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pointe d'un de ses traits : l'autre, une Femme, et à ses pieds un Amour assailli par les abeilles d'une ruche dont il a dérobé le miel. Une inscription: indique que le peintre a voulu faire allusion aux peines qui suivent de près les plaisies les plus ardemment desirés. On ne peut douter aussi qu'il n'ait eu l'intention de donner, par opposition, à la figure de l'autre femme, l'expresion de l'innocence.Les jambes, les pieds , et sur tout les mains, sont d'un dessin facile el assez beau ; mais ces tableaux et les autres font juger, que l'auteur n'avoit à sa disposition qu’un très-petit nombre de têtes fort mal choisies. En cela, Cranach est au-dessous de Van Eyck lui-même ; et l'on voit du reste que l'école flamande n'avoit encore fait aucun progrès, à une époque à laquelle l'art éloit porté en Italie au plus haut point de perfection, par Michel Ange et Raphaël.

Il semble que cinquante ans après ces grands hommes, il n'étoit plus permis de rien ignorer en Europe, de la théorie de la peinture : cependant Brueghel d'Eufer n'est pas plus avancé que Van Eyck dans la science de la perspective : sa couleur est plus compliquée, sa touche plus facile; mais son style a moins d'élévation, et son dessin est plus négligé que celui du peintre de Bruges. La première partie de l'Histoire du Monde (N° 320 ) est ce qu'on peut imaginer de plus mauvais, sous le rapport de la composition et de la perspective : l'expression ei le dessin sont fort inférieurs à ceux des tableaux de la plupart des peintres de petites figures. Les deux autres parties présentent quelques effets de lumière artificielle assez bien rendus ; et en examinant, avec beaucoup d'attention, la multitude des têtes qu'elles renferment, on en trouve quelques-unes touchées vigoureusement et avec esprit. Quant à la compos

nition, c'est le rêve d'une imagination malade; et ce qu'il y a de plus étonnant en un pareil ouvrage, c'est la patience de l'homme appliqué sérieusement à exécuter taut d'images extravagante, et non moins dégoûtantes pour l'esprit que pour les sens. · Brueghel a fait entrer dans la composition des monstres de ce tableau , une multitude d'insectes et de très-petits animaux, dont les parties développées sur une grande échelle, et diversement agencées, fournissent une variété infinie de formes singulières, qui semblent des choses nouvelles. Il est sans doule déplorable que ce soit là les modèles d'une grande "composition historique. Je remarquerai cependant que l'usage des êtres microscopiques empruntés des trois règnes de la nature, n'est point à dédaigner pour le dessinateur d'ornemens ; il fournira au contraire, sans grands frais, de très-grandes ressources à celui qui saura en user avec discrétion el discer. 'nement : même, si Brueghel s'en est avisé le premier, il faut reconnoître qu'il ne pouvoit avoir une idée plus heureuse pour parer au moins d'une apparence de verve le misérable genre qu'il s'était fait, et auquel il dut son étrange surnom.

M. B.

. L I V. ATHÉNÉE DE PARIS. De l'état des lettres en - Italie, au commencement du XIVe siècle.

Huit heures sont sonnées, on attendoit avec impa. tience le cit. (1) Ginguené; le verre d'eau et du sucre,

(1) On voit que cet article est un peu aucien ; mais les primaipes qui y sont réfuté, ont été imprimés depuis peu.

attribut essentiel d'un professeur d'athénée, et qui devroit entrer dans ses armoiries , s'il y avoit oucore des armoiries, étoit sur la table. Un speizateur a soif, il s'imagine qu'indépendamment de l'instruction et du plaisir qu'on trouve à l'athénée, il peut, pour ses quatre louis d'abonnement, prendre sur le marché un verre d'eau , il s'empare de celui qui est à sa portée. Monsieur ! s'écrie le garçon de la salle, il falloit men demander un autre ; celui-étoit pour monsieur le professeur., c'étoit de l'eau chaude.... Cette anecdote n'est pas en elle-même bien importante ; mais rien n'est petit quand il s'agit de l'athénée, et si quelque jour on en écrit l'histoire, ce verre d'eau pourra y figurer ; et il ne sera pas indifférent d'apprendre à la postérité que les professeurs y buvoient de l'eau chaude. · Le cit. G. ne paroissoit cependant pas, et j'ai craint un instant que ce malheureux verre d'eau ne nous privât du plaisir de le voir. Il arrive enfin et il reçoit l'accueil dû à un professeur qu'on n'a pas vu depuis quinze jours ; car il faut que l'on sache que le cit. G. a fait son mardi gras, ce qui n'est pas trop philosophique, puisque c'est reconnoitre en quelque sorte le calendrier de l'église ro maine; mais au moins, il ne s'est pas reconcilie avec les princes de cette église. Sa leçon a commencé par une vive diatribe contre les papes qui fixèrent leur demeure à Avignon, depuis le pape gascon Clément V, jusqu'à Jean XXII. « Je sais » bien , a-t-il ajouté, que ces détails déplairont à » certains critiques qui se sont chargés de mon » instruction , quoiqu'à en juger par la manière » dont ils écrivent, la leur me paroisse fort né» gligée, mais j'attends que ces messieurs m'ap

