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n'est pas néanmoins dans ces morceaux charmans
que je puiserai mes citations ; ils sont, je l'avoue,
sinon les plus beaux et les plus étonnans, du moins
les plus intéressans et les plus agréables. Le langage
du sentiment est de tous les âges ; les tendres accens
d'une amante et d'une mère retentissent dans tous
les siècles au fond des cours sensibles ; l'intérêt
qu'ils inspirent est à l'abri des variations de la
langue, des inconstances de la mode , des caprices
de l'usage , qui exercent un empire si mobile et si
despotique sur les productions littéraires. Mais on
a tant de fois cité les vers que l'amour et la ten-
dresse maternelle diotèrent à Clotilde; le mérite
de ses poésies, dont ces deux sentimens sont l'ame
et l'objet, est tellement reconnu , que je crois de-
voir à la gloire de cet illustre poète du XVe siècle,
de faire connoître encore la beauté des vers que d'au-
tres sentimens lui inspirèrent : tel est ce chant
royal où elle célèbre la gloire de sa patrie, et de
son roi vainqueur à Fornoue des troupes coalisées
des Vénitiens, du pape, du duc de Milan, des
rois de Castille et d'Arragon, quatre fois plus nom-
breuses que les siennes. Clotilde composa, dit-on,
cette ode a quatre-vingt-dix ans; c'est ainsi que
l'eût écrite Malherbe dans le feu de la jeunesse,
cent ans plus tard.

Qui fait enfler ton cours , fleuve bruyant de Rosne?
Pourquoi roulent si fiers tes flotz tumultueulx ?
Que la nymphe de Sayne , au port majestueulx,
De ses bras argentins aille entourer le trosne : ..
Tu lui faiz envier tes bonds impestueulx.
Les fleuves , tes égaulx, coulent en assurance.
Parmi des champz flouris, des pleines et des bois;
Toy, qu’un gouffre profond absorbe à ta nayssance ,

Mille obstacles divers combattent ta puyssance ;

Tu triomphes de touz. 'Tel vengeur de ses droictz,
Charles brave l’Europe, et faiet dire à la France : ;

« Rien n'est tel qu’ung béroz soubz la pourpre des royz.» Celte strophe n'a du vieux langage que l'orthographe ; on y trouve une correction supérieure peut-être à celle de Malherbe. Les autres ont un mouvement, une verve, une chaleur digne de ce grand poète.

Où courent ces guerriers dont la tourbe foyzonne ?
. . . . . . . . . . . . . . . . .'
Aux, armes Paladins ! votre sang'ne bouillonne ?

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Et la dernière me paroît au-dessus de tout éloge :

Ainsý, bravant la mort qui jà vous environne,
Fondez sur l'ennemy lasche et présomptueulx.'
Tu ne t'attendoiz paz , pontife fastueulx (1),
Aux affrontz qu'en ce jour, sur la triple couronne,
Verseroient tes efforts toujours infructueulx ?
Quoy ! se peut-il encor que victoire balance ?
Dieulx seroient incertains où se montre Valoyz!
Non, non; sur l'hydre mesme , en Hercule il s'eslance :
Perfide Mantouan, romps ta derenne (2) lance!
L’air au loing en mugist. Ludovic aux aboyz, .
Paslit , tombe et s'écrie : « Otrop heureuse France ;

» Rien n'est tel qu'un héroz soubz la pourpre des royz.. . Une des pièces les plus curieuses de ce charmant recueil, est celle intitulée les Trois Plaids dor : elle a une telle ressemblance avec le joli conte qui a pour titre les Trois Manières , qu'il me pal'oit impossible que Voltaire n'ait pas eu connoissance de ce petit Poème de Clotilde , à moins que

(1) Alexandre VI.
(2) Dernière.

Je poète du XVe siècle et celui du XVIII n'aient imité quelque vieux fablier antérieur à tous les deux, et qui nous est inconnu. Dans le conté de Clotilde comme dans celui de Vollaire, il s'agit d'une cour d'amour où l'on doit couronner l'amour le plus tendre, le plus fidèle et le plus constant, Clotilde fait présider cette cour par la princesse Zulinde, et j'aime mieux cette présidente que l'archonte Eudamas : les questions sur lesquelles il s'agit de prononcer, sont plus de sa compétence; un archonte est un bien grave magistrat pour juger de pareils procès. C'est à dé jeunes amans à porter leur cause au tribunal d'une femme, comme c'étoit à de jeunes filles à porter la leur au tribunal d'un archonte. Tels sont les changemens que le goûl ą. diciés à nos deux poètes ; mais il y a la plus grande ressemblance dans la marche des deux ouvrages. Un des acteurs, dans l'un et dans l'autre, s'appelle Lygdamon; ainsi que la belle Eglé, Lygdamon raconte son aventure en vers alexandrins; ainsi que la vive Téope, Tylphis raconte la sienne en vers moins alongés :

