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métier et sait bien son affaire. Il a lu dans le Méchant, de Gresset : ,

Les sots sont ici bas pour nos menus plaisirs ; et, ajoutant au texte, il s'est dit à lui-même : IL sont aussi dans le monde pour notre profit; les sots sont le patrimoine des gens d'esprit. L'anatomiste du crâne a fait le 'Thomas Diafoirus ; il a proposé aux belles dames une dissection, comme les amans proposent à leurs maîtresses le bal ou la comédie : les belles dames n'ont point rejeté cette burlesque invitation. Les femmes savantes d'autrefois se bornoient à la physique, à la métaphysique, à la mo'rale (1); les anciennes précieuses se contentoient de

: (1) On peut faire observer ici combien est grande la mauvaise foi de ceux qui nient la perfection progressive de l'esprit humain.

Dans le 17e siècle des femmes, dont plusieurs n'étoient pas confinées dans des couvens , passoient les heures entières à considérer des crânes; elle n'y voyoient que des annonces de mort prochaine, des preuves de la fragilité de la vie, et tout le fruit qu'elles rctiroient de cette étude , se réduisoit à régler leur cour, à préférer les devoirs au plaisir, et même, dans les cas difficiles, la vertu au bonheur.

Mais dans le 19e siècle, cette ignorante contemplation des crânes , qui n'avoit produit aucune découverte a été abandonnée ; . les crânes ont passé des cloîtres dans les boudoirs, et c'est alors I que la crânologie est devenue vraiment philosophique. Les dames y ont appris qu'il est des verlus impossibles , des passions irrésistibles, des penchans invincibles , comme le leur répétoient depuis des siècles les poètes érotiques. Les cránes ont donc cessé d'être dégoûtans, ils n'ont plus fait naître ces réflexions surannécs qui, aujourd'hui, pourroient paroîlre inquiétantes, et on a laissé dire ces hommes à vues étroites qui s'obstinent à répéter en parlant de la doctrine du docteur Gall : « ce sont de singuliers cours » que ceux où de jolies femmes n'ont sous les yeux que descrânesa » Encore s'ils leur servoient, comme à des Carmélites , à més >> diter sur la mort, elles en tireroient du fruit; mais ils ne > servent qu'à leur inculquer le matérialisme, et c'est apprens a dre bien tristement que bien triste doctrine. a

faire l'anatomie du coeur, du sentiment et des passions : les nôtres ont montré beaucoup de goût pour l'anatomie du cerveau; ce n'est pas le moyen de nous faire perdre la tête.

Cette science, qui va chercher dans les cadavres des morts les moyens de soulager les corps vivans, est la dernière qui convienne aux femmes, pour peu qu'il leur reste de délicatesse. L'anatomie est fort utile ; elle est encore plus dégoûtante: les femmes doivent la laisser aux élèves de Saint-Côme et aux suppôts de la Faculté.

Quel est donc le fruit du perfectionnement des sciences ? A quoi aboutissent ces grands progrès de l'esprit humain ? Est-ce à augmenter le nombre des dupes; est-ce à multiplier la famille des badauds ? Mesmer, avant la révolution, avoit entraîné toute la bonne compagnie à ses baquets magnétiques : l'aimant, qui n'attire que le fer, avoit, entre ses mains savantes, attiré notre or. Cagliostro nous avoit initiés aux mystères égyptiens : il avoit fait souper les jolies femmes avec Antoine et César, et les petits-maîtres avec Cléopâtre. L'oeil du paysan Bleton avoit percé les entrailles de la terre ; il avoit découvert des sources d'eau vive dans les pays les plus arides, et dans la crédulité publique, une source bien plus intarisable. Le somnabulisme avoit fait dormir, les yeux ouverts ; les gens les plus éveillés. Il n'y avoit sorte de jonglerie , de superstition, de fourberie, qui n'eût épuisé la niaiserie des bons habitans de Paris, même au sein des lumières. Les charlatans politiques étoient ensuite yenus, et, peu contens de la confiance des sots, ils l'avoient commandée d'une manière terrible aux gens d'esprit. Il semble que ce devoit être là le non plus ultrà de la badauderie; et voilà qu'un Tome V.

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docteur arrive d'Allemagne pour nous mystifier encore, et nous renverser la tête avec son jargon sur les crânes:

N'avons-nous donc pas assez souffert de la fausse application de la métaphysique et de la géométrie à la politique et à la morale ? Ne devions-nous pas être suffisamment prémunis par ļotre expérience contre ces abus du raisonnement, contre ces alliances bizarres de sciences qui se repoussent et se nuisent ? Et cependant un élranger vient encore de Berlin nous narguer et nous consulter, en mêlant la métaphysique et la morale à l'anatomie, en faisant d'une science spirituelle, et d'une science purement physique et matérielle , une mixtion détestable et nuisible!

