Imágenes de página
PDF
ePub

certaines gens, et qu'il sert souvent à lui seul de réfutation complète à tous les raisonnemens que font tous ceux qui sont persuadés que, sans la religion, on ne peut expliquer l'homme; qu'il doit exister pour lui un rapport entre la fin et les moyens, et que tout ce qui contrarie cet ordre moral est nécessairement mauvais. Mais il n'en est pas moins vrai que le dernier degré de la dégradation de l'ame est le matérialisme, et que l'étude des secrets de la nature, mal dirigée et entreprise par des esprits étroits et orgueilleux , conduit, par une pente rapide et inévitable, à toutes les bassesses et à toutes les horreurs de ce déplorable système.

Quand on considère les inombrables absurdités, disons mieux,lles révoltantes bêtises imaginées par les matérialistes, depuis les atomes d'Epicure jusqu'au dieu-matière de Spinosa; lorsque l'on voit ces misérables fous consumer leur vie , non-seulement à chercher des argumens pour se persuader à euxmêmes que leur triste doctrine est au moins, probable, mais par une folie plus insigne encore, à se tourmenter pour faire des prosélites , quoiqu'ils ne puissent se dissimuler que les superstitions, même les plus grossières, valent cependant mille fois mieux encore pour le repos et le bonheur des hom. mes , que le désespoir féroce dans lequel ils cherchent à les plonger, lorsque , disons-nous, on réfléchit sur cette fureur qui les possède, sur cette imprudence qui les dirige, n'est-on pas tenté de s'écrier : qu’ont donc fait ces gens-là ? Quel intérêt ont-ils à ce que la barrière qui sépare le bien d'avec le mal soit renversée ? Ont-ils commis quelque grand crime dont ils n'espèrent point l'expiation ? Sont-ils livrés à quelque passion abominable dont ils ne veulent point se détacher ? Ou plutôt, n'ont

ils donc ni conscience ni volonté; et seroit-il possible qu'il existât, avec toutes les apparences do l'humanité, une race d’êtres réellement inférieurs à l'homme, et à qui oes nobles facultés qui nous, ont été données pour reconnoître la puissance qui nous a créés , auroient été refusées ? · Ce que nous venons de dire pourra sembler à plusieurs une exagération; mais il est difficile que la parience n'échappe pas, lorsque l'on voit une créature raisonnable passer sa vie à essayer de découyrir si toutes les actions bonnes ou mauvaises de l'homme ne seroit point le résultat de certaines bosses qu'ils auroient sur le crâne ; n'épargner, ni soins, ni peines, ni travaux, pour arriver à une démonstration bien évidente que son intelligence ne diffère point de l'instinct de la brute ; chercher à établir, au milieu des peuples policés, un fatalisme plus absurde et plus grossier que celui des peuplades les plus barbares; et dans cette désastreuse occupation, se montrev incapable de cette réflexion si simple, qui seule auroit suffi pour l'en détourner : « Qu'il est impossible qu'il existe une vérité dangereuse pour tous les hommes sans exception, et qu'un système est nécessairement faux par cela seul qu'il a ce caractère affreux de n'offrir que des maux et des crimes à l'humanité, et de saper les fondemens de toute société, lorsqu'il est démontré que la nature de l'homme exige absolument qu'il vive en société (1). · Nous avons dit que la doctrine de M. Gall conduisoit invinciblement au fatalisme, et nous allons le prouver par ses propres aveux. Cependant, avant de lui arracher cette confession si pénible, nous ne

(1) Voyez un article de ce recueil, tome III , page 50 sur ?'accord du vrai et de l'utilę.

pouvons nous empêcher de faire observer que luimême a mesuré l'abyme dans lequel il alloit se plonger, et que, frémissant sur les conséquences funestes d'un semblable système, il a cherché d'abord à le masquer sous certaines restrictions, sans s'apercevoir que ces restrictions étoient de nature à le détruire de fond en comble.

