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la France aux yeux des nations étrangères, en ne vantant pas comme des chefs-d'oeuvres et des modèles, tout ce qui sort de nos presses. Cet aufre, qu'on manque au gouvernement, en critiquant les écrits de quelques membres d'une société dont il: protège l'institution ; l'un assure que le talent est étouffé dès son berceau et réduit au silence par celte, oppression littéraire ; l'autre demande une constitution qui fixe les attributions de la critique ; et s'il se chargeoit de la rediger, on pourroit la réduire à ces deux mots : Louer qu se taire, ce qui , assurément, i seroit fort commode pour les mauvais auteurs, fort utile pour le goût et fort glorieux pour notre littérature, en supposant que les étrangers voulussent bien s'en rapporler au jugement de ces complaisans journalistes, et que l'empressement public et l'avis de la postérité confirmassent ces arrels flatteurs. Mais il pourToit bien en arriver autrement, et j'observerai qu'on peut trouver quelques écrits périodiques ré- Seligês, dans ce sens bénévole, et qui annoncent

régulièrement trois i cent: soixanle-cinq chefsd'oeuvre par année ,i-sans que les livres, qu'ils ont ainsi vanıés en soient plus connus et plus débités. Après tout, ce Iribunal de la critique , si craint, si redouté, ces articles de feuilleton qu'un jour on feint de mépriser, que le lendemain on peint. si formidables , sont-ils, inévitables ? Les journalistes courent-ils chez tous les auteurs, éditeurs, imprimeurs pour guéter chaque production nouvelle et l'écraser à sa naissance ? On se tromperoit de beaucoup 'si on s'imaginoit qu'il en est ainsi. Il n'est asyle si réliré, où le critique puisse se trouver à l'abri des sollicitations d'une foule empressée; 'il n'est Voile si épáis dont-il puisse se

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couvrir, sans que bientôt on ne le soulève pour obtenir son attention; il n'est préleste ni raison qui puisse le dispenser d'accepter le mauvais ou vrage dont l'auteur lui détache, coup sur coup, les exemplaires. On va jusqu'à solliciter sa sévé. rité; n'est-ce pas lui donner le droit de l'exercer ? Je sais que la critique doit avoir des bornes ; je ne 'm'amuserai point à la diviser en genres et en espèces, à distinguer la critique amère de la critique douce, etc.... Je dirai seulement qu'elle ne doit jamais s'étendre aux personnes, et , si je ne me trompe, les lois ont prévu ce dernier article, et donne, dans ce cas, tous les moyens de la réprimer. Quant à son excessive sévérité, à son injustice même si l'on veut, envers les ouvrages, elle ne peut donner lieu' qu'à des dissertations littéraires utiles aux progrès des delires et au maintien du bon goût; et cette sévérité même trouve un contrepoids puissant, un obstacle qui en émousse écontinuellement les traits, dans l'amour-propre naturel à tous les homines, et plus fort en particulier chez les auteurs. Je dirai plus : loin de craindre, pour les hommes de talent, ce décous ragement funeste dont on nous menace, je crois que le talent même a besoin de la critique pour se perfectionner: Celui qui débute avec quelques succés dans la carrière des lettres, ressemble à ce voyageur sans expérience qui traverse, pour la première fois, les marais Pontins ; une vapeur mortelle appesantit peu à peu ses yeux fronipés par la beauté du climat, il se laisse aller à un somi meil facile et dangereux, il perdroit bientôt toutes ses facultés, si une main prudente , mais incommode , ne l'excitoit sans cesse, n'inlerrom poit sa rêverie , ne le toarinentoit de mille mas nières pour lui faire voir le péril. Quel esprit seroit assez sain pour résister aux douces illusions de l'amour-propre, aux séductions de la louange, aux douceurs de la négligence, à l'abus de la facilité ? Si la critique n'éloit là pour éplucher impitoya. blement les défauts, pour contredire les éloges, pour relever les distractions, pour avertir des faux: pas, tel eût envoyé, avec complaisance et précipitation, son ouvrage à l'impression , que la crainle d'un feuilleton malin ou sévère a forcé de revoir son manuscrit et d'en changer des pages entières.

