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s de l'école cuses, en ins les

cette condamnation les Mystères d'Udolphe, les Pénitens noirs, les Tours ténébreuses, en un mot, tous les romans sortis de l'école anglaise. Que nos voisins admirent à leur gré mesdames Rackdiffo Annah Moore, Regina Roche, Burney, Barbaud, etc. Toutes ensemble ne seroient pas la monnoie de madame de Sévigné.

Il est assez singulier que la littérature anglaiso soit, pour ainsi dire, tombée en quenouille. Ce sont les femmes qui composent à Londres les odes, les tragédies et même les poèmes épiques : ce sont elles qui publient chaque jour de nouveaux traités d'éducation. Nous nous sommes empressés de traduire ceux de miss Maria Edgewort, de madame Hamilton, et de miss Charlotte Smith. En voyant avec quel zèle tant de femmes distinguées veulent bien entreprendre de former les hommes si mal élevés jusqu'ici, je crois voir Minerve qui se cache sous la figure de Mentor pour instruire Télémaque,

Ainsi le sceptre de la littérature est de l'autre côté de la mer entre les mains des femmes ; mais leur empire n'est pas tellement affermi que des insurgens ne cherchent à l'ébranler. Quelques partisans des anciennes moeurs affectent de répéter que les occupations littéraires leur font négliger les devoirs domestiques, que celle qui écrit le mieux sur l'éducation ne peut guère vaquer à l'éducation de ses enfans, et que la véritable gloire d'une femme est de vivre ignorée : c'est ce que M. Maty a voulu faire entendre dans des vers que nous allons tras duire sans en adopter les idées.

LE SECRET DE FAMILLE,
Tendre Héloïse, avec toi je soupire ;
Georgina (1) plait à mon oil enchanté,
(1) La belle ducbesse Devonshire.

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Et pous, Burney, je consens à relire
Votre roman, que le goût a dicté,
Le sentiment, l'esprit et la beauté,
Dans une femme ont droit à mon hommage 3
Mais' rarement l'un ou l'autre est cite,
Quand la vertu seule en règle l'usage.
Où l'éclair brille, il existe un nuage.
Moins de brillant, plus de solidité ;

Tel est le mieux, et tel est ton partage,
· Toi qu’on estime et qu'on nc cite pas..

Un doux regard, doux parler, doux sourire
Et la pudeur, le premier des appas ,
Et le secret de causer sans médire ,
Et le talent d'obliger sans le dire,
Et l'art de plaire et de n'y penser pas ;
Ame sensible, esprit droit, raison sûre,
Voilà les dons que te fit la nature ;
Et, tels qu'ils sont, elle fit encor plus
En te laissant ignorer tes vertus.
Heureux l'enfant qui t'appelle sa mère !
Heureux l'époux qui possède ton cœur;
Qui près de toi s'applaudit d'être père,
Et chaque jour goûte mieux son bonheur !

A ce portrait où la vérité brille,
Qui te connoît ajoutera ton nom;
A mes lecteurs dois-je le dire ? Non;
Il faut garder le secret de famille.

DE B...

XXXIV..

Sur les avis d'une mère à sa fille, par madame

.. . de LAMBERT. ,

CEUX qui , n'ayant jamais lu cet ouvrage, voudront en juger par le titre, ceux-là, dis-je , se

tromperont bien ; ils croiront que c'est un livre de morale ou d'éducation, bon tout au plus à être lu par les filles qui aiment la morale, ou par les mères qui s'occupent de l'éducation de leurs enfaos; et c'est au contraire un livre plein d'esprit, de goût et de sentiment. Pour le faire lire , il falloit peut-être en abréger le titre, et se borner à celuici : Réflexions nouvelles sur les femmes ; toujours nouvelles assurément , car on n'a pas dit autre chose dans les ouvrages les plus nouveaux. On pourroit dire aussi que c'est un extrait de tout ce qui a jamais été dit et écrit de plus solide et de plus fin, de plus profond et de plus naturel, de plus vrai et de plus ingénieux sur les femmes. Mad. de Lambert cite Plutarque, Tacite , Anne de Bretagne, etc.; si elle ne cite pas nos derniers auteurs, ce n'est pas que son ouvrage ne contienne encore la substance des leurs, c'est qu'elle est morte depuis près d'un siècle, et qu'elle n'en avoit jamais entendu parler. D'ailleurs, ils ont dit en plusieurs pages , ce qu'elle a dit en quelques mots : ils ont fait des livres ; elle recueilloit quelques vérités pour son usage et celui de sa fille. Voilà , je pense, entre elle et eux des différences assez remarquables pour n’accuser personne de plagiat.

