de Jacques le fataliste, et que le goût et l'honnêteté exigeoient ce sacrifice. Si tel est son avis , malgré le culte qu'il rend à son maitre, on nous permettra bien d'être un peu plus difficiles encore, et de dire que pour la gloire de Diderot , il-eút fallu jeter au feu les trois quarts de ses @uvres. Il eût fallu y jeter tant de déclamations forcenées contre le christianisme, tant de prédications insolentes contre l'autorité, tant d'écrits pleins d'invectives et de fiel. Il eût fallu y jeler ces romans scandaleux, où il n'y a ni esprit ni goût, qui ne se traînent que sur des tableaux dégoûtans et sur des détails abjects. "Il eût fallu y jeler ce Supplement au Voyage de Bougainville , où l'on prêche la corruption des moeurs, et où l'on fait l'apologie des plus honteux désordres. Il eût falla sur-tout y jeter cette pièce fanatique, ce dithyrambe atroce, ces vers qu'aucune anecdote · nexplique, qu'aucune circonstance n'excuse, qu'aucun sophisme ne sauroit justifier; ces vers qui reste. ront sans copie, comme ils sont sans modèle dans la langue française :

Et ses mains ourdiroient les entrailles du prêtre,
A défant d'un cordon pour étrangler les rois.

Voilà les excès que M. Berthre eût pu signaler, et qui lui eussent fourni matière à des chapitres plus intéressans peut-être, et plus utiles que ceux qu'il a consacrés à l'examen de la doctrine de Pythagore.

Les deux philosophes qu'il met ensuite en regard, sont Anaxagore et La Mettrie , tous deux connus par des idées folles sur l'origine des choses. Mais le moderne a sans doute encore ici la palme. Il n'est pas fort étonnant qu'un ancien, qui ne voyoit rien de satisfaisant dans les divers écrits des philosophes, et qui n'étoit point éclairé des lumières de la révélation, ait imaginé des théories très-bizarres, sans doute, mais auxquelles il éloit difficile d'en substituer alors de beaucoup plus solides. La Mettrie n'a point une pareille excuse ; et celui qui, au dix-huitième siècle, a pu faire l'homme machine et l'homme plante ; celui qui nous fait pousser comme des champignons, qui dit que la terre ne produit plus d'hommes par la même raison qu'une vieille poule ne pond plus d'æufs, que les premiers hommes furent d'abord des plantes et des arbres dont l'organisatiou se perfectionna insensiblement, et que d'heureuses combinaisons leur donnèrent peu à peu des yeux et des oreilles; celui, dis-je, qui a rêvé ces absurdités el cent autres pareilles, est un fou, et un fou d'autant plus méprisable , que ses ouvrages respirent le libertinage et l'athéisme. Il avoit senti, comme plusieurs autres incrédules, que pour mieux séduire les esprils, il falloit corrompre les cours, et que pour extirper la croyance d'un Dieu, il étoit bon d’étouffer la pudeur et de justifier les vices : tactique profonde, qui ne leur a que trop réussi , et qui, flatlant toutes les passions à la fois, se servoit de l'orgueil pour nourrir des penchans déréglés , et de ces penchans même pour accroitre et fortifier une orgueilleuse doctrine. M. Berthre dit que l'on croit généralement que La Mettrie , à la mort, revint à la religion de ses pères , et rétracta sincèrement ses erreurs, Je souhaite de tout mon

coeur que ce fait soit vrai; mais je ne sais si l'on en a des preuves suffisantes, et j'aurois voulu que M. Berthre eût cité ses autorités. Ce qui est incontestable, c'est que La Mettrie étoit un fou, comme l'avoue Voltaire, et qu'après avoir proscrit la vertic et les remords, fait l'éloge des vices, invité ses lecteurs à tous les désordres, il a laissé une mémoire exécrable. (1)