Et ta plume, peut-être, aux censeurs de Pyrrhus,

Dut les plus vobles trails dont' tu peignis Burcbus. · Mais, dit-on, quelle opinion les nations étrangères 'prendront-elles de notre littérature et de nos littérateurs , en les voyant dénigrer lous les jours dans vingt journaux différens ? Je demanderai , à mon tour, quelle idée elles se formeroient de notre goût et de l'état de notre langue, si elles voyoient paroître, publier, et débiler sans aucune réclamation cette effrayante quantité d'ouvrages ridicules et barbares, pleins de fautes contre la langue, la morale et la raison ? Notre gloire littéraire n'est heureusement pas fondée sur nos productions modernes ; et le seul moyen de nous élever au-dessus des autres nations, dans ce genre de succès, c'est de nous rapprocher sans cesse de la manière et des principes des écrivains du siècle de Louis XIV, et de combattre par le raisonnement ou par le ridicule tous les esprits faux qui prétendent nous ouvrir une autre route. On a avancé que les membres d'une société publique présidée par le chef de l'état, devoient voir leurs écrits à l'abri de la ceusure; mais si leur nomination à ce poste

flatteur est une preuve du mérite de quelqu'un de leurs ouvrages existans', il ne s'en suit pas que tout ce qu'ils-publieront sera désormais sans-läche: ce seroit là une brillante vertu qu'auroient les bancs de l'Institut, et leur effet inspirateur seroit encore plus surprenant que celui du trépied de Delphes. D'ailleurs, il faudroit, par une conséquence rigoureuse , défendre au parterre de jamais siffler les vers des académiciens, et obliger le public à lire et à louer tous leur's livres. Tant que leurs tragédies tomberont, tant qu'il pourra arriver à leurs ouvrages de rester ensevelis dans la poussière, il doit être permis aux critiques de les faire apercevoir de quelques distractions. Qu'im portent, d'ailleurs, aux membres de l'Institut les plaisanteries ou les critiques de quelques journalistés inconnus ! Leur carrière n'est-elle pas rem plie ? N'ont-il pas alleint le but le plus élevé de leur ambition littéraire ? Ils doivent se regarder comme ces triompháteurs qui traversoient sur un char élévé la ville maîtresse du monde, et qui, d'un front serein, jouissoient de leur gloire, sans s'inquiéter des sarcasmes, des mauvaises plaisanteries et des chansons satiriques que leurs soldats étoient dans l'usage de débiter autour d'eux pendant leur marche triomphale. Au reste, je ne sais poorquoi on s'inquiète des effets de la critique, lorsque l'expérience a prouvé que les bons onvrages survivoient à toutes les censures qu'on en avoit faites, tandis que les critiques justes et solides restent comme des leçons utiles à conserver, long-temps après les foibles écrits qu'elles ont combattus. J'aurois, dans l'histoire des lettres , vingt exemples à l'appui de celte vérité ; les derniers volumes du Spectateur m'en fournissent un de plus : on a

presque oublié les écrits dont ils rappellent le titre et les sujelsr, mais on relrouve encore avec plaisir, et on lil. avec fruit des dissertations lita teraires et morales , où brillent la raison et le talent. ·

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.: A. D. .

1. '**"'L V I. DISCOURS (1) sur l'influence de la Philosophie

sur les Lettres... . On ne doit pas considérer les lettres comme uni: quement destinées à procurer un amusement frivole et passagei ; elles se proposent un objet plus solide et plus noble. L'écrivain qui sait plaire n'a rempli qu'une des obligations que son art lui impose. Mais quand il a su parer l'austére vérité des graces de l'imagination, et nous instruire en nous amusant, c'est alors qu'il a touché le but, et qu'il est parvenu au point de perfection dont la littérature est susčeptible..“

11 faut donc que les connoissances se réunissent avec les talens, pour donner aux ouvrages de goût ce dégré d'utilité si précieux et si rare Il faut que la philosophie éclaire le génie de ses lumières, et lui suggère les idées qu'il doit orner et embellir. Dans l'enfance du monde et des arts , les philosophes seuls étoient chargés de l'instruction du genre humain. La raison et la vérité nues avoient alors assez d'empire sur des hommes simples , que le luxe et les

(I). Ce discours qui est tiré de l'année littéraire , renferme , comme dans un tableau raccourci, les principes de lillérature qui se trouvent développés el appliqués dans ce recueil. Sous ce rapport comine sõus celui du lalent de son auteur, il nous a para très propre à terminer ce volumea

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