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aux universités par les autres, tandis qu'il faisoit une histoire littéraire, ... Enfin, puisqu'il faut absolument une pâture à la malignité du cit. G., je lui abandonne le pape Gasana.et même plusieurs autres, et même la comțesse de Périgord, car, quoique je m'intéresse beaucoup à l'honneur des comtesses de Périgord ; je puis bien lui en abandonner une qui vivoit il y a plus de cinq cents ans. Je lui observerai cependant, que , rapporter ainsi des faits scandaleux, lorsqu'ils sont étrangers à l'objet que l'on traite, ce n'est point la preuve de bonnes intentions ni d'un bon esprit. Or, quel rapport entre l'Histoire littéraire d'Italie et les amours de Clément V et de la comtesse de Périgord ? Le fait est-il même incontes - table ? Je ne le trouve ni dans Platina , ni dans

Ciaconius. , . Cette petite discussion, dans laquelle m'a en

traîné la querelle que m'a faite le cit. G., m'enipêchera d'entrer dans de longs détails sur la séance, mais on n'y perdra pas beaucoup : il a parlé d'une foule d'auteurs obscurs que les italiens même ne lisent plus, et dont il est peu intéressant pour les Français de connoître le nom, et quoiqu'il ait prétendu qu'il n'y a point de rang dans la poussière, et que tout ce qui n'est pas mérite également d'y étre enseveli , il n'a applique cette sentence qu'aux auteurs ecclésiastiques et aux théologiens. Quant aux autres, il les a tirés de la poussière, quoiqu'ils ne soient pas luş davantage. Il a parlé : longuement de l'Acerba de Ceco d'Ascoli, a pre

tendu que ce titre venoit d'acervys, parce que le b se changeoit souvent en v, et que c'étoit une imitation du Trésor, de Brypetto latini; dissertation quia fait bailler tout l'athénée, il a cité une foule de sonnets ou de canzonni, dans lesquels le poète parle d'une ame qui pleure dans un caur, d'un ceur qui se loge dans des yeux, pour y voir la beauté , et qui fuyant l'amour , se place ainsi devant sa flèche ; des yeux assez imprudens pour un cœur à un combat il ne peut trouver que la mort, etc. 'Il s'est fort égayé au sujet d'un pauvre Giacoco, 'ou Giacopo, ou Giacopone, qui se fit fou pour devenir saint, et qui fut élevé à ce rang ainsi qu'à celui de poète ; double apothéose dont le professeur prétend n'avoir pas le droit de juger : du moins', ajoute-t-il, il y a peu d'inconvénient à la première, mais il y en auroit à la seconde , si on vouloit prendre Giacoco pour modèle. Après s'être également moqué, et de la Vie des Saints, de Pierre Natali', et de la légende dorée de Jacques Voragine, et des constitutions des papes, appelées "extravagantes, nom que personne n'a été tenté de "leur ôter, il a prouvé l'ignorance où l'on étoit à cette époque , par celle d'un professeur qui mettoit Cicéron et Platon 'au nombre des poètes latins , "ne connoissoit ni Mevius, ni Plaute, et croyait

qu'Ennius et Stace étoient contemporains : très"mauvaise preuve ,'à mon avis ; car il ne faut jamais juger d'un siècle par un professeur, même

d'athénée. Et n'avons-nous pas vu, il y a quelques Sannées, un homme qui fait l'important, et qui

traite souvent les autres d'ignorans, écrire, dans · un parallèle de César et de Robespierre , que César étoit devenu ambitieux en lisarít les Vies de Pla

tarque, comme si on disoit que Louis-le-Grand 'étoit devenu ambitieux en lisant le siècle de · Louis XIV, par Voltaire.

Je voudrois bien rapporter tout ce que le cit. G. nous a dit de plaisant à l'occasion d'une femme qui professoit le droit à Bologne, et qui étoit si jolie qu'elle ne parloit que derrière un rideau, afin que la biauté d'icelle , dit Christine de Pisani, n'arrétat la pensée des oyantsi, et avec quelle co- . quetterie , en parlant de la voix douce de cet aimable professeur ; le nôtre-a adouci la sienne ? Mais je p'ai plus de place, et je dois parler des traits épigrammatiques que lui ont fourni, l'histoire de Pierre d'Abano ét de Ceco d'Ascoli. Pierre d’Abano fut.4 accusé de magie. L'inquisitâuri dominicain, que Paris avoit le bonheur de posséder , le cite à son tribunal; l'accusé se défend très-bien il prouve même par quarante-cinq argumens que ce sont les dominicains qui sont les hérétiques. Il est absous; mais, ajoute le cit, G., cela n'empêche pas les accusateurs, convaincus d'hérésie, d'étre toujours inquisiteurs pour la foi. Cependant Savanarole, qui rapporte ce fait, dit que les dominicains furent bannis; et si le professeur rejette la dernière par! tie de ce récit , pourquoi admet-il la première ?

