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gieuse. Le succès de Mahomet ne fit qu'augmenter, et cela devoit être encore. On sut gré alors à Voltaire, on lui a su gré depuis, du dessein qu'il y avoit caché de rendre le christianisme odieux , ce dessein quon avoit aperçıı , même avant qu'il s'en fút vanté. Les mauvais principes en morale produisirent le mauvais goût en littérature ; et si ce grand acteur qui avoit deviné Voltaire, fit sentir toute la profondeur du rôle de Mahomet, tandis qu'à une époqne où le goût étoit moins exercé, on n'avoit pas eu besoin d'un acteur extraordinaire pour sentir toute la profondeur des róles d'Acomat, d’Agrippine , de Cléopâtre, et que les spectateurs avoient, sans son secours, deviné Corneille et Racine, c'est que le caractère d'un charlatan hypocrite se montre beaucoup moins par des paroles que par le geste et le maintien, et qu'il doit beaucoup plus au jeu de l'histrion qu'au génie du poète.

B... d.

XIII.

Sur un ouvrage intitulé : Le Charlatanisme philo. sophique de tous les âges, dévoilé par M. BERTHRE DE BOURNISEAUX.

L'EXAMEN de la philosophie du dix-huitième siècle est une mine inépuisable où de nouvelles fouilles peuvent procurer sans cesse de nouvelles découvertes, pourvu que l'on connoisse le terrain, que l'on procède avec méthode , et que l'on sache creuser à une certaine profondeur. Tantôt on se pro. posera de faire l'histoire des philosophes, de dévoiler leurs vices, leur orgueil, leur perfidie, leurs intrigues, leurs complots, et de les montrer démentant leur doctrine par leur conduite , atténuant leur témoignage par leurs calomnies, et donnant, par leurs provocations séditieuses, la mesure de l'esprit de paix, de modération et d'huma. nité dont ils se prétendoient animés. Tantôt on fera l'histoire de la philosophie elle-même, de ses progrès, de l'influence pernicieuse qu'elle a également eue sur les lettres et les moeurs. L'un rassemblera toutes les absurdités, toutes les impostures semées dans les écrits des ennemis du christianisme; l'autre fera ressortir les nombreuses contradictions où ils sont tombés. Celui-ci discutera pied à pied leurs principes, et les renversera par les armes de la logique et du raisonnement; celui-là les combattra par les traits de la raillerie, et les couvrira de ridicule.

Toutes ces méthodes peuvent être bonnes et victorieuses, selon les connoissances et les talens de ceux qui les emploient, et il en peut toujours résulter des leçons utiles et des instructions salutaires. Leur but commun doit être de dévoiler cette philosophie trompeuse, qui en impose par le faste de ses belles paroles , par l'étalage de ses beaux sentimens, par l'affectation de ses belles maximes, mais dont les belles paroles ne savent ni dissiper nos ténèbres ni consoler notre misère ; dont les beaux sentimens sont tout en paroles , et sont parlà même stériles en effets ; dont les belles maximes ont si souvent caché des projets perfides et couvert de noirs complots. Il importe de démasquer de plus en plus ses sectateurs, et de prouver l'odieux de

ne.

leurs moyens, l'extravagance de leurs systèmes et de leurs enseignemens. Déjà plusieurs écrivains ont rempli cette tâche, et ont considéré la philosophie sous plusieurs des rapports que nous avons indiqués; mais il reste encore à moissonner dans ce vaste champ; et un historien judicieux, un logicien exact, un critique exercé, peuvent encore y trouver matière à déployer leur sagacité et leur zèle.

Tel a sans doute été le but de M. Berthre de Bourniseaux. Eclairé sur la fausseté de la philosophie, il l'a envisagée sous un nouveau point de vue, et s'est proposé de prouver que les philosophes anciens et modernes avoient élé guidés par les mêmes passions,et étoient tombés dans les mêmes erreurs ; que ceux.ci n'avoient guère fait que réchauffer les vieilles opinions de ceux-là; que les abstractions des uns et les hypothèses des autres, les formes occultes des premiers et les cosmogonies des seconds étoient également inadmissibles; et qu'enfin ils n'avoient tous été que des charlatans dignes de risée et de mépris, et des fous qui, après s'être aveuglés, avoient voulu aveugler les autres. On voit que son plan est de comparer successivement les philosophes les plus fameux des temps anciens et ceux des temps modernes. Dans la partie de son ouvrage qui vient d'être publiée ,il met en parallèle Pythagore et Diderot, Anaxagore et La Mettrie, Chrysippe et Cardan, Pyrrhon et Boulanger, Epicure et Rousseau. Je ne sais , je l'avoue, si ces philosophes sont tous bien assortis , et si les rapports que l'auteur établit entr'eux sont également justes et frappans. Il ne semble, par exemple, que Pythagore n'est pas trèsbien accolé avec Diderot , et je ne vois pas