Si Mad. de Lambert avoit écrit un siècle plus tard, elle auroit fait comme les autres, et nous aurions , au lieu d'un petit in-douze, plusieurs volumes in-octavo ; mais sur-tout elle auroit changé quelque chose à ses réflexions. Par exemple, elle ne diroit plus qu'on ne s'occupe pas assez de l'éducation des femmes : il est certain qu'aujourd'hui (1)

(1) Cet article est antérieur de plusieurs années au pensionnat de Mlle L., dont il est parlé dans les articlesprécédens.

encore il se trouve un peu moins de femmes qui apprennent le latin, et un peu plus d'hommes qui 'apprenuent à monter à cheyal ; mais dans les parties essentielles , telles que la danse, la musique, le dessin , etc. rien ne ressemble plus à l'éducation d'une femme, que celle d'un homme ; et réciproquement, rien n'approche plus de celle d'un homme que celle d'une femme. Mad. de Lambert ne diroit plus : « Si vous avez une imagination vaste, vive » et agissante, et une curiosité que rien ne puisse » arrêter , il vaut mieux occuper ces dispositions » aux sciences que de hasarder qu'elles se tournent » au profit des passions : mais sopgez que les filles » doivent avoir sur les sciences une pudeur pres» .que aussi tendre que sur les vices ; soyez donc » en garde contre le goût du bel esprit, etc.); car on se moqueroit d'elle. Madame, lui diroiton, on voit bien que vous avez cent an: , nous ayons toujours une imagination vaste et vive, et une curiosité que rien ne peut arrêter ; mais nous en redoutons peu les effels ; nous avons, pour calmer les passions, bien autre chose que les sciences; nous avons les spectacles et les romans.

Thomas et Mad. de Lambert ont blâmé Molière d'avoir jeté du ridicule sur les Femmes savantes : ni l’un ni l'autre ne l'ont accusé d'avoir voulu étouffer les lumières et faire rétrograder la nation ; ces cxpressions n'étoient pas créées ; mais Tomas s'apuie sur des raisons qui ne sont pas celles de Mad. de Lambert. « Un auteur espagnol, dit-elle. » assuroit que le Livre de Dom Quichotte avoit » perdu la monarchie d'Espagne , parce que le ri» dicule qu'il a répandu sur la valeur que cette » nation possédoit autrefois dans un degré si émi» pent , en a amoli et énervé le courage. Molière, . » en France , a causé le même désordre par la co» médie des Femmes savantes..... Lorsque les ». femmes se sont vues attaquées sur des amuse» mens innocens, elles ont compris que, honte » pour honte , il falloit choisir celle qui leur ren» doit davantage, et elles se sont livrées au plai» sir, » Jamais un bomme n'oseroit dire ces chosezlà, et je ne puis m'empêcher de croire que Mad: de Lambert, toule femme qu'elle étoit, ne le diroit plus.

. Souvent aussi elle fait des réflexions qui paroitront bonnes dans tous les temps. « Soyez humble, » dit-elle, sans être honteuse; la honte est un or» gueil secret.-- Les défauts comme les odeurs, » n'incommodent point ceux qui les portent.-» Voulez-vous qu'on dise du bieu de vous, ne dites » du mal de personne.-- Que chacun s'examine à » la rigueur, il trouvera qu'il n'a jamais eu de dou» leur, qu'il n'y ait donné lieu par quelque dé» faul, ou par le manque de quelque verlu.-» Un ancien disoit qu'il s'enveloppoit du manteau » de sa vertu : enveloppez-vous de celui de votre » religion.-- Quand nous avons le coeur sain, nous » tirons parti de tout, et tout se tourne en plai» sir, Nous approchons des plaisirs avec un goût » de malade ; souvent nous croyons être délicats, » et nous ne sommes que dégoûlés.-- Ce seroit un » heureux traité à faire avec l'imagination, que » de lui rendre ses plaisirs , à condition qu'elle ne » nous feroit point ressentir ses peines.-- On dit » que Jupiter , en formant les passions ( et les ver» tus sans doute ), leur donna à chacune sa de» meure ; la podeur fut oubliée , et quand elle so » présenta , on ne savoit point où la placer: on » lui permit de se mêler avec toutes les autres.

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