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dormis par l'adulation. En parcourant les sermons 'de Massillon, et même ceux qui composent le Petit-Carême, où l'orateur a su se proportionner à l'âge du prince devant qui il avoit à parler, on est en quelque sorte effrayé des grandes vérités qu'il osoit proclamer au Louvre. La noble hardiesse de l'apôtre semble ajouter à la grandeur de la religion : elle devient plus imposante, lorsqu'on la voit emprunter l'organe de ses ministres pour parler aux rois le langage de celui qui les interroge du haut de son tróne, comme elle l'emploie pour 'consoler, au sein de la honte et au dernier degré du malheur, le criminel entre les mains des bourreaux. · Cet éloge n'est pas assez approfondi; mais il est écrit, en général, d'un style pur, correct, et quelquefois élégant; il est d'un homme de goût, plutôt que d'un homme de talent.

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V

I 1 I.

Sur M. le FRANC de POMPIGNAN.

La renommée de M. le Franc de Pompignan se seroit élevée plus haut et brilleroit d'un éclat moins équivoque, s'il avoit eu des ennemis cruels et des panegyrisles plus discrets: ses rares talens furent en butte aux haines les plus acharnées , aux satires les plus amères , aux railleries les plus insultantes , à ces bons mots qui , chez une nation très-légére, sont des décisions et des arrêts ; ils n'eurent pas moins à souffrir de ces éloges exagérés, de ces louanges emphatiques et enflées qu'inspire une admiration aveugle, et que dicte un zele imprudent. Sa réputation ainsi balancée, tourmentée entre deux injustices, a fini par ne rencontrer, au lieu de l'ardeur des haines qui s'éteignent toujours tôt ou tard, et de la chaleur des amitiés , également soumises à l'épreuve du temps, que la froideur et l'indifférence. On s'est lassé de persécuter un écrivain contre lequel des intérêts passagers avoient allumé le feu d'une și vive animosité; on s'est également lassé d'exalter un auteur qui ne dut l'exagération des louanges qu'à la violence des invectives ; et cette espèce de fatigue, causée par des excès contraires, a produit ce mauvais effet, qu'à peine aujourd'hui veut-on meltre à sa place un poète qui, de son vivant, fut placé trop haut pour les uns et trop bas pour les autres.

La démarche qui attira sur l'auteur de Didon et des Poésies Sacrées cet orage de sarcasmes, d'injures et de calomnies, et qui l'exposa aux traits empoisonnés d'un parti dont le moindre défaut étoit de ne jamais choisir ses armes ; cette démarche éclatante, extraordinaire, fort contreversée dans le temps, présentée d'un côté comme une action trèslouable , et de l'autre, presque comme un crime, est encore aujourd'hui un sujet de discussion parmi ceux même qui ont un assez bon esprit pour vouloir et savoir juger de sang-froid ce qui s'est passé il y a cinquante ans. Il s'agit de décider si M. de Pompignan, pénétré d'horreur pour les funestes doctrines et les principes anti-religieux répandus dans des écrits célèbres, et frappé des excès sans cesse renaissans et toujours plus terribles, auxquels se livroient un certain nombre de gens de lettres, n'a pas pu légitimement signaler et ces doctrines et ces excès, dans son discours de réception, lorsque l'Académie le choisit pour un de ses membres.

En jetant ici quelques idées sur cette question si souvent débattue, et toujours restée sans solution définitive, je ne prétends que dire ma pensée sans blâmer l'opinion de personne, d'autant plus que l'avis contraire au mien a pour lui de graves autorités, et entr'autres celle de M. Laharpe, qui dans ses écrits de toutes les époques, a toujours improuvé la conduite de M. de Pompignan. Mais sur quoi fonde-t-on cette improbation ?'On dit que M. de Pompignan a violé toutes les convenances, en attaquant, dans le sein de l'Académie, et au moment où elle venoit de l’y admettre, les membres même de cette Académie , qui presque tous étoient coupables des excès contre lesquels il s'élevoit. Mais en toute discussion, il est des données · qu'il faut supposer, et dont il faut partir , si l'on veut s'entendre et arriver au but : il est donc nécessaire de se représenter ici M. de Pompignan tel qu'il étoit en effet, plein de vertu , de religion, de piété ; il ne l'est pas moins de convenir que les principes qu'il combattoit étoient dangereux, funestes, subversifs de la société; et qu'au contraire les doctrines qu'il soutenoit, devoient être regardées comme les seuls gages de l'ordre social parmi nous, comme les seuls garans de la tranquillité générale, comme les fondemens du bonheur public. Si l'on ne s'accorde pas sur ces suppositions, il est impossible de s'accorder sur le fond de la question même ; mais si l'on en convient, pourra-t-on blâmer un homme de n'avoir pas balance entre de si grands intérêts, entre des objets d'une si haute importance, entre le zèle de la religion, de l'ordre, de la patrie, et le respect de quelques conve. nances ?

