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expérience que nous avons faite de leur systèmes politiques, comment des philosophes osent-ils encore nous parler de politique et de gouvernement, et l'amour propre n'auroit-il pas dû déjà depuis long-temps leur apprendre à se taire ?

Je ne repousserai point ici le reproche bannal de superstition que M. Richerand adresse aux Juifs ; je ne m'appesantirai point sur celle image dégoûtante et impropre de langes , dans laquelle il paroît se complaire, et qu'il à volée aux philosophes du siècle dernier : tout cela est tellement usé qu'on ne conçoit pas comment il a eu la mal-adresse d'y revenir; mais je le prierai de me dire où il a vu que l'étude des sciences et des lettres éloit interdite aux Juifs comme une curiosité condamnable? Je pense bien qu'il ne perd pas son temps à lire la Bible : celte lecture ne convient qu'aux petits esprits; mais alors il ne faudroit pas en parler , et sur-tout ne pas lui faire dire ce qu'elle ne dit pas. S'il veut que nous l'en croyons, qu'il nous cite une seule ordonnance, un seul texte où celte défense soit claire. ment exprimée; ou plutôt qu'il anéantisse la Bible elle-même, et avec elle le souvenir de Moïse et de ses lois , de David et de ses cantiques, des prophètes et de leur éloquence; qu'il efface du nombre des savans Salomon, ce prodige de science, qui avoit décrit toutes les plantes et tracé l'histoire de tous les animaux; qui étonna l'univers par sa sagesse autant que par les merveilles de son règne, et dont les peuples les plus lointains venoient en foule écouter les discours et contempler la gloire. Non, jamais il n'a été défendu aux Juifs de cultiver les sciences, ni de s'élancer vers aucun genre de mieux, à moins que M. Richerand ne donne le nom de mieux à l'idolátrie et à l'impiété, ce qui ne laisseroit pas d'être très - philosophique. Ce sont eux qui ont produit les premiers historiens et les premiers poètes ; les arts ont été florissans sous plusieurs de leurs rois; et ce qui devroit au moins leur faire trouver grace devant M. Richerand , à l'époque de leur décadence, ils ont aussi fini par avoir leurs philosophes dans la secte des Saducéens.

.« La lèpre venoit-elle à infecter les Juifs , pour» suit M. Richerand, on fuyoit les misérables lé» preux, on les séquestroit inhumainement de la » société ; tant on redoutoit un fléau contre lequel » l'art négligé ne fournissoit point de défense. » Plaisante humanité que celle de M. Richerand ! Il s'attendrit sur les lépreux; il trouve leur séquestration inhumaine; auroit-il dono voulu que le législateur ne prît aucune mesure pour arrétér une contagion aussi horrible, et que la nation toute entière en devint la proie? Il falloit guérir la lèpre, vous dira-t-il, et laisser aux lépreux la liberté, Mais de puis quand les médecin's sont-ils obligés de guérir toutes les maladies, sous peine d'ignorance ? N'en est-il pas qui sont évidemment au-dessus de la puissance de l'art ? Qui a dit au surplus à M, Richerand que la lèpre ne guérissoit jamais chez les Juifs ? Les précautions ordonnées par la loi pour constater la parfaite guérison des lépreux, ne semblent-elles pas attester le contraire ? et s'il s'opéroit réellement des cures de ce genre, ne doit-on pas en conclure que la médecine n'étoit pas cultivée sans quelque succès parmi les Juifs, puisqu'il est certain que la lèpre abandonnée à elle-même a toujours une issue funeste? La séquestration n'est point un obstacle aux secours de l'art; quelquefois même elle en seconde l'effet: Encore aujourd'hui on ne connoît pas de barrière plus puissante à apposer aux

ravages de la peste ou de la fièvre jaune, que l'iso. lement sévère de tous ceux qui en sont atteints ; M. Richerand attaquera-t-il aussi cette mesure comme inhumaine, ou osera-t-il en conclure que la médecine est négligée parmi les modernes, puisqu'elle ne sait pas guérir constamment ces deux redoutables maladies ?

