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même, accablée du poids de ses chaînes. Non-seulement les principes de la monarchie sont ceux de l'intolérance et du despotisme (1); non-seulement la gloire y est souillée de servituule (2), mais les devoirs de l'amitié et de la reconnoissance y sont plus immédiats et plus positifs que celui : de la fidélité à la patrie et au prince (3). Le père du chan, celier de l'Hospital étoit attaché au connétable de Bourbon en qualité de médecin et de conseiller, Lorsque la révolte de ce prince éclate , il se trouve placé dans la cruelle alternative d'abandonner son maître , son bienfaiteur fugitif et proscrit, qu de renoncer pour toujours à sa patrie. « L'Hospital, » dit M. de Guibert, fut combattu, gémit, et suivit » le duc. Ses biens ? Il les tenoit de lui. Sa patrie ? » Il se devoit à elle sans doute; mais ce lien, si sa» cré dans une république, a-t-il les mêmes droits » dans une monarchie ? »

Il est étrange sans doute que ce fût là le langage avoué d'un officier qui devoit à la monarchie et à la faveur particulière du monarque de n'être pas un şoldat perdu dans la foule ; il est plus étrange en. fore que les grąces de la cour et les honneurs académiques aient été à la fois sa récompense. Il a cependant ici le mérite de la candeur, et son nom est la seule autorité de ses paroles ; mais il est coupable d'une insigne lâcheté, lorsqu'il se met à l'abri d'un nom révéré pour précipiter son pays dans l'abyme des révolutions. Voilà les sentimens que M. de Guibert ose attribuer à l'Hospital, à ce grand homme d'Etat, qui out le plus rare de tous les cou,

(1) Pag. 208.
(2) Pag, 247.
(3) Pag. 120,

rages, celui de la modération entre des partis furieux :

« L'Hospital pensoit que les états - généraux » étoient le véritable conseil de la nation, le pal» ladium de ses droits , la ressource qui pouvoit » un jour tout réparer en tout bouleversant. C'étoit » une grande pensée que celle-là, et qui conte» noit le germe de bien d'autres. ... Voilà ce que » prévoyoit l'Hospital deux siècles avant nos jours; » et cela , par la seule force de son génie, qui avoit » calculé ce que deux siècles n'ont encore appris » qu'à un petit nombre de citoyens, etc. » (1),

Il y auroit une extrème simplicité à prouver sérieusement que l'Hospital , en convoquant les états-généraux, n'eut jamais le projet insensé de préparer le bouleversement de la France. M. de Guibert avoit trop d'esprit pour le croire, et même pour espérer qu'on le croiroit; il obéissoit à une des lois de la composition philosophique, qui prescrit d’employer à propos le mensonge, comme précaution oratoire. Il ne s'agit donc ici ni de l'Hospital, ni de ce qu'il a pensé en effet : l'oraleur a seulement voulu tempérer , par une adroite imposture , l'éclat trop vif de cette grande pensée, qu'il falloit tout bouleverser pour tout réparer.

M. de Guibert s'écrie, quelques lignes plus bas : « Aveugle et légère nation ! A-t-elle jamais formé » de système, de plan, de voeu seulement, avec » quelque suite ? A-t-elle jamais tenté d'améliorer » sa condition ? »

Oui, M. de Guibert, elle l'a tenté; et pour tout réparer, elle a tout bouleversé. Le fer et le feu ont dévoré les résistances; le sang a ruisselé de toutes parts; un incendie universel a confondu les cen

(1) Pag. 147 et suiv.

dres des palais et celles des chaumières. Cependant les sages délibéroient, les droits de l'homme sous les yeux. Mais la philosophie n’a de lumières que pour détruire ; elle n'en a point pour édifier. Non moins étonnée que furieuse de son impuissance, en vain elle multiplioit les essais; en vain elle punissoit les hoinmes de la résistance que lui opposoit la nature des choses. Lasse enfin de l'ignorance et de la cruauté de ses maîtres, cette nation , créée pour l'erreur et pour l'esclavage (1), a brisé le joug de la liberté; elle s'est rejetée dans le sein de la religion et de la monarchie. Quelques cris qui se font encore entendre ne troublent point le repos dont elle jouit; elle reconnoit la voix des sophistes qui l'ont égarée ; le fruit de ses malheurs est de mépriser leurs doctrines et leurs promesses. P. P.

