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et qui, au lieu d'apprendre la différence du mètre à l'aune de Paris, s'appliquent à dessiner un buste antique, ou à étudier toutes les règles de la prosopopée. Aussi quelles sont les suites de cet aveuglement funeste ? Lorsqu'elles rentrent dans la maison paternelle, la vanité des élèves souffre plus encore que l'orgueil des parens n'est flatté. Les goûts peut-être un peu trop simples d'une mère qui passe ses jours dans un comptoir ; son langage qui n'est pas toujours conforme aux règles de la syntaxe ; enfin, ses habitudes un peu trop bourgeoises, blessent d'une étrange manière une fille élevée dans le dernier genre. Il y a peu de temps encore que dans un grand diné; , j'en entendis une reprendre sa mère qui mettoit un singulier à la place d'un pluriel, et lui dire très-haut:... Mais tais-toi donc, on parle mieux que cela ; ... en vérité, tu me fais rougir. .... Car an des principes de la nouvelle éducation est aussi de tutoyer ses parens.

Qu'elles sont à plaindre ces jeunes victimes de l'orgueil et de la vanité ! Etrangères par des goûts nouveaux à la maison où elles ont reçu le jour, elles voient avec douleur le luxe et l'éclat de leurs anciennes compagnes, et finissent par s'exposer à leur mépris, si elles osent rappeler qu'elles ont eu l'honneur d'étudier avec elles, Combien de parens se sont ruinés pour satisfaire la folle ambition de leurs filles ; combien de maris se sont précipités dans l'abîme pour obéir aux caprices de femmes à qui on avoit appris qu'elles ne parviendroient à la considération que par la célébrité ! Qu'on jette un coup-d'oeil sur l'intérieur des familles , on apercevra par-tout, même dans les maisons les plus opulentes, de la gêne, de

l'embarras , du désordre. C'est que l'économie dó-, mestique, les soins de la maison appartiennent aux femmes, et que par malheur elles préfèrent à ces détails, trop ennuyeux quand on sait la rhétorique, les bals, les spectacles, les cercles, les concerts et les athénées.

Je pourrois ici m'appuyer sur des considérations bien plus graves ; je pourrois démontrer jusqu'à l'évidence , que le relâchement général des mæurs, qne le mépris de la foi conjugale , l'oubli des devoirs les plus saints, proviennent, en grande partie, de la mauvaise éducation des femmes. Quel bien peuton attendre en effet d'institutions où de jeunes filles, au lieu d'apprendre à être douces, modestes et sous mises, s'enivrent de toutes les fumées de la vanité, paroissent sur un théâtre, et viennent recevoir des couronnes aux applaudissemens d'une foule d'oisifs el de parens aveugles ? Comment ne proscrit-on pas dans les maisons de femmes toute espèce de représentations théâtrales ? De pareils jeux peuvent convenir à des jeunes gens qui sont appelés à parler en public, ou sortent des Lycées pour entrer dans des régimens; mais le simple bon sens ne dit-il pas que la jeune fille la plus applaudie sur un théâ. tre , est toujours la moins modeste ; que pour y briller, il faut qu'elle renonce d'abord à la timidité, qui est la compagne inséparable de la pudeur, er de charme le plus doux de l'innocence ? Oh, combien elle est plus intéressante cette jeune fille, qui d'une voix émue, récite, le jour de la fête de son père, un petit compliment que son trouble lui permet à peine d'articuler ! Ce tremblement, dont elle ne peut se défendre, n'est-il pas un spectacle bien plus dqux que celui d'une troupe d'écolières qui dissertent avec assurance sur l'histoire des Grecs et

des Romains ? Mais en voilà trop sans doute sur ce sujet. Tous les hommes de bons sens sont convaincus, et ce seroit une peine fort inutile que de vouloir persuader les esprits faux. . E... e

X X XI I.

Réplique d'une jeune Orpheline contre l'article · précédent, adressée aux Rédacteurs du Journal

de l'Empire."

