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sauroient s'effacer par des critiques ; vous blâmez nos exercices, nos prix, nos programmes; hé bion, apprenez que le programme n'a pas tout dit : un bal a suivi la distribution; et là, mères et filles se sont tour-à-tour applaudies, encouragées , succédées. La meilleure danseuse a exécuté une gavotte qui a enlevé tous les suffrages; et mille applaudissemens répétés, vingt couronnes réservées et mises sur sa tête, l'ont bien venigée du silence honteux du programme, et du babil indiscret des journaux. J'ai l'honneur d’être, Messieurs. ' UNE ORPHELINE ,

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. X X X 1 I I. Sur un Livre intitulé : De la Nécessité de l'Ins

truction des Femmes ; par madame GACONDUPOUR, de plusieurs sociétés littéraires , auteur du Traité pratique d'Economie rurale et domestique, et autres ouvrages.

JNE académie avoit proposé pour sujet de prix l'utilité des maisons incombustibles. Un anonyme avertit l'académie qu'elle avoit elle-même remporté le prix, puisque proposer une question semblable, c'étoit la résoudre. La question que madame Gacon présente, est du même genre. Personne, en effet, ne doute qu'il n'y ait une instruction nécessaire pour les feinmes. Personne n'a pensé qu'elles dussent ignorer leurs devoirs de religion et de morale : personne n'a cru qu'il leur fût permis de négliger le soin de leur ménage, qu'elles ne dussent veiller sur leurs enfans, et soigner le bonheur domestique

la

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de leur époux. Mais ce qui sera toujours un objet de dispute, c'est le degré d'instruction qu'il convient de donner aux femmes. Hors la religion et la morale, tout le reste est arbitraire : la fortune, le rang et les dispositions naturelles exigent ou permettent des occupations et des études différentes; un système général et uniforme d'éducation n'est qu’une absurdité...

Madame Gacon reproche avec sévérité aux pères de famille la préférence qu'ils ont donnée aux talens de la danse et de la musique. « Ce n'est pas, ditelle, que je veuille baunir de l'éducation les talens agréables ; mais je voudrois que l'on commencât par les talens utiles ; à moins qu'on ne destinât ses filles à être artistes. Mais si on les destine à être

mères de famille , il faut qu'elles apprennent tout · ce qui est utile pour leur ménage, tout ce qui peut

procurer une vie douce et paisible; il faut surtout
qu'elles conçoivent le desir de faire partager leurs
goûts à leurs époux. » Cette dernière nécessité ne
me parait pas aussi bien établie que les autres : 'un
ménage n'en seroit pas moins heureux , quoique le
mari n'eût pas comme sa femme, le goût des occu-
pations domestiques. Mais ce qui me paroît vraiment
d'un succès infaillible, c'est le plan d'instruction
tracé par madame Gacon : « Je voudrois , ajoute-t-
elle, qu'on fît alternativement lire à une jeune per
sonne Montaigne et la Maison rustique ; Mably et
ľArt d'apprendre à filer les laines, coton , lin, etc.,
Parmentier, pour la culture des pommes de terre;
Fénélon et la Cuisinière économe; Plutarque et
l'Art de la manipulation des pains ; Buffon et
l'Education des bétes à laine ; la Philosophie de
Newton et la Science d'une bonne fermière. »

Ce système d'éducation, extrêmement neuf, est

développé dans un roman ; c'est un usage consacrés et depuis que Lucrèce a conseillé de frotter avec du miel les bords des vases où les enfans doivent boire leur guérison (1), c'est par des romans qu'on est convenu de les instruire. " -- J'ai malheureusement passé l'âge où l'on goûte encore le miel ; et j'avouerai que je n'ai pas lu le nouveau roman que j'annonce. Je n'en conçois pas moins une opinion très-avantageuse de son mérite. J'en ai pour garant la liste des ouvrages que son auteur a déjà pubļiés. Cette liste est imprimée à la tête de son nouveau livre, et l'on nous saura gré de la transcrire ici : L'Homme errant fixé par la raison ; les Dangers de la coquetterie; Georgiana ; Mélicarte et Zirphile; Voyage de plusieurs émigrés; la Femme grenadier; le Contre-Projet de loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes ; Recueil pratique d'économie rurale ; plusieurs mémoires insérés dans ceux de la Société d'agriculture. (2)

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- (1) Vers de Lucrèce.

