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» la nature pas à pas, est-il dit, reconnoissent » fort bien qu'elle passe par des nuances insensi» bles de la cristallisation à l'organisation : » d'où l'on tire la conséquence «que les lenticulaires pour» roient bien être regardées comme une des nuan. » ces de ce passage d'une modification à l'autre. » Quelle doctrine , et quelle instruction pour les jeunes gens qui desirent étudier la nature!

Il n'y a point de passage do la cristallisation à l'organisation. La cristallisation terminée reste la même, elle ne change plus. Les cristaux, sans doute, sont un production minérale très-intéressanle ; ils font le plus bel ornement des collection de minéralogie, mais c'est là tout, Ils n'ont ni fibres, ni glaudes, ni vaisseaux, aucun fluide n'y circule, et leur origine est dans les roches et les couches minérales.

Les végétaux, ceux des corps organisés qui se rapprocheroient le plus de la cristallisation, (s'il exisloit aucun rapprochement) quoique fixés sur le lieu où leur semence s'est développée, se parent, chaque saison, de fleurs, de feuilles et de fruits; chaque saison ils embellissent la nature, et nourrissent l'homme et les animaux; chaque saison ils produisent de nouvelles semences qui perpétuent leur espèce et les bienfaits de la Providence, L'animal, qui est fixé sur le lieu qui l'a vu naître, donne des signes très-prompts de sensibilité et de vie, et ses émanations produisent d'autres animaux semblables à lui. La ligne qui sépare la cristallisation de l'organisation est donc tranchée; il n'y a point de passage d'une subsstance minérale à un corps organisé.

Cependant on revient sous une autre forme å cette étrange doctrine, et l'on dit : « On voit des

» substances purement minérales qui présentent » des rapports marqués avec des corps organisés. » Le flos ferri, par exemple, et les stalagmites » fungiformes, ont un mode d'accroissement tout » semblable à celui des végétaux d'un ordre in» férieur. » Qu'est-ce que ces végétaux d'un ordre inférieur ? Si ce sont des végétaux, ils sont organisés, et ne s'accroissent point à la manière des substances minérales. Si ce ne sont pas des végétaux, ils restent dans la classe des substances inorganisées, qui, semblables aux deux exemples cités du flos ferri et de la stalagmite, s'augmentent à l'extérieur par une superposition de particules minérales émanées successivement par l'infiltration des eaux, dans les cayilés des roches où ces substances se forment. .

Ce système est répété dans l'article Nature du même Dictionnaire : «La pierre brute, dit l'au» teur de cet article, passe par des nuances à la » pierre cristallisée ; celle-ci remonte aux pierres » fibreuses comme l'amiante ; plus loin, nous » trouvons les végétalions minérales, telles que » le flos ferri , ou les ludus helmontii, les stalac» tites, ou même les dendrites, etc. Tout auprès, » on peut placer les productions marines, telles » que les madrépores, les coraux, les éponges ; » ou les végétaux,, tels que les champignons, les » algues, etc. La nuance est donc bien prononcée, » et montre un augmentation dans les facultés » vilales.» Et voilà comment, par des assertions qui ne sont fondées sur rien de bien vu , ni rien rien de réel, on forme des systèmes absolument imaginaires. . ...Pour établir ces passage d'une substance minénérale à un corps organise, on appelle, et non saus dessein, les pierres filamenteuses, telles que l'amiante, pierres fibreuses, parce que le mot fibres s'applique uniquement aux corps organisés : ainsi l'on dit, fibres i nerveuses , fibres des végétaux. Les fils de l'amiante et des autres substances minérales filamenteuses n'ont point d'organisation. Le flos ferri, stalactite blanche; s'augmente à l'extérieur par couchés successives, comme toutes les autres stalactites et stalagmites ; ses fractures présentent une surface rayonnée comme plusieurs autres substances minérales, telles que la mine de fer hématite, et quelques 'espèce de pyrites. Les ludus 'helmontii ne sont autre chose que les gersures d'une argile durcie, remplies d'un spath jaune calcaire. Les dendrites sonť des dissolutions d'une matiére minérale colorée, qui pénètrent dans des fissures de roches, et tracent à leur face ces formes arborisées. Elles n'ont pas plus de rapport avec les végétaux, que ces ramifications produites par un liquide sur les faces polies de deux plateaux de marbre lorsqu'on les sépare. Les madrépores, les coraux, les éponges, les champignons, les 'algues, amenés sur la scène pour établir ce passage, sont les uns des loges construites par des petits animaux qui les habitent', dont la charmante variété de structure fait l'un des plus intéressans ornemens des cabinets d'histoire naturelle. Les autres corps sont des vés gétaux terrestres et des végétaux marins. Ainsi, loin que ces exemples établissent ce passage prétendu des substances minérales' aux corps organisés, ils en sont au contraire la 'réfutalion la plus complèté.'.