Eil conte, en verselets san's fours ambitieulx. Enfin, comme la triste Apamis, le malheureux Colamor emploie les vers de dix syllabes :

Et contant sans détour, ces metres employa - Par qui douce élégie autrefois larmoya.

Il y a dans les différen's récits quelquefois de l'embarras et des longueurs; mais on y trouve des -Vers d’une naïveté charmante, et une imagination très-poétique. Lorsque la reine Zulinde à fait proolamer la tenue de sa cour d'amour,

Sy vist-on sur le Pô, de touz coingz accourir
Mille'amantz fostunez į bruslant de concourir :

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Der tient des sabi.costeaulx de la espento la Serne.

AU 19. SJÈCLE. ' 39 Ceux-là viennent des bords où serpente la Sayne; ; . · Autres des verdz costeaulx de la double Albion ; ; ; - En vient des sables d'or où le Tage pourmeine, ..

Des isles où régna le triple Geryon; : .
D'où fuict le Rosne enfant soubz les murs de Lyon :
Mesme en sortit eșcor de ces monts où la neige,
Dans un perenne byver tîent l'hispide Norwege i
Souz up ciel de brouillardz' sans cesse enveloppé......

Le croy; là s'ayme ainsi qu'ez vallonz de Tempé. Ce dernier vers est charmant. La description du lieu où se tient la cour d'amour, n'est pas moins agréable : 1

Au plus dense d'un boiz où le myrthe platanes, . .,
L'oranger au tilleuilz , le laurier à l'ormeil, elmi
Prestent, moult enlacés , leur parfum pompareil, ... i
Un temple à ceinctres verdz , interdict aux profanes,

S'élève, et des amours abrite le conseil. Ici, il se présente une question assez difficile à résoudre. Est-ce Voltaire qui avoit lu les poésies de Clotilde, ou plutôt n'est-ce pas M. de Surville ou tel autre qui après avoir lu et imité Voltaire, a voulu en imposer au public, en donnant ses propres productions comme des poésies du XVe siècle? Des vers souvent si corrects, presque toujours si agréables (qu'on se rappelle que mon plan n'étoit pas de citer aujourd'hui ceux qui ont le plus d'agrément), sont-ils le fruit d'un siècle barbare? Cette discussion alongeroit trop cet article déjà trop long. Je ne dirai point que des vers où respire un sentiment bi tendre et si vrai, n'ont pu être faits que par une femme, parce que ce seroit une épigramme contre des hommes ; je ne dirai point que des poésies animées par l'amour le plus vif et le plus passionné pour un mari, n'ont pu être faites que par une femme qui existoit il y a trois ou quatre siècles, parce que ce seroit une épigramme contre les femmes d'aujourd'hui; mais je renverrai à la préface très-intéressante et très-bien raisonnée que l'éditeur M. Vanderbourg, a mise à la tête de ce charmant recueil: c'est nn excellent plaidoyer en faveur de l'authenticité de ces poésies. Quant on lit cette préface, on dit : il est impossible que ces poésies aient été faites par d'autre que par Clotilde : quand on lit les poésies , on est tenté de s'écrier : il est impossible que des vers aussi agréables aient été faits dans le XVe siècle ; et l'on se trouve à-peuprès dans la perplexité où éloit ce pauvre Pantagruel, lorsqu'exposant tour-à-tour les avantages et les inconvéniens du mariage, on lui répondoit aussi tour-a-tour : Mariez-vous, ne vous mariez pas.

A.

LI I I.

Exposition des Monumens conquis par la Grande · Armée , durant les Campagnes de 1806 et 1807. 1. VAN EYCK, ALBERT DURER, CRANACH,

- BRUEGHEL D'ENFER.

Les ouvrages de ces peintres fixent particulièrement l'attention du public par la singularité des sujets représeniés ; et l'on peut aussi les considérer comme des monumens curierix des premiers temps de l'art.

Van Eyck, autrement dit Jean de Brugês, avoit terminé sa vie de 70 ans en 1471. Mantegna , le

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