Imágenes de página
PDF
ePub
[blocks in formation]

Inscription d'une Statue de Voltaire, pour l'érec

tion de laquelle les disciples de ce philosophe
avoient fait une espèce de quéte.
En tibi dignum lapide VOLTARIUM ;

Qui
In Poësi magnus,
In Historia parvus,
In Philosophiâ minimus,
vendos In Religione nullus ;

Cujus
Ingenium acre,
Judicium præceps ,
Impietas summa;

Cui
Arrisére mulierculæ,

Plausêre scituli,
Favère profani;

Quem
Irrisorem hominum Deûmque

. S. P. Q. physico-atheus,
. Ex ore collecto, statuâ donavit.

X I I.
Sur la Tragédie de Mahomet.

...VUELLE fut la cause du prodigieux succès de ce drame, imposteur comme son héros ? Nous la trouverons dans le Cours de Littérature de M. de La Harpe, que son excessive prévention pour les tragédies de son maître ne peut rendre suspect qu'à celui qui en relève les défauts.

C'est moins, dit ce célèbre critique, sous le » point de vue de l'utilité générale que Voltaire » sembloit préférer la tragédie de Mahomet à toutes » celles qu'il avoit faites , quà cause du dessein » qu'il y cachoit, et qu'on aperçut , de rendre le » christianisme odieux.» Et M. de La Harpe ajoute à la page suivante : « Que l'auteur s'en vanta dans » la société. »

Si M. de Voltaire eût eu affaire à des hommes plus instruits, et à un siècle moins prévenu contre la religion , il eût risqué de rendre sa chère philosophie odieuse, plutôt que le christianisme. En effet, la doctrine de Mahomet n'a rien de commun avec la religion chrétienne. Elle est, comme la philosophie du dix-huitième siècle, un vrai déisme, subtil en Europe, grossier en Orient, pensée de Dieu sans action publique ; culte sans sacrifice; morale dénuée de sanction, qui, en prêchant à l'homme la tolérance, la tempérance et la bienfaisance, produit dans les lois et dans les moeurs, à Paris, comme à Constantinople, la haine des autres religions, la polygamie, le divorce et l'usure. Il eût fallu, ce semble, pour atteindre plus sûrement le but de rendre le christianisme odieux, mettre sur la scène des personnages chrétiens; leur prêter un horrible forfait, concerté aux pieds des autels, conseillé par des prêtres, commis au nom de la religion. (1) Avec toutcela, Voltaire lui-même n’au. roit pas fait une bonne tragédie ; car si le dessein de rendre la religion respectable a produit les chefs-d'oeuvres dAthalie et de Polyeucte, il est dif.

(1) Cet article a été fait à l'occasion de la mort de Henri IV qui suivant M. de Bonald , ressemble fort à Mahomet , sous le rapport de la moralili et peut-être même laisse l'avantage à la Pièce de Voltaire.

Tome V.

ficile qu’un dessein tont opposé puisse en produire de semblables. ..

Quoi qu'il en soit, « Mahomet, continue M. de « La Harpe, représenté trois fois en 1741, d'abord » ne produisit guère qu’un effet détonnement, et » même, en quelque sorte, de consternation , sans » doute à cause de la sombre et triste atrocité de la » catastrophe. Il parut n'être entendu et senti qu'à » la reprise de 1751; et son succès a toujours aug» menté depuis que le grand acteur, qui devinoit » Voltaire, eut révélé toute la profondeur du rôle » de Mahomet. »

On avouera , sans peine , que le goût en France étoit formé en 1741, autant qu'il le fut dix ans après, et l'on n'attribuera pas à la sombre et triste atrocité de la catastrophe de Mahomet, le peu d'effet que trois représentations consécutives produisirent sur des spectateurs familiarisés depuis trente ans avec l'horrible catastrophe de la tragédie d’Atrée. Ici M. de La Harpe raisonne mal, parce qu'il raisonne en homme prévenu. Une tragédie qui ne pèche que par la catastrophe, n'en est pas moins applaudie dans tout le reste, sur-tout aux premières représentations, où l'on ne connoit pas encore le dénouement. La catastrophe de Mahomet ne parut ni moins triste, ni moins sombre, ni moins atroce en 1751; elle ne paroit pas meilleure aujourd'hui; et M. de La Harpe , qui la condamne, n'en donne pas moins d'éloges au reste de la pièce.

