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l'éducation n'est pas au niveau de l'instruction; et cependant on ne peut les séparer. C'est de l'union de ces deux parties que résulte ce qu'on appelle, en général, une bonne éducation. Le gouvernement lutte contre les moeurs sans succès, et les parens détruisent l'ouvrage des magistrats. · Les lois ne peuvent atteindre l'intérieur des familles, espèce de lycées domestiques, où la première, et la plus importante éducation, celle de l'enfance, non-seulement est manquée ; mais ce qui est bien pis, dirigée d'après les plus mauvais principes. C'est là, c'est dans la maison paternelle que les enfans puisent, comme dans une source empoisonnée, tous les vices qui feront dans la suite le malheur de leur vie. Pères et mères, vous voulez que vos enfans soient heureux, soyez donc sévères envers vos enfans ; ne bouleversez pas l'ordre de la nature; ne failes pas vos idoles de vos créatures; que ceux qui doivent vous obéir ne deviennent pas vos maîtres et vos. I y rans. Commencez de bonne heure à les endurcir contre les waux qui les attendent dans la vie ; apprenezdeur à supporter la contrainte et les contrariétés; formez leur caractère ; n'en faites pas de petits despotes asiatiques ; car, en sortant de votre maisou pour entrer dans le vaste champ des peines, des contradictions, leur despotisme les rendra aussi ridicules que malheureux ; l'éducation est le noviciat de la société.

C'est un spectacle révoltant que celui de cette idolâtrie pour des êtres foibles et dépendans de leur nature : on n'est occupé que d'eux; ils sont le centre de tout ce qui les environne; on les rassasie des plaisirs qui ne sont point de leur âge ; ou les mène dormir à la .comédie, et leurs cris

interrompt souvent la pièce. On oublie que des enfans qui ne sont point encore membres de la société, doivent avoir leurs jeux à part; on encense tous leur caprices; on adore leur babil; et ce qu'ils retiennent le mieux de leur première édu. cation, c'est de parler sans savoir ce qu'ils disent. Cependant J. J. Rousseau, l'oracle des mères trop indulgentes, veut qu'on n'ait pas l'air de s'occuper des enfans ; qu'on ne les laisse manquer de rien, et qu'on leur parle peu ; qu'on leur fasse sentir le joug de la nécessité : mais en ce point seul sa doctrine est négligée ; on ne suit ses préceptes que lorsqu'il recommande de leur épargner toute contrainte, et de ne point les fatiguer par l'étude,

Que deviennent ces enfans gâtés, lorsque l'usage commande enfin de les appliquer à quelque chose ? Lorsqu'on est forcé de les mettre dans une maison d'éducation, les parens qui ne s'en éloignent qu'à regret , les rappellent si souvent auprès d'eux, ils contrarient si bien les instructions des maires, que les enfans ne font que réunir les vices de l'éducation publique et cenx de l'éducation particulière, sans tirer aucun profit de l'une ni de l'autre. Du temps de Quintilien , et dans un siècle où l'Empire Romain étoit encore très-florissant, ce culle de l'en fànce, celle paidolátrie, pour suivre ici la mode des étymologies grecques, corrompoit déjà l'éducation, et laissoit entrevoir les premières nuances de la barbarie ; car il ne faut point s’imaginer que la barbarie soit toujours le fruit de l'ignorance et du défaut d'instruction. Les Romains, du temps de saint Augustin, avoient sous les yeux tous les chefs-d'oeuvres des beaux siècles de la Grèce et de l'Ilalie, ils avoient de brillanles écoles,

et ils étoient barbares, parce qu'ils avoient les moeurs corrompues, l'esprit faux, l'ame énervée par le luxe; parce qu'une éducation foible et molle étouffoit tous les talens dans leur germe. Saint Augustin eût été aussi éloquent que Cicéron, s'il eût vécu vers la fin de la république : au troisième siècle, il n'a été qu'un mauvais écrivain et un bel-esprit (1).

