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s'imaginoit-il que c'étoit par amitié pour lui qu'on l'avoit applaudi ? Et ne hausse-t-on pas les épaules de pitié, lorsqu'on entend l'auteur du Glorieux radoter en ces termes (1): in .

gs on see Je me croirois indigne des applaudissemens dont le public m'a honoré, si je ne m'efforçois pas de lui, en témoigner ma reconnoissance. Ainsi, le Gloriens seroit une mauvaise pièce , indigne des applaudis, semens, si Destouches n'avoit pas fait une mauvaise préface pour remercier le public. L'ose lui protester qu'elle est aussi vive que juste ; je ne trouve point de termes qui puissent l'exprimer. On trouve difficilement des termes pour exprimer ce que l'on conçoit mal ; et Destouches n'avoit point dans le coeur cette reconnoissance qu'il a tant de peine à mettre sur le papier : son embarras est aussi

ridicule que la manière dont il l'exprime. For ; Mais pour la faire éclater d'une manière sensible, je promets à ce méme public à qui je suis si redevable ; qu'en cherchant à lui procurer de nou veaux amusemens, je n'épargnerai ni soins ni travaux pour mériter la continuation de ses suffrages..

Destouches remplit mal sa promesse, ou plutôt sa bonne intention ne fut pas réalisée par le fait, et sa reconnoissance éclata fort médiocrement; car depuis le Glorieux il ne fit que des ouvrages mé; diocres, dont plusieurs n'ont été représentés qu'après sa mort. .....

(2) Destouches , dans cette même préface révèle' ingénument le secret des novateurs littéraires,

(I) Sans doute , un auteur a grand tort de radoter ; mais nous craignons que le critigne n'ait ici trop raison en écrasant la foiblesse humaine par de si grands coups de tonnerre.

(2) Le fragment suivant est tiré d'un autre article du ineinseritique.

beaucoup plus important que le secret des FrancsMaçons, eť aussi bien connu aujourd'hui que le secret de la comédie. Voici sa déclaration ; elle est précieuse, et il n'en faut rien perdre : 3'« Toute la gloire dont je puisse me flatter, c'est »ý d'avôir pris un ton qui a paru nouveau, quoi» qu'après l'incomparable Molière il semblât qu'il » n'y eût point d'autre secret de plaire que celui » de marcher sur ses traces. Mais quelle témérité À de vouloir suivre un modèle que les auteurs les j) plus sages et les plus judicieux ont toujours re

i gardé comme inimitable !... Il ne nous a laissé w què le désespoir de l'égaler. Trop heureux si, » par quelque route nouvelle, nous pouvons nous ý rendre supportables après lui ! C'est à quoi je me » suis borné dans mes ouvrages dramatiques, et » c'est sans doute à cette précautian essentielle que 5 je dois l'accueil favorable qu'ils ont recu.» " Cet aveu naïf de l'honnête Destouches , est l'histoire abrégée de la décadence de tous les arts. On s'éloigne des modèles, par le désespoir de les égater; on cherche un antre secret de plaire que celui des grands maîtres; et sous le prétexte hypocrite qu'il y auroit de la téinérité à suivre ces modèles inimitables, on substitue aux véritables beautés de l'art des défauts brillans : on séduit le public, on lui tend des piéges, on l'ébouit par de vaiņs prestiges ; et dératurer l'art, s'appelle être neuf, s'ouvrir une route nouvelle.

Dernièrement, un déclamateur qui n'est encore qu'un "écolier, quoiqu'il soit devenu professeur, disoit dans son discours d'ouverture, entr'autres hérésies littéraires , que Voltaire avoit agrandi la tragédie. Voltaire à suivi Corneille et Racine dans ses premières tragédies ; mais il s'est bientôt lassé de marcher sur les traces de ceux qu'il ne pouvoit atteindre ; et pour obtenir des succès, il s'est avisé d'appeler comme auxiliaires la corruption publique, l'anglomanie, le mauvais goût , l'immoralité, une fausse philosophie, de faux brillans, une vaino emphase : ce ne sont pas là des beautés tragiques, mais c'étoient des nouveautés. Comment a-t-il donc agrandi la tragédie en la rendant romanesque et pédantesque ? C'est ainsi qu'il a formé une école de petits esprits et de petits rimeurs fanatiques , qui font entendre autour de sa statue descris stupides(1), et qui hurlent devant les badauds, pour leur persuader que Voltaire a réellement agrandi la tragédie , lorsqu'il n'a fait que la corrompre. Voilà les . belles leçons qu'on puise dans les Athénées : c'est de la littérature de cette force-là qu'il faut aux oisifs, qui, dans ces coteries, vont chercher l'amusement, et non pas l'instruction.

