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à cette parenthèse, ( science d'ailleurs infiniment respectable ); elle est d'un homme infiniment poli avec la géométrie, et qui ne veut pas se compromettre avec les géomètres.

S'il faut en croire lArt de plaire dans la société, il y a dans toutes les sociétés, sans exception, trois hommes , «dont un seul domine, un seul fait rire, » un seul est le plastron de toutes les railleries. Le » premier révolte, le second peut fatiguer , le troi» sième ne rend ridicules que les autres : lequel » choisiroit-on ? » On voit bien que l'auteur choisiroit d'être le plastron de toutes les railleries, et qu'il aimeroit mieux être plaisanté que de plaisanter. Ce n'est pas qu'il ne permette quelquefois · la plaisanterie; mais il est difficile, et il la veut excellente : il ne trouve pas bon, par exemple, qu’on plaisante sur la lune ; il n'approuve pas davantage le compliment d'un homme qui, allant chez un fermier acheter des porcs , le trouva sur sa porte avec sa fille, qui étoit très-jolie, et les saluant tous denx, dit au père : « En vérité, si vos » cochons ressemblent à votre fille, ce doivent être » de superbes cochons. » Il est certain que cela n'est pas de trop bonne compagnie.

Un des chapitres les plus importans de l'ouvrage, c'est celui où l'auteur donne des méthodes pour se défaire des importuns et des ennuyeux qui trop souvent vont obséder les gens de bonne compagnie; il veut qu'on employe d'abord les voies civiles, sans leur laisser apercevoir le moins du monde qu'on est las d'eux. « Ainsi, dit-il, on peut s'excuser aujour» d'hui sur des affaires pressantes qui nous appel» lent; demain, sur une partie de jeu et de prome

» nade ; un autre jour, sur une incommodité qui · » nous tourmente, et dont la nature exige que

s nous soyons seuls. » Certainement Géronte avoit lu ce morceau, lorsqu'il se tire si adroitement d'affaire dans une circonstance embarrassante :

Je n'y pnis résister davantage ;
Ha ! ha! madame, il faut que je vous dise adieu;
Certain devoir pressant m'appelle en certain lieu.

Quoi qu'il en soit, l'auteur affirme «qu'ainsi d'in» ventions en inventions toutes simples et naturelles, » cette espèce toujours pullulante disparoîtra in» sensiblement. » Il avoue cependant que quelquefois il faut prendre des moyens qui se fassent mieux sentir , sans quoi ces gens-là vous feroient faire du mauvais sang, et il prévient qu'il va en user ainsi envers un petit-maître qui l'excède. « Je ne crois » pas, dit-il, qu'il existe sous le ciel un insecte » bourdonnant aussi cruellement importun ; j'ai » eu jusqu'ici pour lui je ne sais quels sots ména» gemens ; mais j'en suis las, et, à quelque prix » que ce soit, je veux m'en débarrasser. » J'ai cru devoir copier ce morceau, afin que l'insecte bourdonnant qui, sans doute, ne lit pas lArt de plaire, parce qu'il croit le posséder assez, mais qui peutêlre lit la gazelle, se tienne pour averti.

Si l'on veut imiter le style de l'homme de bonne compagnie, quand on parlera d'une femme qui a de l'embonpoint, on dira la graisse de cette femme. On n'aura point la sotte complaisance de louer des, marauds ; car toutes ces expressions sont de fort bonne compagnie, et quand on louera des gens qui ne sont pas des marauds, il faudra bien prendre garde à ce qu'on dit. L'auteur en effet , trouve très-mauvais ce vers de Boileau :

Grand roi, cesse de vaiocre, ou je cesse d'écrire. « Quand on voit , ditH, Louis XIV, surnommé » le Graud , laisser complaisamment. Boileau se py mettre sur la même ligne que lui, dans ce Vers »), si ridicule et si connu, on ne sait vraiment si » l'on doit s'étonner le plus, ou de l'excessive » bonté de ce prince pour lui-même ou pour les » louangeurs, ou de la haute impertinence de ce » fils de greffier qui cessera d'écrire si Louis XIV » cesse de vaincre, » C'est certainement une des réflexions les plus curieuses que j'aie guère vues.