Présenter la numismale comme paroissant n'être qu'une concrétion fortuite , c'est faire rétrograder la science au temps où l'on regardoit les fossiles

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marins comme des jeux de la nature formés par une sorte de cristallisation...... . Le système du passage de la cristallisation à l'organisation n'est qu'une branche appartenant à des racines plus profondes, dont les émanations dangereuses se manifestent particulièrement dans l'article Nature du même Dictionnaire....

L'auteur de cet article donne avec le ton de la certitude, les assertions les plus contraires à tout ce qui existe. Quand on est entraîné par une ima. gination égarée, on tombe facilement dans des contradictions. L'auteur dit par exemple, que la nature aspire toujours à la perfection de ses au- . vres , et il venoit d'affirmer que la terre s'avance vers la foiblesse et la décrépitude ; et plus baut, que nous la voyons épuisée, de productions. Dans cet état supposé, d'épuisement et de décrépitude de la terre, comment la nature pourroit-elle tendre à la perfection de ses oeuvres , puisque, suivant lui , nous tirons notre vie et nos forces de la terre,? . .. parati : . ..

Le minéral , reste minéral et ne tend point à se rapprocher du végétal; celui-ci reste à sa place, et n'aspire point à l'animalité; chaque espèce d'animal reste, ce qu'elle est, et propage son semblable; chaque espèce, en un mot, dans les règnes mi: néral, végétal et animal, jusqu'à l'homme, ne tendent à aucun changement : ils restent tels qu'ils furent au premier moment de leur existence. C'est ainsi qu'on en impose aux hommes inattentifs, qui n'observent rien par eux-mêmes, et qu’on réussit trop souvent à faire naître le doute sur les vérités les plus évidentes.

(1) En parcourant quelques articles voisins de (1) Le fragment suivant est tiré d'un autre article du ineipe ai teur. :

l'article Belemnite, le début de l'article Baryte, ou terre pesante, a attiré mon attention. L'auteur annonce qu'il regarde cette terre pesante comme voisine de la métalléïté ; qu'il doity avoir une transition gradaée des substances lerreuses aux substances métalliques : « Car, dit-il, la nature ne fait » jamais des sauts dans sa marche ; c'estun prin» cipe qu'on ne doit jamais perdre devue. »

Cette hypothèse de transition graduée dans la . nature, donné avec ce ton affirmatif comme un principe , tient au système qui rejette toute révélation d'une création ; qui regarde la valure entière comme produite par elle-même à l'aide d'une vie interne de la matière, d'une sorte de gravitation vitale, et qui fait exister une transition non interrompue par nuances insensibles, depuis la substance la plus brule jusqu'à l'homme. Suivant les partisans de ce système, « la nature produisit » d'abord des ébauches informes, des étres impar» faits, qu'elle perfectionne lentement, en les » imprégnant d'une plus grande quantité de vie. » Tous les animaux , ajoutent-ils encore, ne sont » que des modifications d'un animal, d'un végétal » originaires (2). »

A entendre ces écrivains, le livre de la nalure leur est ouvert; ils sont initiés dans ses secrels, ils ont pénétré jusques dans la substance intime des êtres. Cependant, tout ce qu'ils annoncent avec ce ton affirmatif, n'est autre chose qu'une suite de mots, de phrases et d'assertions, dont voici le résumé : « La nature doit être telle qu'ils la » conçoivent; donc elle l'est.')) Ainsi, tous les

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(1) Article Nature du Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle. : . . . . cel á ns ,' weer

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