En supposant des dispositions innées, produit nécessaire de certains accidens d'un organe, et en soutenant d'abord qu'elles étoient irrésistibles, M. Gall a bien senti qu'il révolteroit tous les esprits, parce que tous ont le sentiment intime diz contraire, et que l'indignation seroit d'autant plus grande que parmi ces dispositions', il ne craint. pas d'en mettre pour le vol, pour le meurtre, etc. Il a donc cru adoucir une assertion aussi odieuse, en'admettant que l'éducation pouvoit modérer, anéantir même ces dispositions. Il ne s'arrête point là , et ne peut s'empêcher de convenir que cette même éducation, qui détruit certains penchans lorsqu'elle a pris une certaine direction, peut également les faire naître si on la dirige dans un sens contraire. A-t-il bien réfléchi à ce qu'il accordoit, en convenant à ce point du pouvoir des préceptes et de l'habitude; et n'a-t-il pas senti que dès lors rien n'est plus vain , plus incertain, plus faux que son système ? Tel homme est né avec l'organe du vol : une éducation sévère et religieuse en a fait un honnête homme. Tel autre autre avoit l’organe de la bonté, de la douceur, de la probité : il a reçu le jour dans une caverne, et devient un brigand, N'ai-je pas le droit de me moquer de ces prélendus organes, qui présentent des résultats absolument contraires à ce qui avoit été élabli en principe ? Et pour qu'on puisse reconnoitre en eux cer

taine propriété, ne faut-il pas qu'ils aient des effets constans, in variables ? Enfin, n'est-il pas d'une nécessité absolue qu'ils se lient à la doctrine du fatalisme ?

Tout cela n'a point échappé à M. Gall ; et c'est une chose assez curieuse que l'embarras dans lequel il se trouve entre le libre arbitre qui détruit son système, et le fatalisme qui le rend odieux. Dans cette perplexité fâcheuse, il se jette , sans s'en apercevoir, ou peut-être en s'en apercevant, dans les plus grossières contradictions : car, si d'un côté il établit que l'éducation atténue et détruit même l'effet de ses protubérances, de l'autre la nécessité où il est de donner des exemples positifs, le force d'admettre l'effet irrésistible de ces mêmes protubérances ; et c'est alors que, devenu par degré plus hardi, il ne craint pas d'offrir à nos regards des individus qu'un penchant nécessaire entraîne au meurtre , au vol, à l'infanticide, c'està-dire à ce qu'il y a de plus horrible dans les désordres attachés à la nature humaine. C'est alors que la grandeur d’ame, l'amitié, la bonté, la tendresse maternelle, deviennent également des effets invincibles d'un instinct stupide, d'une nature aveugle; et que, par un effroyable mélange, les vices et les vertus, produits mécaniques d'une même cause, deviennent nécessairement indifférens dans leur résultat.

Ce n'est pas la première fois que ces dangereuses doctrines, fruits naturels du matérialisme, ont été présentées ; et si les formes changent , le fond reste toujours le même. Mais un nouvel embarras se présente : c'est de savoir si, d'après ces grands principes, il est réellement juste de faire plus de cas d'un honnête homme que d'un fripon, et de traiter l'un différemment que l'autre. Il y auroit quelque scandale, et peut-être quelque danger à sou. tenir la négative : aussi les matérialistes veulent-ils bien nous accorder que les juges ont, à la rigueur, le droit de faire pendre les voleurs : mail il ne leur est pas aussi facile de le prouver; il leur est même impossible de tirer une telle conséquence de leurs principes. Tous, en essayant de le faire, ont prouvé qu'ils étoient, jusqu'au bout, de mauvais raisonneurs : mais nous pouvons assurer qu'aucun d'eux, sous ce rapport, n'a poussé la déraison aussi loin que le docteur Gall : car on n'a pas manqué de lui demander ce qu'il faudroit faire d'un homme dont la protubérance qui détermine au meurtre et au vol seroit d'une telle dimension, qu'il se trouveroit absolument dans l'impossibilité de résister à la passion de voler et d'assassiner.

A cela le crânalogue répond qu'un pareil homme n'ayant plus, en aucune manière, l'usage de sa volonté, seroit dans une espèce de délire; ce que nous lui accordons sans aucune difficulté. Mais ce qu'on auroit peine à imaginer, c'est qu'il prétend que la société auroit le droit d'infliger une peine plus forte à ce fou, qu’à celui qui, en commettant de semblables crimes, y seroit conduit sans protubérance et par un pur acte de sa volonté, par la raison, dit-il, qu'il y a quelque espérance de corriger l'un , et que l'autre, de sa nature, est incorrigible. Il résulteroit d'un tel raisonnement, que s'il y a à Charenton quelques fous furieux, il faut les en tirer pour leur faire leur procès , et se dépêcher de préparer une maison d'éducation, dans laquelle les juges enverront les voleurs de grand chemin qui n'ont point de bosses sur le crâne à certain endroit de l'occiput, entre l'organe de la prudence et celui de la dispule, pour en faire,

« AnteriorContinuar »