POURQUOI donc, Messsieurs', blâmez-vous si amèrement les principes actuels d'éducation du beau sexe ? Peut-être sera-t-il permis à une de celles qui a ressenti les plus heureux effets de cette éducation, de vous adsesser de vives réclamations en faveur des pensionnats de jeunes demoiselles, si justement célèbres à Paris, i A l'abri du nom le plus respectable, celui de Fénélon, on commence par condamner ces instituțions; on les déclare non-seulement inutiles, mais vicieuses. « Les mères, disent ces Aristar« ques, doivent être les seules institutrices de leurs » filles. » Mais celles qui ont le malheur de perdre leurs parens , qui donc prendra soin de leur éducation ? Voilà, j'espère, un argument sans réplique. Eh ! ne faut-il pas, Messieurs, que vous éprouviez un grand besoin de critiquer, puisque, non contens des auteurs sifflés, des livres sans débit, des acteurs sans talent, il faut que vous attaquiez des personnes charitables et généreuses qui, pour le prix modique de 12 et 1800 fr. par tête, font abstraction de toute espèce de calcul, de passion et de plaisirs, pour se livrer tout entières, aux soins qu'exigent l'éducation de trente, quarante et jusqu'à soixante jeunes orphelines..

C'est peu : non contens de sa per les fondemens de l'institution , messieurs los censeurs jaloux osent en condamner tous les détails. Il y a quatre ou cinq. ans qu'ils blâmoient nos institutrices de ne nous apprendre que la musique et la danse ; à présent, ils leur reprochent de nous initier aux sciences et aux belles-lettres, Pourquoi , disent-ils, ne pas se contenter d'enseigner à ces petites filles la cuisine, la couture et le tricot ! On voit bien ici percer le bout de l'oreille. Ces messieurs desireroient n'avoir pour femmes que des ignorantes , qu'ils mèneroient selon leur caprice , à qui ils feroient tout accroire. Ils voudroient fonder leur double empire sur leur force et sur notre bêtise. Alte-là, Messieurs ! les pensionnats modernes mettent des bornes alvotre ambition, à votre tyrannie. Voilà le vrai secret de votre haine :

Inde iræ. Oui, Messieurs, je sais le latin, j'ai tout appris : le grec, en cas que le sort me destine à un savant, que je relèverai en cas d'anachronisme ; les mathématiques, si un géomètre m'est réservé en mariage, et pour le faire marcher en droite ligne ; la législation, en cas d'alliance avec un avocat, et pour lui couper, quand il faudra, la parole : je défie enfin tous les hommes, et les atlends tous pour maris.

Au resle, Messieurs, vous l'avez voulu; ne vous plaiguez pas. Il y a cinq ans, comme je vous l'ai

dit', que toujours chantant'et darisant , nous savions 'à peine lire ; nous ressemblons à nos professeurs, qui , piqués par vos reproches , ont fait leurs cours én même temps que nous, et en savent maintenant un peu plus que leurs écolières.

Des professeurs ! Vous en chercheriez vainement ailleurs de semblables aux nôtres. Ceux de collége sont pédans et lourds. Les nôtres, aimables et les gers, savent unir les fleurs de la rhétorique aux fleurs de la galanterie, et nous instruisent en nous amusant.

Célui-ci, en nous apprenant l'histoire romaine, ne passe jamais au règne de Titus san's faire l'éloge de nos cheveux. Belle Aglaé, disoit-il l'autre jour à mon amie, arrangez toujours votre coiffure comme l'empereur romain ; ayez toujours et votre tournure et sa bonté, tout le monde vous aimera ; vous ferez plus de conquéres qué Titus, et, plus heureuse que lui, vous ne perdrez pas de journée.

Cet autre , à propos de mythologie, voulant figurer le Parnasse, fait prendre à chacune de ses écolières un des attributs des Muses : Agatha saisit sa harpe, Malvina son luth, Cécilia déclame, Rosa danse ; il arme celle dont les traits sont les plus prononcés , d'un couteau de table en forme de poignard ; il donne un masque à la moins jolie : quelle délicatesse ! «Ainsi, Mesdemoiselles, vous verriez » le Parnasse entier , s'écrie-t-il , s'il ne nous man» quoit pas un Apollon. » Et aussitôt, sensibles à sa galanterie pleine de grace, nous le drapons d'un léger schall, nous lui mettons une perruque blonde, et le proclamons Phébus. ( C'est ce qu'on appelle une leçon de mythologie en action.)

Allez, censeurs chagrins, de pareils procédés ne

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