que la ressemblance entr'eux soit parfaite. Si les dogmes du premier sont singuliers, ceux du second sont bien autrement bizarres. L'un fit quelques lois sages, l'autre n'inventa que des systèmes pernicieux. Le philosophe de Crotone ne chercha point à tout renverser pour assurer son pouvoir. Le fondateur de l'Encyclopédie ne fut qu'un fou qui dans les accès continus de sa fièvre chaude , s'en alloit frappant de droite et de gauche les institutions divines et humaines, détruisant tout sans rien mettre à la place, Celui-là laissa une mémoire honorée, et il est regardé encore aujourd'hui comme un des hommes les plus estimables qu'ait pu produire la yaine philosophie des anciens. La répulation de celui-ci est bien différente; et il est reconnu que la philosophie moderne n'a point enfanté d'adepte plus déréglé dans son imagination, plus inintelligible dans son bavardage, plus oulé dans son style déclamatoire, plus mobile et plus tranchant à la fois dans sa doctrine. Que sera-ce, si l'on compare les résullals de leurs leçons ? L'enseignement de Pythagore produisit quelques bons effets, ainsi que NI. Berthre lui-même en convient, Que nous ont valu, au contraire, les chimères, l'einphase et les invectives de Diderot? Elles ont séduit des esprits crédules, elles ont fait germer dans des têtes ardentes de folles théories et de dangereux projets, elles ont contribué aux bouleversemens dont nous avons été les tristes témoins,

M. Berthre ne me paroit pas avoir traité cette partie de son sujet avec l'étendue convenable. Il a Klonné cent trente pages à l'examen de la philosophie de Boulanger, et quinze ou seize à celui des

crits de Diderol; et il fonde celte disproportion sur ce que Boulanger a beaucoup plus de partisans que le second. J'oserois croire le contraire. L'érudition indigeste d'un écrivain qui se perd sur les temps anciens dans des conjectures interminables, me semble moins propre à égarer et à pervertir, que la haine fougueuse et envenimée de celui qui en veut moins au passé qu'au présent, et dont le but étoit de détruire la religion, et d'élever sur ses ruines l'athéisme et l'immoralité; et quoique je ne pense pas que Diderot ait beaucoup de partisans, il en a sûrement encore plus que Boulanger, dont les écrits roulent sur des hypothèses vagues, et n'offrent ni I le même sel à la malignité, ni le même altrait à la

licence. . : M. Berthre eût donc dû, à mon gré, s'arrêter un peu plus sur le philosophe de Langres. Il eût trouvé dans ses nombreux écrits une source féconde de réflexions piquantes. Il l'eût va tantôt déiste, tantôt pyrrhonien, plus souvent encore athée décidé, et toujours dogmatisant du ton le plus affirmatif, et prononçant ses décisions dans le style et avec le {on d'un oracle. Que n'a-t-il consulté l'édition de sez @uvres, publiée en 1798 par un homme de lettres qui avoit été son élève , son ami et son coopérateur dans ses travaux philosophiques ? Cette édition, faite, dit-on, avec beaucoup d'exactitude et de soin, lui eût présenté des ouvrages dignes d'exercer sa critique. Il ne se fût pas contenté alors d'extraire des Pensées philosophiques quelques sophismes insidieux, ou de se railler de quelques conjectures extravagantes tirées de l'Interprétation de la Nature ; et tant d'autres écrits lui eussent paru nieriter un article un peu plus long et une réfutation un peu plus soignée. Qui ne s'indigneroit en effet de voir un homme qui parle tant de morale et de veriu, passer son lemps à composer des romans

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