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tiendra lieu à cette portion si nombreuse d'individus qui n'a ni le temps de cultiver, sa raison, ni les moyens de recevoir une éducation solide.

Aussi le déréglement de mours , l'oubli de toute décence, tous les désordres qui peuvent naitre d'une espèce d'émancipation générale, et d'une licence absolue, n'ont-ils jamais été portés plus loin qu'aujourd'hui, parmi les filles du peuple. Non-seulement elles ne sont plus conlenues par le frein d'une morale fixe, mais elle ont encore secoué le joug de l'autorité paternelle et des préjugés qui, autrefois en imposoient à leur sexe. Il s'est répandu dans la génération actuelle, je ne sais quelle idée, qui porte la jeunesse à croire qu'elle est beaucoup plus éclairée, plus habile et plus sûre de son fait qu'on ne l'étoit anciennement. De là, cette licence, cette insubordination, ce mépris ,,' et cette espèce d'aversion qu'elle montre pour les conseils et les leçons qui lui viennent de la part de ceux que la nature, leur âge, ou leur expérience semblent lui donner pour supérieurs et pour guides : elle ne voit , en eux, que des radoteurs importuns, des pédans ridicules, entêlés de leurs vieilles routines , et qu'elle plaint de n'être pas nés dans un lemps où la raison est si précoce et où la jeunesse se gouverne toute seule, comme par inspiration et par enchan tement.

Il faut avouer cependant que, chez un grand nombre de filles , les effets de celle raison précoce et de ces inspirations, deviennent tout-à-fait inquiétans. Parmi celles dont nous parlons ici, la licence des moeurs est à son comble. Dans les provinces, comme dans la capitale, les tribunaux relentissent fréquemment du récit de leurs vices.

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Ces crimes , autrefois rares et presque inconnus à leur sexe, sont devenus communs. Le goût de la dissipation et des divertissemens dangereux s'est emparé d'elles å un tel point, que, ni l'autorité des parens, ni la considération des suites qu'il entraine, n'y peuvent mettre obstacle. Le luxe est un autre fléau qui, parmi les filles de la classe commune, ravage le peu de moeurs qui échappe aux autres périls : ce n'est plus, chez elles, un simple goût, un penchant ordinaire ; c'est un besoin impérieux, une fureur à laquelle tout est sacrifié. Il y en a bien peu qui ne puissent dire comme Bias : Je porte tout avec moi.

Parmi les filles de la bonne bourgeoisie , comme parmi celles du menu peuple, on remarque un esprit d'émancipation qui tend visiblement à les affranchir de toute autorité. Quand il ne résulte pas de cette espèce de révolte, de cette liberté conquise, pour ainsi dire à force ouverte, une inconduite prononcée et des désordres très-graves, il en résulte souvent, du moins, des mariages qui font le scandale du public et le désespoir des familles. . .

Chaque leoteur ajoute, de lui-même, à ce tableau , des traits particuliers qui lui sont connus; et comme nous, il ne voit de remède à ce débordement de la licence que dans les institutions 'qui peuvent tendre à raffermir l'autorité paternelle et dans le retour du peuple (1), vers cette même morale et cette même religion qu'il a prise en dégoût, sans faire attention qu'il n'avoit pas d'autres moyens d'éducation à offrir à ses enfans, et particulièrement à ses filles. B...e.“

(1) Du pèuple , et par conséquent de ceux qui sont au-dessus du peuple , et dont les exemples deviennent la règle vivante , ou plutôt l'unique règle du peuple.

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Sur *un Livre intitulé : L'Homme de bonne

compagnie , ou l'Art de plaire dans la société ; ouvrage utile aux jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, et convenable aussi aux pères et aux mères; par l'auteur du Manuel de la bonne compagnie.