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» prennent comment je dois faire pour parler de .» l'Histoire littéraire de l'Italie sans parler de l'Ita» 'lie', 'o'u pour parler de l'Italie sans parler des

papes , ou pour parler des papes autrement que » l'histoire. » . ..

J'espère que le cit. Gi ne se plaindra pas que j'altère ses expressions : je leur ai conservé tout le sel dont il les a assaisonnées. Je voudrois qu'elles eri eussent davantage', parce qu'elles auroient été plus goûtées ; on les auroit applaudies encore plus fort; . et elles m'auroient fait rire davantage; mais, en conscience, le cit. G, n'a pas eu plus d'esprit que je ne lai en donne. Après lui avoir ainsi rendu justice, il me permettra sans doute quelques réflexions.

Si mon instruction est négligée, falloit-il me le reprocher aussi durement ? Un professeur doit-il décourager ainsi des élèves de bonne volonté ? Ne fais-je pas tout ce qu'on peut faire de mieux pour réparer le malheur d'une instruction négligée ? Ne vais-je pas à l'athénée ? Lå, je suis les cours d'un pro. fesseur de rhétorique, quim'apprendra à écrire; d'un professeur d'histoire philosophique, qui m'apprendra à penser; je suis même allé entendre, l'autre jour, disserter sur la formation de la pluie : la première fois qu'on dissertera sur la formation du beau temps, j'y irai encore , afin d'avoir une théorie complète sur la pluie et le beau temps, et savoir tout ce qu'on dit à l'athénée sur ces objets neufs et intéressans: enfin je compléterai mon cours d'ins truction par une théorie sur les bases salifiables, et j'espère que le cit. G. sera content de moi. , ;

Je n'ai jamais eu la-sottise de trouver mauvais que le 'cit. G. parlat de l'Italie , et j'ai toujours desiré qu'il ne parlât pas des papes antrement que Tome V.

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l'histoire. Mais ce n'est pas en parler comme l'histoire, que d'en parler comme quelques bistoriens passionnés ; ce n'est pas parler comme l'histoire, que d’accuser le christianisme d'avoir couvert le monde des ténèbres de la barbarie; ce n'est pas parler comme l'histoire, de prélendre que les papes, les évêques, les ecclésiastiques, les moines ont détruit et les livres et les sciences, lorsque l'histoire atteste que c'est par leurs soins que les uns ont été conservés, et que les autres ont refleuri ; c'est parler autrement que l'histoire, que de présenter le pape S.-Grégoire comme un brûleur de livres, un destructeur des arts, un persécuteur des savans et des mathématiciens. C'est ainsi , il est vrai, que parlent deux historiens , Machiavel et Brucker; mais ils ont été si solidement réfutés, non-seule. ment par des écrivains orthodoxes, mais par des philosophes qui ne doivent pas être suspects au cit. G., tels que Bayle et Barbeyrac , qu'il a dû croire que parler comme de tels bisloriens, ce n'étoit pas parler comme l'histoire. Il a dû savoir que ces prétendus mathématiciens chassés par le pape, n'éçoient que des astrologues, et il est assez plaisant d'entendre le cit. G., qui se moque, tant des astrologues, lorsqu'ils ne sont pas chassés par les papes, déclamer contre les papes lorsqu'ils chas. sent les astrologues.. .

J'ai reproché au sayant professeur de n'avoir pas rendu justice aux papes Innocent III.Honoré III, Grégoire IX , Innocent IV., Urbain III:de n'avoir parlé que de leur guerre avec Frédéric Barberoụsse, landis qu'il ne faisoit pas une guerre militaire, et n'avoir rien dit des connoissances étendues du premier, et de la protection accordée aux sayans et

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