Il ne s'agit donc ici que de savoir s'il n'est point des occasions où les convenances doivent céder devant des considérations majeures, et de décider, entre des écrivains qui, dans des ouvrages sérieux, s'appliquoient à ébranler toutes les bases de la mo: rale; qui, dans des ouvrages badins , s'amusoient, à corrompre les moeurs ; qui brisoient d'une main de frein de la religion, et de l'autre, le joug des lois ; il s'agit, dis-je, de décider entre de tels écrivains, et un orateur qui, entraîné par un zèle pur et honorable , par la passion du bien, franchit dans des vues louables, la limite des convenances, tandis que les autres ne respectoient pas même celle des devoirs les plus sacrés. Cette violation des convenances fut traitée, en quelque sorte, comme auroit pu l'être celle des lois les plus saintes; et cela, à une époque où J. J. Rousseau proclamoit, dans sa prose éloquente, que les égards ne l'emportent sur les devoirs que pour ceux dont toute la morale consiste, en apparence ; que la justice et la vérité sont les premiers devoirs de l'homme ; et qu'il est coupable, toutes les fois que des ménagemens particulierslui font changer cet ordre. Il n'a manqué à Pompignan qu’un talent aussi fort que celui de Rousseau , pour résister, comme l'orateur génevois , aux assauts redoublés de ses adversaires. .

Quoi qu'il en soit, la guerre lui fut déclarée de toutes parts ; et toute l'artillerie de Ferney fut dirigée contre le château de Pompignan, où s'éloit retiré le trop véridique orateur : pendant plusieurs années, Voltaire ne cessa de décocher contre le nouvel académicien les traits les plus acérés ; et le recueil des pamflets qu'il composa à cette occasion,

des si, des car, des mais, des pourquoi , forme dans la collection générale de ses Euvres une partie considérable de ce fatras satirique, que la malignité est toujours bien aise d'y trouver, quoique le goût soit ici rarement d'accord avec elle. Il ne falloit pas un grand effort de génie pour changer le nom de Pompignan en celui de Tonsignan, et cependant le public rioit de la métamorphose : car il faut peu de chose pour faire rire le public, qui n'a pas moins ri, dans la suite, de voir l'abbé Sabatier .converti en abbé Sabotier, et le docteur Riballier en docteur Ribaudier. Le titre des Poésies Sacrées fournit à l'impitoyable libelliste un de ces traits qu'il sa voit quelquefois si bien aiguiser; et le sacrés ils sont, car personne n'y touche, devint , en quelque sorte, une défense de toucher aux Poésies Sacrées, très-religieusement observée par un public toujours disposé à regarder un bon mot comme un orarle. On prétendit que M. de Pompignan étant allé faire sa cour à M. le Dauphin, l'entendit réciter ce vers de Voltaire :

Et l'ami Pompignan pense être quelque chose. Cette, anecdote me paroît être un de ces petits mensonges que se permettoient volontiers les adversaires du poète; du reste, l'anecdote est plus maligne et plus satirique que le vers, qui n'est pas merveilleux dans son genre. Mais comment croire que le Dauphin, qu’un prince si vertueux, si plein de religion ,ạit pu s'amuser à répéter des railleries dirigées contre le défenseur de la religion et de la vertu ? Ce que ce feit auroit d'épigrammatique retomberoit sur le Dauphin plutôt que sur M. de Pompignan : la cour, il est vrai, déjà frappée de cet esprit de vertige qui a fini par la conduire au précipice, sembloit être d'intelligence avec ses

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