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des points très-importans de philosophie morale, soit que l'auteur fasse voir que la véritable félicité consiste dans la connoissance de soi-même, soit qu'il approfondisse la nature du vrai, soit qu'il expose les dangers de la mauvaise honte, soit enfin qu'il montre à un roi guerrier et conquérant les avantages de la paix, et les écueils d'une ambition déréglée.

La méthode expéditive adoptée par nos auteurs actuels, et en parliculier par M. l'Habitant du Jura, me paroît avoir deux inconvéniens : elle étouffe le sujet principal, et réduit l'ouvrage à n'ètre qu'une histoire fort peu intéressante, ou qu'une espèce d'éloge historique de celui à qui l'épître est adressée ; ce qui, dans tous les cas, est très-insipide, mais sur-tout quand ce dernier est un auteur vivant : ainsi le poète du Jura ne semble avoir pris pour texte une pensée juste , solide et intéressante, que pour substituer aux développemens qu'elle pouvoit lui fournir , un long et ennuyeux éloge de M. Palissot; et le vice de cette méthode , qui seroit toujours très-sensible, quand même cet éternel panegyrique seroit juste de tout point, le devient encore plus par la fausseté trop évidente de quelques-uns de ces nombreux complimens , qui se succèdent sans interruption, et par l'emphase des termes peu proportionnés au sujet : l'auteur n'auroit pu employer des expressions plus pompeuses, un style plus ambitieux, quand il auroit voulu faire l'éloge d'un des plus grands génies de notre litté

rature. . Il auroit dû s'interroger d'abord, et se dire à lui-même: Je veux faire une épître à M. Palissote Qu'est-ce que M. Palissot ? Et s'il avoit écouté son jugement plus que son imagination ou son affec

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tion, il auroit reconnu que M. Palissot n'est qu'un écrivain médiocre, pur et correct, si l'on veut, mais sans verve et sans chaleur, et qui, ainsi que beaucoup d'autres, n'a fait quelque sensation dans le dix-huitième siècle, que par ses contradictions; alternativement le flatteur et le zoïle des deux partis, qui ont également refusé à son caractère la considération qu'il ne pouvoit obtenir par ses talens. Il n'y a pas là, je pense , de quoi emboucher la trompette; et il me paroit bien ridicule de débuter, en écrivant à M. Palissot, par ce vers emphatique:

Une grande pensée a produit tes ouvrages. C'est assurément tout ce qu'on pourroit dire des plus fameux écrivains. Dans la suite de son épitre, l'auteur soutient toujours ce même ton d'emphase:

Des principes du goût heureux dépositaire,
Tu gardes', presque seul, sa flamme héréditaire
Dans un siècle rebelle aux leçons de Boileau.
Vers la simple nature , à la source du beau ;
Loin du faux bel-esprit, c'est toi qui nous rappelles, '.
C'est toi qui réfléchis l'éc'at des grands modèles
Sur l'horizon des arts tous les jours plus obscur.

C'est pousser la flatterie bien loin : qui est-ce qui lit aujourd'hui les ouvrages de M. Palissot, qui, suivant M. l'habitant du Jura , nous rappelle à la simple nature, et réfléchit l'éclat des grands modèles sur l'horizon des arts? Ils ont totalement perdu l'espèce de vogue qui les soutint momentanément : ils sont morts, et l'auteur se survit à lui-même. Le poète prodigue les comparaisons pour relever son héros ; tantôt il en fait un antique sapin qui perce sur le Jura la neige des hivers ; tantôt il en fait un

astre; mais , dans cette dernière comparaison , il semble avoir maitrisé son enthousiasme : disposé, sans doute , à nous représenter M. Palissot comme un Soleil, il a senti que l'image étoit un peu trop brillante ; seulement, comme il falloit à toute force le placer dans les cieux, il s'est contenté de le comparer à la Lune :.

Tel apparoit cet astre et solitaire et pur,
Qui, lorsque le Soleil a fini sa carrière,
De ce flambeau du monde empruntant la lumière,
An milieu des vapeurs nous éclaire à son tour,
Et prolonge à nos yeux la clarté d'un beau jour.