Peut-être le cit. G. m’accusera-t-il d'être para lisan de l'inquisition et des bûchers du Saint-Office mais il se trompe, je n'ai jamais applaudi' à aucun genre d'inquisition, et il est bien des gens qui'ne peuvent pas en direautant. Ils ne devroient peut-être jamais en parler, car cela fait faire de singulières réflexions.

Ceco d'Ascoli fut plus malheureux que Pierre a’Abano ; ses commentataires sur la sphère de Sacrobosco, et son poème de l'Acerba , lui' suscitèrent des ennemis ; des querelles littéraires le firent accuser d'hérésie ; il fut brûlé vif. On voit encore, dit le cit. G.; des grandes animosités entre les gens de lettres ; mais on voit plus de bûchers. dressés par la vengeance des plus forts , et j'ai dû

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les gens de recit. G., des

g

remarquer cette différence entre les deux sièclės; différence que certaines gens prétendent n'être pas à l'avantage de celui-ci. Je n'ai jamais entendu comparer le quatorzième siècle et le dix-huitième. Si on vouloit les juger par le nombre de victimes immolées à l'esprit de parti , le jugement ne seroit pas en faveur da dix-huitième. Il s'élevoit alors de vives querelles-sur des capuchons plus ou moins pointas; mais si l'on persécutoit dans des temps d'ignorance pour la forme d'un capuchon, n'a-ton pas persécuté, dans un siècle de lumière, pour la couleur d'un bonnet?, sous et ! A. **

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S'il s'agissoit de développer les avantages de la critique et les résultats heureux qu'elle peut produire, je n'aurois rien de mieux à faire que de citer l'excellent recueil dont j'annonce le quatrième volume; lorsqu'annuellement on voit extraire de trois ou quatre journaux une suite aussi intéressante de pensées et de principes de morale et de littérature , on peut sans doute applaudir les écrivains qui, pour éclairer l'esprit public, pour arrêter le torrent du mauvais goût, pour ramener aux idées yraies et solides, ne dédaignent pas le travail ingrat et sans gloire que demande la

(I) Cet article a été fait à l'oecasion de l'apnonse de oé Recueil dans la Gazette de France.

rédaction d'un écrit périodique. C'est leur payer une partie de la reconnoissance qui leur est due, c'est ajouter à l'utilité de leurs efforts ; enfin, c'est rendre un service essentiel aux lettres , à la mor rale que de sauver de l'oubli et de présenter, avec une sorte d'ensemble, des morceaux choisis avec discernement dans le nombre de ceux qui paroisin sent journellement, et parmi lesquels il doit nécest sairement s'en trouver de médiocres. Mais avant de faire l'éloge de la critique, peut-être faut-il ré pondre aux reproches violens qui lui sont adressés de tous côtés ; peut-être faut-il réduire à leur juste valeur ces clameurs qu'excite l'amour-propre blessé ; que la sottise répèle et propage , et que l'esi prit de parti envenime et rend furieuses, au point qu’une discussion littéraire est tantôt présentée comme un attentat, tantôt comme une conspiration politique, tantôt enfin comme une cause de décadence et d'opprobre national. Cette tactique n'est pas nouvelle. Boileau se plaisoit à la déniasquer dans un temps où les Cotin, les.. Chapelain et les Scuderi voyoient avec rage leurs foibles pro. ductions vouées au ridicule et au mépris: 15 .

« Ét Dieu sait, aussitôt, que d'auteurs en courroux, .. ... Que des rimeurs blessés s'en vont' fondre sur vous ! :» Vous les verrez bientôt, féconds én'impostares, le : !?

» Amasser contre vous des volumes d’injúrës', !!! c o Traiter eň vos écrits chaque vers d'attentati ini :6" Et d'un mot innocent faire un 'crime d'état.....je pr'in

Apparemment cette triste ressource des mauvais écrivains du siècle de Louis XIV, ne paroit pas à dédaigner pour ceux de nos jours ; car ils font, sur ces six vers, toutes les amplifications possibles : celui-ci prétend prouver qu'on dégràde

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