Mais voici quelque chose de bien plus extraordinaire. Je citois tout-à-l'heure les cantiques de David comme des monumens authentiques de la plus belle et de la plus riche poésie, Hé bien, c'est dans ces cantiques eux-mêmes que notre jeune savant va chercher des témoignages contre la .chirurgie des Juifs; ce sont les Pseaumes qu'il appelle en preuve de leur iguorance, « Les plaintes qu’exhale le psal» miste, dit-il, ne nous entreliennent que de dou» leurs sans remède ; usé par les excès de la dé» bauche, le poète-roi déplore les infirmités d'ane sy vieillesse prématurée. » Ainsi les pieux gémissemens de David, ces cris de douleur qu'il jette à la vue de son crime, ne sont que les plaintes d'un vieux libertin en proie aux souffrances de la débauche ; ce n'est pas son ame qui est déchirée par le repentir, c'est son corps que dévorent des ulcères ; et s'il implore avec une humilité si touchante la miséricorde de son Dieu , c'est qu'il n'existe en Judée aucun chirurgien capable de le panser. Un tel excès de délire à peine à se comprendre. En vain prouverez-vous à M. Richerand que l'histoire du règne de David dément par-tout les traits avilissans sous lesquels il cherche à le peindre; nous avons déjà vu qu'il sait éluder l'histoire lorsqu'ello le condamne, et supplée à son silence lorsqu'elle ne parle pas en sa faveur. En vain lui rappellerez-vous que la poésie a ses métaphores, que la poésie orien. tale sor-tout les répand avec profusion. En vain lui objecterez-vous que des maladies sans termes, et des infirmités sans soulagement n'étoient guère propres à échauffer l'enthousiasme du prophète, et à lui inspirer ses sublimes accens ; la philosophie n'entend rien à ce langage; elle ne connoit que des objets matériels, et ne croit qu'aux douleurs du corps. O quie ses vues sont petites! que ses sentimens sont bas !

Si la religion juive est si maltraitée par M. Richerand, on sent bien qu'il ne doit pas épargner davantage la religion chrétienne. Il l'accuse formellement d'avoir retardé les progrès de la chirurgie par l'horreur du sang qu'elle inspiroit à ses ministres, seuls dépositaires de l'art dans les siècles d'ignorance, et pour ne pas laisser échapper une si belle occasion de répéter une des plus absurdes calomnies des philosophes, il ne manque pas de lui reprocher en même temps de l'avoir fait verser à grands flots pour de vaines querelles. Je pour: rois à mon tour, et avoc bien plus de raison , oppo. ser à la philosophie les désastres épouvantables qui out signalé son règne au milieu de nous, désastres qu'elle voudroit bien désavouer aujourd'hni, mais dont le témoignage s'élèvera éternellement contr'elle, parce qu'ils sont une conséquence nécessaire de ses maximes. Il ne me seroit pas moins facile de convaincre tout lecteur impartial que la jeligion est loin d'être sanguinaire, qu'elle a haute-ment condamné les massacres ordonnés en son nom, et que si son intérêt a pu.en être quelquefois le préiexte, jamais son esprit n'en a été le mobile. Mais tout cela a déjà été dit tant de fois, et prouvé d'une manière si victorieuse, qu'il est inutile de Je prouver enoore.

“: Je ne chercherai pas même à justifier les conciles d'avoir interdit toute opération sanglante aux ecclésiastiques ; cette défense est, à mon avis, une des lois qui honorent le plus la religion, et qui font le mieux éclater les sentimens de douceur et de bonté qu'elle aime à trouver dans ses ministres ; mais les laïcs n'y ont jamais été assujettis; jamais elle ne leur a fait un crime des recherches anatomiques: qui les empêchoit donc de se livrer à l'étude de l'art et de le porter à sa perfection ? L'ignorance, direz-vous, les préjugés ; oui , sans doute, l'ignorance et les préjugés; mais cette ignorance et ces préjugés ne prenoient point leur source dans la religion; plus elle a été connue, plus leur empire s'est affoibli; et dans les siècles même où une profonde nuit sembloit envelopper l'univers , c'est elle, ce sont ses ministres qui ont conservé le dépôt des lettres et de la médecine, comme des autres sciences ; ce sont eux qui nous en ont transmis les monumens. Et pour reconnoître cet insigne bienfait, les philosophes, et M. Richerand leur disciple, les accusent d'être les ennemis des sciences !

On se doute bien qu'avec un zèle philosophique aussi ardent, M. Richerand n'a pu s'empêcher de rabaisser le siècle de Louis XIV, de vanter le dixhuitième, de laisser échapper quelques expressions d'admiration pour les chefs de la révolution, et sur-tout de témoigner les craintes que lui inspirent le retour à l'ancien culte et le rétablissement des anciennes institutions. Je conviens avec lui que les sciences ont pris dans le dernier siècle un essor et un accroissement qu'on ne retrouve point au même degré dans le siècle de Louis XIV;, mais faut-il en conclure, comme loi, que le siècle de Lyouis XIV, tout brillant des attributs de la jeu

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