Mais en 1741, le cardinal de Fleury gouvernoit encore; et ce ministre, sage administrateur plutôt que profond politique, avoit retardé, autant qu'il l'avoit pu , les progrès d'une philosophie dont il prévoyoit les funestes effets. Il y avoit encore en France, à cette époque, de la religion et des moeurs.

L'attachement aux principes qui avoient fait la force de notre patrie, aux vertus qui en avoient fait la gloire, vivoit encore dans le coeur des Français ; et les germes de désordre que la Régence avoit déposés dans l'Etat, n'avoient pas eu le temps de porter leurs fruits. Le dessein de Voltaire, de rendre le christianisme odieux, ce dessein aperçu, comme l'avoue M. de La Harpe, et dont l'auteur s'étoit vanté dans la société , dut donc produire l'étonnement, et bientôt la consternation. Les hommes de goût furent étonnés de voir paroitre une tragédie philosophique qui blessoit les règles les plus autorisées , et s'éloignoit des modèles les plus accrédités, et les gens de bien furent consternés de l'audace d'une production irréligieuse, jouée en plein théâtre, et dûrent en tirer de sinistres présages. Il fut même défendu, par l'autorité supérieure, de jouer Mahomet ; et M. de La Harpe, qui dit que le zèle craignoit les fausses interprétations, oublie sans doute qu'on ne risquoit pas de donner une interprétation défavorable au dessein que Voltaire avoit eu réellement de rendre le christianisme odieux, à ce dessein qu’on avoit aperçu , et dont l'auteur lui-même s'étoit vanté,

En 1951, tout étoit changé. La religion, les moeurs, le goût, l'honneur national, la gloire même. de nos armes alloient disparoître. Fleury avoit cessé de vivre, et la volupté avoit porté la Pompadour sur le trône; la flatterie lui érigeoit des autels; et bientôt une philosophie, ennemie de Dieu et des rois, se mit sous la protection de cette digne patronne.

Des doctrines qui flattoient les passions du peuple, devoient naturellement trouver accès auprès

d'une favorite tirée, pour la première fois, des rangs obscurs de la société, et qui cherchoit à décorer d'un vernis de bel-esprit sa scandaleuse existence. Voltaire, qui n'eut jamais de prétentious à cette noble indépendance , dont on a voulu lui faire honneur, impitoyable censeur des plus petits abus, de la religion, vil flatteur des grandes corruptions des cours , encensoit l'idole qui faisoit le succès des ouvrages et la fortune des auteurs ; et en même temps qu'il adressoit des építres dédicatoires à l'ignoble maîtresse d'un maître avili (1), il livroit à la plus grossière diffamation la mémoire honorée de l'héroïne de la France, de la femme forte qui avoit attaché la gloire de son nom , de son courage et de sa fin, à l'événement le plus merveilleux de nos annales. Chose digne de remarque, que tandis qu’un parti de gens de lettres travailloit à abaisser devant nos rivaux le génie politique et littéraire de la France, il eût commencé par couvrir d'un ridícule ineffaçable la fille valeureuse qui avoit le plus efficacement contribué à sauver la France du joug de l'Angleterre !

Mahomet fut donc entendu et senti , comme dit M. de La Harpe, à la reprise de 1751, et cela de. voit être. Ce succès même fait époque dans l'histoire des progrés de la philosophie du dix-huitiême siècle : et c'est en effet du milieu de ce siècle que date notre dépravation politique (2) et reli

(1) Voltaire se tire assez mal de la dédicace de Tancrède à madame de Pompadour. Il commence par alléguer l'exemple de Crébillon , il insiste beaucoup sur sa reconnoissance, et se sauve à travers une longue discussion littéraire.

(2) Le Contrat-Social parut en 1752; l'Encyclopédie commença dans le même temps :

Ex illo fluere ac retro sublapsa referri, five
Gallia.

« AnteriorContinuar »