Une autre plaie de l'éducation, c'est la multitude des objets qu'on fait passer en revue sous les yeux des jeunes gens, et qu'ils effleurent à peine. C'est la danse, le violon, la musique, le dessin , qui font du temps destiné aux éludes solides, une dissipation continuelle': celle manie des maîtres d'agrément ne rend pas de jeunes gens plus agréables; elle n'en fait que des ignorans. Savoir danser pour un jeune homme, n'est trop souvent qu'une occasion de libertiuage; lui apprendre à jouer du violon, c'est en faire, pour le reste de sa vie, un impitoyable racleur dont l'amusement sera le supplice de ceux qui seront condamnés à l'entendre. La perfection même à laquelle tous ces arts sont arrivés, devroit avertir les parens qu'il faut laisser cette étude à ceux qui veulent en faire leur profession. C'est une folie d'appliquer indistinctement tous les enfans à des arts qu'ils ne pourront jamais

(1) Nous observerons que celte critique ne sauroit tomber que sur le style de St.-Augustin, (ou l'on trouve effectivement le mauvais goût de son siècle), et nullement sur la sublimité de ses pensées qui ont fait l'admiration de tous les siècles. Le cri. tique rend, en effet, le plus bel hommage au génie d'un des plus illustres pères de l'église , puisqu'il le compare au père de l'éloquence latine ; et l'on sent que les épithètes de mauvais écrivain et de bel-esprit, qu'il donne à l'évêque d'Hippone, ne sont que l'expressiond'un goût aussi pur que sévère , et n'ont rien de choa quant dès qu'on fait la distinctiva que nous venons d'établir.

savoir assez bien pour s'amuser eux-mêmes , ou amuser les autres. Dès qu'il faut danser comme Henri et Duport, jouer du violon comme Kreutzer et Rode , dessiner comme David et Regnaud, chanter comme Elleviou et Martin pour avoir et donner quelque plaisir, ce n'est pas la peine de dépenser tant d'argent pour se rendre ridicule : il vaut bien mieux orner son esprit, et former son coeur, que d'exercer ses pieds, ses mains et son gosier.

G.

X X X.

Distribution générale des prix à la maison d'én

ducation dirigée par mademoiselle L***

O n a beaucoup disserté sur l'éducation des filles ; Fénélon a traité ce sujet intéressant dans un ouvrage qu'on-estime beaucoup, et qu'on ne lit guère, sort commun à tous les écrits où il ne règne qu'une morale austère, et où la vérité n'est pas cachée sous les fleurs brillantes de l'imagination. Fénélon avoit la bonhomie de croire que l'émulation , si nécessaire dans l'instruction des hommes, devient fatale quand il s'agit de celle des femmes; il regardoit les mères comme les institutrices naturelles de leurs filles , et l'éducation domestique lui paroissoit la seule convenable à cette précieuse moitié de la société. Mais les progrès de lumières, et les résultats de la civilisation, nous ont fait renoncer à ces vieux préjugés, l'ouvrage du vertueux archévêque de Cambrai est resté dans les bibliothèques, et la capitale s'est couverte d'établissemens fastueux, vulgairement nommés Pensionnats des jeunes demoiselles.

Il n'est presque point de faubourg, de rue, de houlevard, qui n'ait vu s'élever un de ces temples à la danse , la musique, et à tous les arts frivoles. De brillans succès ont couronné ces entreprises. Ilen est sorti, depuis dix ans, une foule de musiciennes et de danseuses qui pourroient le disputer en grace et en vigueur aux plus célèbres virluoses de l'O)péra. Mais ces pensionnats nous ont-ils donné de bonnes épouses, de bonnes mères de familles ? Voilà ce que demandent des censeurs chagrins, partisans de lout ce qui est ancien, et frondeurs de tout ce qui est nouveau. Une cadence perlée, une entrechat exécuté avec grace, une gayotte bien phrasée, ne sont pas, disent-ils, une dot bien précieuse pour un mari. La complaisance, la douceur , l'économie, les soins du ménage, voilà les trésors qu'ils estiment, qu'ils desirent le plus : et ces choses-là ne sont pas de la compétence du maître de piano et du professeur de danse.

Que les censeurs se rassurent: cette éducation frivole et légère n'existe plus; elle a fait place à une instruction plus grave, à des études plus sérieuses. La danse , le chant, la comédie, ne sont aujourd'hui que des arts d'agrément qui embellissent les loisirs des jeunes élèves ; grace à un système nouveau , elles acquièrent des connaissances plus approfondies; elles partagent leur temps entre l'éloquence, l'histoire, la grammaire et l'élude des langues. Ce ne sont plus ces Nymphes légères voa nt sur la trace des Ris et des Jeux, ce n'est plus celte troupe folâtre qui ne moissonnoit que des fleurs ; ce sunt de graves éludians en robe de gaze;

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