On conviendra qu'une des choses les plus difficiles dans le monde, c'est d'apprécier le juste prix des hommes ; mais, dit judicieusement l'homme de bonne compagnie, « la manière dont s'y prit » un jour Mahomet II, pour évaluer le mérite » d'un soldat et le récompenser des grand services >> qu'il en avoit reçus, peut servir de règle à cet » égard. Il fit mettre ce soldat dans le bassin d'une » balance, et dans l'autre autant d'or qu'il en » pesoil ; puis il lui donna cette somme.» Je crois cette règle fort bonne pour apprécier les gens, et je suis persuadé que l'auteur de cet ouvrage est fort lourd.

A.

X X X VII.

Du Docteur Gall et de sa doctrine.

J'AUROis une belle occasion (1) de dire aussi un petit mot sur le grand docteur du jour; mais: on en a tant dit, on a dit de si jolie choses, on a

(1) En parlant de M. Téta , ou la Crảnomanie , pelile pièce donnée au théâtre de l'Impératrice.

fait de si beaux raisonnemens ! Je trouve qu'on a beaucoup trop dit et trop fait (1); on ne peut pas jouer de plus mauvais tour à ceux qui prétendent à la vogue, que de ne point parler d'eux : c'est toujours leur rendre service que de les rendre ridicules....

Un docteur grec, qui ne tâtoit point les crânes, • mais qui inspectoit les physionomies, ayant un

jour considéré attentivement la figure de Socrate, décida , d'après l'ensemble de ses traits, qu'il devroit être impudent, ivrogne et débauché. Il ne falloit pas être grand physionomiste pour porter un pareil pronostic; car Socrate avoit l'air d'un satire. On assure que Socrate avoua lui-même que le docteur avoit deviné juste : qu'il étoit réellement enclin à ces vices, mais qu'il avoit corrigé ce penchant par l'étude de la philosophie. Jamais homme, en effet, ne fut plus tempérant, plus sage, plus modeste que Socrate.

De tout temps on a vu des jongleurs qui se piquoient de connoître les caractères et les inclinations par l'inspection du visage et de quelques parties du corps : je crois qu'aucun ne s'étoit encore avisé de choisir le crâne pour base de sa doctrine. Les diseurs de bonne aventure me paroissent bien préférables aux métoscopes (2), aux crânologues : les premiers se vantent de vous apprendre ce que vous ne savez pas ; les seconds ne peuvent vous apprendre que ce que vous savez beaucoup mieux qu'eux. Je ne suis point surpris

(1) Voyez ci-après, page 303 , un note relative à la crânologie ; nous l'avons placée, à cause de sa longueur , à la fin de cette deuxième partie.

(2) Inspecteurs du front. .

qu'une femme se fasse tirer les cartes : l'imagination s'élance naturellement dans l'avenir ; mais je ne concois pas qu'une femme se fasse tâter le crâne, pour savoir si elle est sensuelle, spirituelle, infidelle, volage , etc. car tous les charlatans de l'univers ne sauroit jamais cela aussi bien qu'elle.

Horace parle de deux enfans, dont l'un avoit soin de cacher et d'enfouir les objets de ses amusemens puérils ; l'autre, au contraire, les jeloit cà et là, et les donnoit au premier venu : le père, sans avoir besoin de tâter leurs crânes, jugea trèsbien que l'un seroit avare, et l'autre dissipateur. L'histoire nous parle d'un autre enfant, qui prenoit plaisir à crever les yeux des oiseaux avec une aiguille : il fut dénoncé à l'aréopage, qui le condamna à mort : sentence, beaucoup trop sévère pour un tribunal aussi sage. Cet instinct de la cruauté pouvoit être étouffé par une bonne éducation. Presque tous les enfans, n'ayant point encore le sentiment développé, sont cruels envers les animaux, et même les uns à l'égard des autres : cet áge est sans pitié, a dit La Fontaine. En général, ce sont les actions des enfans et celles des hommes, qui décèlent leur caractère ; on ne le connoît point à leurs discours, et bien moins encore à leur crânes. Cette inspection est donc un moyen illusoire, chimérique ; et toạtes ces prétendues bosses des vertus et des vices ne sont faites que pour ceux qui veulent bien donner dans la bosse.

J'entends dire qu'une infinité de gens y ont donné : l'axiome du roi Salomon se confirme tous les jours : stultorum infinitus est numerus, le nombre de sots est infini. Ce n'est pas au docteur allemand qu'il faut s'en prendre; il entend son

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