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gion indépendante des vaines opinions comme des révolutions des temps , après tant de siècles d'existence et de triomphes, n'avoit besoin ni des suffrages de l'auteur de l'Esprit des Lois, ni de ceux du peintre de la nature; mais enfin on doit observer que si l'un et l'autre ont eu des torts, l'un et l'autre aussi ont rendu dans leurs écrits et par leur conduite les hommages les plus solennels au christianisme, et que l'impiété n'a pas le droit de les compter parmi ses apôtres. Quant à Jean-Jacques , disons à sa gloire qu'il mérita d'encourir la haine des athées par son attachement inviolable à ces premiers dogmes sans lesquels il n'est ni moralè ni société; mais aussi disons à sa honte que, dominé, pour ainsi dire, tour-à-tour par deux génies contraires , il répandit le mensonge comme la vérité; qu'il poussa l'orgueil jusqu'à la manie , le paradoxe jusqu'à l'extravagance, l'oubli des bien. séances jusqu'au cinisme le plus révoltant. Malheur à l'écrivain qu'il est impossible d'estimer après l'avoir lu ! Que lui sert-il d'avoir été original, nerveux, éloquent ? Tout cela peut éblouir. une jeunesse inconsidérée qui cherche par-tout l'apologie de ce qui la flatte et l'enchante; mais ne doit-on pas avant tout chercher l'honnête homme dans l'écrivain ? Lisez les Confessions de Saint Augustin , vous ne pourrez vous empêcher de le plaindre, de l'aimer, de prendre à son sort l'intérêt le plus vif et le plus tendre; on gémit avec lui quand il se débat dans les chaînes de la volupté : avec lui on s'assied et l'on pleure sous l'arbre solitaire qui voit couler les larmes abondantes de son repentir; avec lui on se réjouit, on triomphe, lorsqu'après tant d'efforts il goûte enfin la paix et la liberté de la vertu. Comme tout dans lui décèle une belle ame! Comme il est affectueux et délicat dans son amitié! Comme il est touchant dans tout ce qu'il nous dit de Monique sa mère ! « J'avoue, dit-il, que je » reçois une très - grande consolation de ce que » même , dans sa dernière maladie, elle se louoit . » si fort de mes soins et de mes devoirs, et té» moigroit de les avoir si agréables, qu'elle me » nommoit son bon fils, et disoit avec des senli» mens de tendresse tout extraordinaires , qu'elle » n'avoit jamais entendu sortir de ma bouche la » moindre parole qui pât lui déplaire. Mais, mon » Dieu , qui nous avez créés, quelle comparaison » y avoit-il entre les respects que je lui rendois » et les soins extrêmes qu'elle avoit de moi ? et » ainsi , parce qu'en la perdant je perdois une si » grande consolation, mon ame demeuroit bles» see, et je sentois comme déchirer cette vie com»> posée de la sienne et de la mienne qui aupara» vant n'en faisoient qu'une.» Si vous lisez les Confessions de J.-J., quelle idée rapporterez-vous de ce philosophe ? En admirant l'écrivain pourriezvous vous empêcher de mépriser l'homme, et de vous indigner contre l'impudence du personnage qui veut orgueilleusement mettre le genre humain dans la confidence de ce qu'il a fait de plus vil et de plus abject ? C'est par un sentiment d'abnégation sublime qn'Augustin révèle ses foiblesses; c'est par un excès d'orgueil que J.-J. entretient ses lecteurs de ses criminelles turpitudes, et le premier est autant au - dessus du second, que l'héroïsme de la Vertu est au-dessus des bassesses du vice..

Que dirons-nous du patriarche de la philosophie moderne ? Qu'il soit l'égal des beaux génięs qui l'ont précédé ou qu'il vienne après eux, c'est là un point de critique que nous ne discuterons » pas ici ; mais qu'importeroit-il qu'il fût le premier écrivain de son siècle, s'il en étoit aussi le plus méprisable? Que fait à l'homme de bien la célébrité du crime et de l'infamie ? Le talent n'a de prix que par le bon usage que l'on en fait; estime-t-on un fleuve pour les inondations dont il ravage les campagnes ? et que seroit pour nous le Soleil, si au lieu d'éclairer il'embrâsoit l'univers ? Nous n'entrerons dans aucun détail sur ce novateur trop fameux à qui il a été donné de corrompre son siècle; mais au moment où l'ennemi le plus acharné de la patrie vient de rallumer les feux de la guerre, comment, en parlant de Voltaire, ne pas se rappeler le crime national dont il se rendit coupable, quand il osa répandre les ordures de l'imagination la plus dépravée sur cette fille immortelle, héroïne de pudeur comme de courage, qui arracha la France des mains des Anglais ? et à ce sujet , comwent ne pas observer qu'on ne sait ce qu'il y a de plas méprisable, ou de l'écrivain qui commit un tel forfait, ou du gouvernement qui le toléra , ou du siècle qui se laissa subjuguer par cet homme ?