Distinguons donc dans ce docteur l'anatomiste d'avec le métaphysicien et le moraliste ; laissons juger à nos médecins l'anatomiste : c'est à eux à décider si l'Allemand a découvert dans le cerveau humain ce que Portal et autres n'y avoient pas encore vu. Ja serois affligé, je l'avoue, pour l'honneur de la classe des sciences physiques, qu'un étranger se trouvât plus habile anatomiste que tous nos docteurs, et fût venu leur faire la leçon (1).

(1) Ce qui doit rassurer le critique à cet égard , c'est le sileuco même des savans, soit français , soit étrangers, qui auroient proclamé, depuis long-temps, les découvertes du docteur, s'il en avoit fait dans le cerveau ; mais si ce docteur n'éclipse pas nos anatomisles par ses connoissances, on doit convenir avec un do ses critiques (M. H.) qui les surpasse en habileté, qu'il a de l'esprit par-dessus la tête, vt qu'il en a donné des preuves non-équivoques « en mettant dans son système assez de science pour occuper » les gens instruits , assez d'audace pour plaire aux esprits forts, » et assez de sottises, pour que la multitude crut y voir.du mer» veilleux , et fùt eochantée d'y entendre quelque chose. »

Au surplus, on peut reconnoître ou contester les connoissances mé. dicales du docteur, sans que cola tire a conséquence pour l'art qu'il

Quant au moraliste et au inétaphysicien du crâne, c'est la risée publique qui doit en faire justice : cela nous regarde tous. Puisque les savans ne veulent ou n'osent pas élever la voix contre une absurdité qui avilit et déshonore la science, le devoir de tous. les gens sensés est de se lever en masse pour protester contre une mystification horteuse , indigne d'un siècle éclairé, indigne de la capitale de l'univers : ne souffrons pas qu'un homme dont le cerveau ne paroit pas bien sain (1), quoi qu'on en dise, triomphe des meilleurs têtes de Paris, attache à son char les premières classes de la société et sa portion la plus aimable , et s'en aille étaler chez les étrangers les trophées remportés sur la crédulité et sur la sottise des Français ! G.

X X X VIII.

Réflexions sur le matérialisme à l'occasion de la

cránologie.

At milieu des merveilles mystérieuses dont l'auteur de la nature s'est plu à nous environner, et dont il nous découvre cependant assez pour exerce : on sait en effet, qu'il se donne pour le médecin des esprits et non des corps ; qu'il n'est pas professeur d'anatomie, inais de crânologie ; qu'il n'a jamais songé à faire de révolution dans les sciences physiques, mais dans les sciences morales ; et qu'en un mot, ce n'est ni Portal ni Pinel qui ont à craindre de recevoir la leçon de ce docteur, mais Nicole et Pascal, qui ne seront bientôt plus que de petits, écoliers auprès du nouveau moraliste ; car il est bien évident qne les anciens traités de morale doivent fair place à une méthode par le secours de laquello l'étude la plus longue et la plus difficile , celle de soi-même et des autres, devient tout-d-coup la plus courie et la plus aisée.

(1) Ce seroit bien pis pour le docteur si l'on regardoit sa does trine , bon cosme une rêverie, thais con me tine spéculation , nous faire admirer sa sagesse et sa puissance, il n'est point sans doute pour nous de mystère plus impénétrable et plus merveilleux que nous-mêmes. La substance matérielle qui compose notre corps, et l'être spirituel que nous appelons notre ame, sont pour nous, dans leur essence, aussi incompréhensibles l'un que l'autre ; et cette union intime qui existe entre leurs deux natures l'est encore davantage. Plus il nous est démontré, par l'effet des

opérations de l'ame, qu'elle n'est point la même ; chose que notre corps, plus cette ame elle-mème,

qui ne peut se concevoir, s'étonne de sa liaison, de ses rapports intimes et continuels avec une subsstance dont la nature et les propriétés semblent si incompatibles avec les siennes. Par une corruption naturelle qui a été remarquée long-temps avant que l'on pût l'expliquer, et que la révélation seule à dévoilée, une vaine curiosité et de honteuses passions poussant sans cesse cette créature spirituelle et intelligente vers une recherche ambitieuse de ce qu'il ne lui a pas été donné de comprendre, il en résulte que, plus sa propre nature est impénétrable à ses yeux, plus elle fait d'efforts pour la connoître, plus elle abuse du véritable but de ses facultés (qui lui ont été accordées , non pour deviner ce qu'elle est, mais pour faire un noble usage de son être), jusqu'à ce que, parvenue au dernier degré d'avilissement dans cette inutile et folle occupation, elle finisse par chercher dans la matière seule, qu'elle croit mieux comprendre, l'explication d'un mystère qui confond sa foiblesse et révolte son orgueil.

Il est possible que M. Gall et ses disciples appellent ces réflexions des capucinades ; nous savons que ce mot est maintenant fort à la mode parmi

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