M. Berthre termine son livre par le parallèle d'Epicure et de Rousseau. La partie qui concerne ce dernier est fort étendue. L'auteur donne d'abord quelques détails sur la vie de Jean-Jacques. On sait combien elle fut remplie de traverses dues à son lumeur inconstante et bizarre. L'histoire des divers emplois qu'il exerça est vraiment curieuse. Scribe chez un greffier, apprenti chez un graveur , laquais dans deux maisons différentes, étudiant en latin, puis en musique, commis chez un intendant, précepteur, secrétaire d'un ambassadeur , employé de finances, auteur enfin, et commençant à quarante ans à se faire connoître. C'est de cette époque que datent ses plus grandes disgraces ; c'est alors qu'il montra ce caractère sombre et farouche, ces caprices, ces soupçons, cet orgueil intraitable, ces vertiges qui firent le tourment de sa vie. Par-tout il fatigua ceux qui avoient recherché son amitié, et dégoûta ceux qui lui vouloient du bien. Enfin il est reconnu qu'il étoit sujet à des accès de folie, qui ont abouti à une mort violente; car cette dernière circonstance n'est plus douteuse. (2)

(1) Lettres du 6 novembre 1750, et du 27 janvier 1752, t. 71 de ses oeuvres.

(2) On peut consulter à cet égard la relation qu'à donné M. Corancez sur la mort de Rousseau.

Pour nous résumer sur l'ouvrage de M. Berthire, nous pensons qu'il n'étoit pas trop nécessaire de dévoiler le charlatanisme de Pythagore ou de Chrysippe. Ces gens-là ont aujourd'hui peu de partisans ; et s'ils ont été dangereux autrefois, ils ont cessé de l'être. Les charlatans modernes méritent une tout autre attention, parce qu'ils ont eu une tout autre influence ; et si l'auteur veut conserver le plan de son ouvrage, et exposer les rêveries et les systèmes des anciens, il faut du moins qu'il étende et qu'il perfectionne la partie de son livre qui traite des modernes. Nous applaudissons à son zèle et à la justesse de plusieurs de ses réflexions ; mais nous croyons qu'il eût pu rendre son travail plus précieux. Il étoit possible de présenter plus de faits, de réunir plus de preuves, de peindre avec plus de force, de mettre plus de vigueur dans la discussion , plus de chaleur dans le style, plus d'intérêt dans tout l'ensemble. Il y a des longueurs qu'il faudroit faire disparoître, des raisonnemens qu'il faudroit resserrer. Enfin, s'il faut le dire, l'auteur n'a point tiré de son sujet tout le parti qu’on en devoit attendre. Il n'a point justifié pleinement son titre; et si le plan est vaste, l'exécution en est foible.

P... t.

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X I V.

Şur les bienfaits de la Religiou chrétienne ; ou

vrage traduit de l'Anglais , d'EDOUARD Ryan.

Il étoit impossible à un écrivain de choisir un sujet plus susceptible d'offrir des tableaux maguifiques, des récits 'intéressans, des idées grandes et utiles. L'histoire des bienfaits de la religion n'est autre chose que l'histoire du christianisme luimême, soit qu'on l'envisage dans ces temps antiques, où, sous l'empire des ombres et des figures, on pouvoit entrevoir l'image auguste des biens et du bonheur qu'il devoit apporter au monde ; soit que, nous rapprochant davantage des temps où nous avons vécu, nous voulions rappeler comment celte institution admirable a surpassé, pour des milliers de générations, l'excellence et la beauté de ses anciennes promesses, et réalisé, pour les génies les plus vastes, pour les ames les plus ardentes, le charme des plus douces et des plus pompeuses espérances. Si, au récit des bienfaits que la religion chrétienne a répandus sur la terre, on pouvoit joindre encore l'énumération de tous ceux que les hommes avoient le droit d'en attendre, et dont leurs passions, leurs préventions, leur injustice, leur ignorance les ont privés, quel vaste sujet se présenteroit aux méditations du sage, et à l'admiration des véritables amis de l'humanité ? : . On ne songe guères aujourd'hui aux avantages inappréciables que le christianisme assure aux hommes. L'un , livré journellement à des méditations profondes sur les moyens d'augmenter la prospérité des nations , est enfin parvenu à n'en oublier aucun, excepté celui qui l'emporte sur tous les autres, et dont l'efficacité est démontrée par l'expérience des âges et par le suffrage de tant de peuples. Un autre, voulant former son enfant à l'annour du travail et à la vertu, approfondit l'analyse de l'homme, étudie le caractère de son élève; il épie ayec un soin vraiment louable, toutes les

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