Pour rentrer dans la question, les arts se détruisent par l'ambition des artistes sans génie qui, ne pouvant égaler les maîtres, s'efforcent d'accréditer une manière vicieuse, sous prétexte de se frayer de nouveaux chemins. Ce ne sont pas les mauvais ouvrages qui nuisent à l’art, ce sont les ouvrages dont les défauts aimables et contagieux passent pour des beautés. Destouches, dans l'impuissance d'imiter le comique de Molière, a imaginé d'être pathétique, ce qui lui a très-bien réussi. Rịen n'étoit en effet plus nouveau que le pathétique dans la comédie : ni Regnard , ni Daucourt, ni

(1) Expression brillante, employée à contre-sens dans le Discours du savant professeur Chénier, et que je rappelle ici à sa véritable application; car la stupidité est la compagne fidelle du fanatisme politique, philosophique et littéraire.

(Note de l' Auteur.)

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Dufresny, ni le Sage, n'avoient jamais songé à prendre cette précaution essentielle pour se rendre supportables après Molière. · Mais ce n'est qu'en littérature que Destouches'a cru pouvoir innover. En politique, en morale, il est resté fidèle aux principes de son éducation, à la foj de ses pères; il déploroit l'aveuglement de ces insensés qui fondoient leur réputation et leur fortune sur la double apostasie de leur Dieu et de leur roi. Il a même signalé son zèle contr'eux par une foule d'épigrammes plus édifiantes, il est vrai, qu'ingénieuses et piquantes, mais qui prouvent la pureté de ses sentimens et l'élévation de son ame; qualités plus honorables que le talent de faire une bonne épigramme.

G.

L.

Des Tragédies philosophiques, à l'occasion de

LA VEUVE DU MALABAR (tragédie de
LEMIERRE).

CETTE Tragédie, jouée pour la première fois en 1770, fut assez bien accueillie ; mais le dénouement excita de grands éclats de rire ; il étoit alors bien éloigné de la pompe qui l'accompagne aujourd'hui. Il y'avoit sur la scène un trou qui vomissoit quelques flammes, et c'est dans le trou que la belle Indienne devoit se précipiter ; l'officier français sortoit par un autre trou , pour empêcher sa naitresse de faire le saut. Ce spectacle fut trouvé avec raison très-comique, et la gaieté du parterre arrêta le cours des prospérités de la veuve, mais

on se flatta qu'en donnant au dénouement une physionomie plus brillante, la pièce iroit au nues. On fit un grand bûcher; Lanassa s'y jeta au milieu des flammes, et le beau Larive accourut comme un preux chevalier, saisit la dame d'un bras vigoureux, et l'enleva à la barbe du chef des Bramines. Alors il n'y eut plus de bornes à l'admiration, à l'enthousiasme. La veuve du Malabar eut un de ces succès fous, réservés pour les pièces extravagantes.

C'est ce qu'on appelle une tragédie philosophique et bien plus philosophique que tous les chefs-d'ouVre de Voltaire. Le bon Lemierre n'étoit pas philosophe à demi; c'étoit un honnête-homme, de bonne foi, très-dévôt à la secte, qui donnoit têtebaissée dans toutes les rêveries nouvelles, sans en soupçonner même, ni l'absurdité, ni le danger :il avoit du fanatisme, la simplicité, la franchise , la confiance aveugle, sans en avoir la férocité et la sombre fureur.

Qu'est-ce qu'une tragédie philosophique ? Sur le nom, on seroit tenté de croire que c'est une tragedie sage et régulière, pleine de bon sens et d'art; c'est tout le contraire : on appelle tragédie philosophique, celle où le bon sens et l'art sont sacrifiés, à de vaines déclamations, aux prestiges et au charlatanisme de la scène, à un pathétique faux et outré; celle où le poète est un jongleur, où les personnages sont des marionnettes, et les spectateurs des dupes ou des compères.

Voltaire avoit donné à son Mahomet un double titre : Mahomet , ou le Fanatisme. Humble disciple de Voltaire, le fervent Lemierre crût devoir imiter son maître, en donnant aussi à sa pièce le titre de l'Empire des coutumes : le second titre

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