(2) La liste des ouvrages de madame G. s'est considérablement grossie depuis cet extrait; et les critiques en admirant cetle fécondité, n'ont pas donné moins d'éloges « aux secrets admirables '» par lesquels madame G. fait du vin sans raisin, des confitures >> sans sucre, des livres sans jugement, sans esprit, sans style, o sans raison; o de tout cela, et après avoir prouvé tout cela, l'un de ces critiques, M. A., a tiré la conclusion suivante : « Si » madame G. veut absolument travailler pour nous, elle doit , , se contenter de nous donner ces petites recettes économ:ques » qu'elle nous indique de temps en temps pour faire des confitures » et des liqueurs, car, drogues pour drogues, j'aime encore 3 mieux ses rata fia que ses livres. »

Tel est le goût de M. A. : il étoit bien le maitre de l'avoir et de le manifester d'une manière polie; mais madame G. se plaignit p.dans une belle Epitre de 17 pages in-8°. , qu'elle lui fit l'honneut . de lui adresser), qu'il avoit été trop dour, et qu'il auroit mieux fait de la traiter conime la belle Hypacie, c'est-à-dire, la

Horace disoit qu'en littérature,

Faire bien, est beaucoup : faire beaucoup n'est rien. Mais il faut avouer que faire beaucoup et bien, est le comble du talent. C'est un avantage qui paroît exclusivement appartenir à nos dames auteurs. Il en est parmi elles de qui les ouvrages forment seuls une bibliothèque. Vollaire, en parlant des dames qui ont écrit dans le siècle de Louis XIV, regardoit leur nombre comme une grande preuve du progrès de l'esprit humain. Il faut alors convenir que ces progrès sont aujourd'hui plus considérables encore; et nous pouvons appliquer à notre siècle la prédiction de l'Arioste : :

Le donne son venute in excellenza,
* Di chascun' arte ove hanno posto cura, etc.

Chant XX.
Et quel est l'art cultivé par les belles,

Où le succès n'ait couronné leurs soins. pouiller de tous ses vêtemens, et la tuer à coups de pots cassés « Tel fut, en effet, (dit M. A., dans sa réponse à madame G.), » le sort de cette femme célèbre, professeur de mathématiques à » Alexandrie, comme nous l'apprend madame G., qui a trouvé à cette histoire tragique dans Hesychius, dans Photius et dans » Philostorge; car elle m'accable avec son latin, son français et » son érudition, et puis elle me touche par sa sensibilité : Mes » yeux sont gonflés de larmes, s'écrie-t-elle. Je n'en suis point s étonné : 1. Loin de blâmer ces pleurs , je suis près de pleurer; » car je n'aime pas plus qu'un autre, qu'on tue à coups de pots a cassés les belles personnes et même celles qui ne le sont pas.

o Mais si je ne l'ai pas traitée comme Hypacie, madame G. » prétend que j'ai voulu la traiter comme Socrate, et lui faire a boire la cigüe. Ah ! non Madame, je ne voudrois pas même » vous condamner à boire vos ratafia. Vous m'accusez d'avoir a adopté le rôle infâme d'Anitus, et vous le prouvez en disant i qu'Anitus commence par un A, la preuvo est bonde et le rap» prochement est joli, etc., etc. ),

La gloire est femme, et j'en ai pour témoins
Des anciens temps les chroniques fidelles.
Bien est-il vrai, depuis un siècle ou deux,
Qu'on a cité peu de femmes célèbres.
Eb quoi ! le ciel n'a-t-il pas ses ténèbres !
Et puis, l'envié au teint pâle, à l'ail creux,
A pu couvrir de son voile funèbre
Plus d'un grand nom qui dût être fameux.

Mais dans ce siècle à jamais mémorable,
Que de talens ou formés ou naissans,
Et quel mérite ornent le sexe aimable !
Oui, je le jure , il aura mon encens.
De ses vertus je tracerai l'histoire :
Vous la lirez, infâmes médisans ;
Et je vous yeux submerger dans sa gloire.
Belles, vos noms par la main d'Apollon
Seroot grayés au temple de Mémoire :
Et de Marphise éclipseront le nom.

(Traduction inédite de lARIOSTE. ) Par quelle fatalité Voltaire, après avoir lui-même loué les écrits des femmes, dit- il ensuite, en parlant du genre de composition auquel elles se sont le plus adonnées : « Au reste, on est bien éloigné de vouloir donner ici quelque prix à tous ces romans, dont la France a été et est inondée. Ils ont presque tous été, excepté Zaïde, des productions d'esprits foibles qui écrivent avec facilité des choses indignes d'être lues par les esprits solides. Elles sont mêmé, pour la plupart, dénuées d’imagination , et il y en a plus dans quatre pages de l'Arioste que dans tous ces insipides écrits qui gâtent le goût des jeunes gens. »

Il est évident que cet anathème de Voltaire ne s'étend point jusqu'aux romans publiés par les dames qui vivent encore : ceux-là sont égaux ou supérieurs à Zaïde. Mais je n'excepterai point de

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