• Le mauvais plan que l'auteur a suivi l'a forcé à parler de tous les ouvrages de M. Palissot : il auroit fallu, cependant, se garder de rappeler des pièces de théâtre aussi foibles que les Courtisannes' et l'Homme dangereux, et sur-tout de s'écrier, après avoir cité ces deux pièces : .. .

C'est ainsi que toi seul a saisi dans tes vers De ton siècle égaré les plus saillans travers ! Que cette exclamation est mal placée , lorsqu'il s'agit de deux mauvaises comédies absolument inconnues! L'auteur ne me paroît pas avoir montré plus de jugement, lorsqu'il a mis sur la même ligne la comédie des Philosophes et la Métromanie de Piron : l'une est un ouvrage plein d'invention, de yerve et de style; l'autre, quoique bien écrite, est vide et froide. Le poëte auroit dû éviter de se faire à lui-même cette demande , à l'occasion de la Dunciade : ilius

Est-ce le fruit amer de la méchanceté ? A quoi il répond : non ; réponse beaucoup trop

Tome V.

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tranchante, en parlant d'un poëme où la satire est poussée jusqu'au cynisme, et dont la plupart des Vers semblent avoir élé écrits avec le fiel le plus noir, Les Mémoires littéraires de M. Palissot ne servent à M. l'Habitant du Jura, que de texle pour louer en vers tous les auteurs que M. Palissot, a loués en prose. Il enfile une longue kirielle de noms plus ou moins connus, dont quelques-uns méritent assurément les éloges qu'il leur donne, mais dont la plupart figureroient mieux dans une satire que dans un panegyrique: ainsi, l'éloge de M. Palissot se trouve flanqué de l'éloge de plus de vingt autres écrivains ; ce qui prouve que l'auteur, qui s'étoit proposé de faire l'apologie de la Satire , est entièrement désintéressé dans cette cause, et n'a qu'une grande disposition à louer tout le monde.

Il a donc tout à -la-fois manqué son sujet, et méconnu le ton qui pouvoit y convenir : il avoit pour but de prouver que l'esprit satirique peut s'allier avec la bonté du coeur ; mais il a senti qu'il étoit plus facile de faire un éloge emphatiquement historique de M. Palissot, que de traiter la question. Son intention n'en est pas moins bonne, et son style n'est pas sans quelque mérite : il est, en général, clair et pur. L'expérience apprendra å l'auteur, qui sans doute est jeune, et qui paroît n'avoir cherché qu'une matière de vers , qu'il na suffit pas de bien écrire, mais qu'il faut mettre encore dans ce qu'on écrit, de la convenance, de la justesse et du sens : tels sont les gages du succès ;

Hic meret dra liber socüs: hic et mare transit ,
Et longum noto scriptori prorogat Brum. :

LII.

Sur les Poésies de CLOTILDÊ de Surville..

Un a assez critiqué les poètes de notre siècle, sans les corriger, sans les persuader ; on a assez loué les poètes du grand siècle, sans ajouter à leur gloire; il est assez prouvé que les poésies des premiers sont très médiocres , spuvent très-ridicules ; il est asset -prouvé que celles des grands écrivains qui illus= trèrent le règne de Louis XIV sont admirables. Pour dire quelque chose de nouveau, remontons à ce qui a été fait il y a trois ou quatre siècle, et

Parlons un peu ce soir de madame Clotilde.

de ce phénomène littéraire qui , après avoir lui sur la France plongée dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie, et déchirée par les fureurs de l'anarchie et d'une guerre civile et étrangère, avoit été enseveli dans une profonde nuit pendant plus de trois cents ans, et reparoît enfin comme pour éclairer un siècle savant et poli , et lui apprendre à mettre de la raison, du goût, du naturel et de la poésie dans ses vers.

Le double sentiment d'épouse et de mère ; si vif dans le coeur d'une femme sensible, dominoit toutes les pensées, toutes les affections de madame de Surville; il se reproduit dans ses écrils, à chaque page, avec une variété et un agrément infinis, Ce

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