I X.

Le Dix-huitième Siècle.

Dans les @uvres posthumes du roi de Prusse , tome XI, il est dit, à l'occasion du livre d'Helvétius, de l'Homme et de son Education : « J'ai lu » Helvétius, et j'ai été fâché, pour l'amour de lui, » qu'on l'ait imprimé ; il n'y a que des paradoxes »> dans son livre, des folies complètes .... Bayle » lauroit envoyé à l'école pour étudier les rudi» mens de la logique; et cela s'appelle des philo. » sophes ? qui! à la manière de ceux que Lucien a ») persiffsés ; notre pauvre siècle est d'une stérilité

(1) Pag, 149.

» affreuse en grands hommes comme en bons ou- » vrages. Du siècle de Louis XIV, qui fait honneur

» à l'esprit humain, il ne nous reste que la lie, et » dans peu il n'y aura rien du tout. » ,

Voilà pourtant ce qne pensoit du dix-huitième siècle un roi philosophe, et prôné par la philosophie aussi long-temps qu'il la protégea ; mais on pourroit dire que ces paroles sont échappées à Frédéric dans un accès d'humeur. Et comment concevoir en effet qu'il ait pu sérieusement traiter si mal un siècle qui a eu la gloire de donner le jour à l'homme machine? Eh bien, nous consentons à ne pas nous en rapporter au jugement[de celui que le philosophisme appela néanmoins le Salomon du Nord: discutous la chose par rapport à la France. . . . : Parcourez l'histoire de la monarchie au dix-huitième siècle, depuis la régence jusqu'à cette époque à jamais fameuse, où une secousse extraordinaire, imprimée à tous les esprits, mit en fermentation tous les germes de bien et de mal qui sont dans l'homme, fit voir à côté de la plus incroyable scélératesse les plus sublimes Vertus, et fit éclater au sein de la bassesse la plus profonde des talens oratoires et militaires dignes des plus beaux temps: . que trouvez-vous depuis la mort de Louis XIV jusqu'à l'époque de la révolution, c'est-à-dire, dans un espace de soixante-quinze ans ? Où sont les ca. pitaines comme Condé, les orateurs comme Bossuet, les tragiques comme Corneille, les comiques comme Molière, les fabulistes comme Lafontaine, les philosophes comme Descartes, les savans comme Mabillon ? Dans le période de temps dont nous parlons, qu'a-t-on imaginé, exécuté de grand, d’honorable à la nation ? Quels sont les monumens de sa gloire ? Les vices les plus hideux se montrant sans

voile sous le gouvernement provisoire de celui que Louis XIV avoit appelé un fanfaron de vices le sceptre avili par la crapule, et du sein de la débauche passant dans les mains de la foiblesse; des guerres honteusement soutenues , et plus honteu-, sement terminées ; une suite de ministres ou perfides, ou incapables ; des magistrals devenus persécuteurs, parce qu'ils avoient la manie de faire les théologiens; une horde de sophistes faisant la guerre au ciel, pour mieux préparer les maux de la terre : voilà ce que présente l'histoire à l'époque dont il s'agit. Si les champs de Fontenoi, et le pacifique ministère du sage Fleury, ne rappeloient la France au lecteur, il la chercheroit en vain durant la plus grande partie du siècle qui vient de s'écouler,

Loin de nous l'injustice de méconnoitre les progrès des sciences, et de contester à quelques écrivains distingués les rares talens qu'ils avoient reçus de la nature; mais le temps est venu de juger sévèrement le dix-huitième siècle, de le peser dans la balance de l’incorruptible vérité, de mettre à leur place cette multitude de beaux esprits qu'il a vu naitre, et qui se croyoient tous de grands hommes, parce qu'ils s'appeloient philosophes. Trop longtemps on nous a fatigués des éloges, étourdis de l'autorité de ces prétendus génies, dont la plupart ne eront connus dans cinquante ans que des seuls érudits ; el que sont-ils devant les puissans génies du siècle de Louis XIV ? ce sont des lampes qui s'effacent devant les clartés du jour.

Quatre écrivains ont jeté un éclat extraordinaire dans le cours du dix-huitième siècle ; ils doivent être classés à part, être seuls au premier rang; je veux parler de Voltaire , Montesquieu , JeanJacques Rousseau et Buffon, Sans doute la reli

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