Voila un auteur qui s'occupe beaucoup de la bonne compagnie : tantôt il en compose le Manuel, tantôt il forme l'homme qui doit y plaire; il donne pour y réussir, des avis aux jeunes gens de l'un et l'autre sexe , et même aux pères et aux mères qui ne sont pas assez formés, et qui ne connoissent pas encore toutes les délicatesses du bon ton et du beau monde. Je l'avouerai cependant, tant d'ouvrages sur ce seul objet , qnelqu'important qu'il soit, loin de m'inspirer de la confiance, forment au contraire, dans mon esprit, un préjugé assez défavorable contre l'auteur. Voici en effet un petit dilemme que je lui propose, et dont je ne vois pas trop la solution : Si le Manuel de la bonne compagnie est un bon livre, s'il remplit son but, ne doitil pas former l'homme de bonne compagnie , ne doit-il pas enseigner l'art de plaire dans la société, et rendre par conséquent inutile un second ouvrage sur le même objet ? car, enfin, les préceptes généraux, les seuls qu'on puisse donner sur ce grand art, ne sont pas inépuisables, et peuvent très-bien être renfermés dans un volume. Si, au contraire

le Manuel de la bonne compagnie est un mauvais ouvrage, n'est-ce pas une forte présomption que l'Homme de bonne compagnie ne vaut pas mieux?

Mais du moins, dira-t-on, cette surabondance de préceptes sur un sujet assez borné n’annonce t-elle pas une grande fécondité d'observations et d'idées ? L'auteur du Manuel et de l'Homme de bonne compagnie auroit peut-être joui de cette apparence de mérite, si d'incommodes critiques, gens qui n'ont point l'art de plaire aux auteurs, et qui doivent être regardés par eux comme de très-manvaise compagnie, n'avoient été, en furetant partout, découvrir un vieil ouvrage de l'abbé de Bellegarde , intitulé : Réflexions sur ce qui peut plaire ou déplaire dans le monde. Cet ouvrage, très-médiocre lorsqu'il sortit des mains de l'abbé de Bellegarde, est devenu bien mauvais depuis qu'il a été copié et retouché en quelques endroits par l'auteur du Manuel de la bonne compagnie, et qu'il a reparu sous le titre de lFIomme de bonne compagnie. Il en est résulté, en effet, le plus ennuyeux et le plus ridicule code de politesse qu'il soit possible d'imaginer, et dans lequel, à des conseils minutieux, à des observations plus minutieuses encore, se trouve réunie l'étrange bigarrure que doit produire le mélange des préceptes anciens et nouveaux, de critiques nouvelles et anciennes, de portraits antiques et modernes, et la différence qu'a dû amener dans : les moeurs, dans les usages, dans le ton , dans les qualités et les défauts des gens du monde, un siècle enlier, et un siècle tel que celui qui vient de s'écouler.

Veut-on voir un exemple de cette bigarrure ? L'abbé de Bellegarde s'élève contre les parleurs insupportables qui étourdissent toujours la société de

leur vain babil. Le nouvel auteur a voulu ajouter une phrase de sa façon, et, sortant du sujet sans s'en apercevoir, il ajoute : « Si vous leur disputez » la moindre chose, ils se défendent avec autant . » de chaleur et plus de bruit qu'un club de jaco» bins les plus déterminés. » Puis continuant, sans autre transition, le texte de l'abbé de Bellegarde: « C'est principalement le défaut des dames, que » nons prions de ne pas nous en vouloir, si nous » prenons la liberté de remarquer celui-ci : elles » parlent toutes à-la-fois, et ne veulent point du » tout s'écouter l'une l'autre. C'est toujours celle » qui fait le plus de bruit qui l'emporte sur ses con» currentes. Qu'elles nous pardonnent cette très» courte digression en faveur de la pureté de nos » intentions. » On connoit bien le bon abbé de Bellegarde à toutes ces précautions oratoirés, à la pureté de ces intentions, et même à cette observation qu'il ne seroit ni du bon ton ni de la vérité de faire aujourd'hui aux femmes (1). Mais est-il possible de faire une addition plus mal-adroite que celle de la phrase des jacobins, et de les accoler aussi poliment aux femmes ?

C'est aussi sûrement l'abbé de Bellegarde qui recommande aux gens qui veulent plaire dans la bonne compagnie, de ne point réciter des chants entiers de Stace, de Lucain et de Lucrèce : ce seroit une recommandation bien inutile aujourd'hui. Mais ce pourroit bien être le nouvel auteur qui conseille de ne pas parler de triangles, de carrés et de tout l'attirail de la géométrie. Je le soupçonnerois sur-tout

(1) Elle étoit bonne tout au plus lorsque Corneille disoit :

Monsieur , lorsqu'une femme a le don de se taire,
Elle a des qualités au-dessus du vulgaire.

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