V.

Portrait de Voltaire et de Rousseau.

... Le nombre de ses ennemis (de la religion) croisa soit tous les jours : on les voyoit rangés sous différens chefs, dont le plus fameux s'élevoit au-dessus de tous les autres par le zèle de l'impiété, autant que par l'éminence de ses talens. Ce zèle s'éloit allumé dans son coeur dès ses plus tendres années ; il s'accrut avec l'âge , et prit une nouvelle activité dans les glaces de la vieillesse. Sa maxime fondamentale étoit qu'il n'y a rien de sérieux en cette vie, et que le sage se moque de tout. Ses injures, ses calomnies et ses intrigues les plus odieuses ne donnèrent pas à la religion des atteintes aussi funestes que le ridicules dont il savoit couvrir les objets les plus sacrés et les personnages les plus vénérables. Il lança sur la pudeur, compagne inséparable de la piété, des traits dont elle interdit le souvenir. Ce rire moqueur qui lui étoit naturel, se communiquoit rapidement aux ames légères dont le nombre est infini, et faisant taire la raison et le sentiment, leur inspiroit, avec le mépris des choses saintes, le mépris de l'honneur et de la vertu. Tel fut l'oracle du dixhuitième siècle. C'est ainsi qu'il préludoit au renversement de cette monarchie, et qu'il mérita l'hom. mage solennel que ses disciples lui ont rendu, au moment où ils portèrent leurs mains destructives sur cet antique édifice, sans prévoir qu'ils seroient écrasés sous ses ruines.

Tandis que la foule des esprits frivoles ou corrompus se jouoit avec lui autour de l'abyme creusé par sa témérité, son rival entraînoit par ses sophismes des esprits plus graves, et séduisoit par les prestiges de son éloquence , des ames plus sens sibles. Il possédoit l'art de donner les couleurs de la vérité aux plus étranges paradoxes, et de peindre les passions les plus dangereuses sous les traits même de la vertu : art funeste dont il trouva tous les secrets dans les illusions de son esprit et de son coeur, et qu'il porta au plus haut degré par le vain desir d'étonner les hommes.

Après avoir essayé ses talens par une déclamation contre les lettres, il tourne son éloquence contre la société elle-même qu'il met en opposition avec la nature : il propose ensuite pour les concilier, un plan d'éducation heureusement impraticable; puis il bâtit une république imaginaire qui servira de modèle à tous les séditieux. Son zèle s'enflamme contre les moeurs de son temps, et pour les corriger, il met les leçons de la vertu dans la bouche de la volupté, et le calme de la sagesse, dans un cour flétri par l'athéïsme.

Le ton impérieux de ce réformateur universel n'offense point ses disciples; l'absurdité de ses principes et leurs conséquences désastreuses ne les alarment pas ; l'incohérence de sa doctrine et ses coutradictions les plus évidentes, n'altèrent point leur confiance. Ils le suivent, les uns avec une folle sécurité, les autres, malgré les plus justes frayeurs, jusque dans les ténèbres d'un doute qui a pour objet nos intérêts éternels.

Que dirai-je des honneurs qu'ils rendent, à sa mémoire, et de cette admiration qui ne se refroidit pas, soit qu'il décrive ses égaremens avec complaisance, ou qu'il publie ses remords avec ostentation, soit qu'il révèle la honte de ses amis et de ses bienfaiteurs, ou qu'il s'efforce de justifier dans sa propre conduite l'oubli des devoirs les plus doux et les plus sacrés ? Tel que ces divinités fabuleuses dont les désordres ne scandalisoient pas leurs plus vertueux adorateurs, nous voyons encore à ses pieds des hommes meilleurs que lui, et qui rougiroient de lui ressembler. G...d.

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