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Venue presqu'épidémique, et cette maladie a duré jusqu'à nos jours, en prenant sans cesse de nouvelles forces. Les leçons de l'expérience éloient méprisées, ou dn moins comptées pour rien ; il falloit à tout prix tenter de nouveaux essais; un philosophe auroit rougi de rien emprunter à la sagesse de nos pères ; il vouloit devoir tout à son génie : un philosophe se seroit cru dégradé si, même aux dépens de la justesse et du sens commun, il n'eût pensé, écrit, parlé d'une manière extraordinaire ; il auroit cru manquer à sa vocation sublime , s'il eût eu quelqu'égard pour les traditions. De-là ces écrits où le talent et l'éloquence sont quelquefois prostitués aux absurdités les plus révollantes ; delà ces Traitės ces Cours d'études dont les théories, plus ou moins séduisantes, furent toujours démenties par la pratique, et méprisées par les vrais sages. Nous avons vu, pendant dix ans de révo. lution, l'esprit philosophique se tourmenter , s'a+ giter pour enfanter un plan d'instruction, et ses efforts ont été aussi malheureux que ses vues étoient fausses et bizarres. Ce n'est qu'en se rapprochant des idées consacrées par l'expérience, qu'un génie plus ferme et plus sage est parvenu à restaurer par: mi nous l'éducation ; c'est dans le respect des anciennes, traditions qu'il a puisé cette énergie tous jours efficace qui semble commander au succès, c'est sous ses auspices que les livres dépositaires de la sagesse des siècles reparoissent aujourd'hui avec honneur, en dépit de l'orgueil philosophique, que tant de funestes expériences n'ont pu encore ni désabuser ni corriger , et qui sûrement ne sau. roit voir qu'avec mépris et dérision le soin qu'on prend de reproduire les ouvrages d'un écrivain aussi peu philosophe que Rollin.

Le Traité des Etudes est la censure la plus éloquente et la condamnation la plus formelle de ces nouvelles méthodes dont l'éclat trompeur a ébloui le public dans ces derniers temps. Qu'on se de. mande, après avoir lu et médité ce livre, ce que le sage et judicieux Rollin penseroit de ces ouvrages où l'on prétend abréger la route des sciences, en arracher les épines, et en aplanir les difficultés : il se plaint dans un endroit de son traité que l’éducation s'étoit déjà amollie de son temps ; que diroit-il de ce qui se passe aujourd'hui ? Il répète sans cesse que le but de l'éducation n'est pas de faire des savans, mais de préparer et de polir les esprits, et ces idées si justes étoient le fruit du temps et de l'expérience. Lors du renouvellement des sciences et des lettres, les esprits, avides de connoissances, voulurenit tout embrasser à la fois , théologie , mélaphysiqne, mathématiques, histoire, langues anciennes, éloquence, poésie, etc.; la manie encyclopédique, que nous voyons se renouveler de nos jours, s'opposa long-temps au retour du bon sens et du bon goût; on vit des écoliers qui se piquoient de ne rien ignorer. En Italie, Pic de la Mirandole, à l'âge de quinze ans, soutint une thèse de omni re scibili. Ce ne fut que lorsque le flambeau du goût commença à éclairer les esprits que l'on reconnut le vide de ce faux savoir, et que l'on vit le ridicule de ces fastueuses prétentions ; les études se réglèrent sur des principes plus sages ; il devint évident , comme l'observe M. Rollin, qu'on ne devoit point s'attendre à voir sortir des écoles ni des érudils tout formés , ni des poètes, ni des orateurs parfails. N'est-il donc pas étrange que le progrés insensible des choses nous ait ramenés au mauvais goût,' et

j'oserois presque dire à la barbarie du 15e siècle ? Quand M. Rollin composa le Traité des Etudes , le meilleur goût régnoit dans la littérature et dans l'Université. Le siècle de Louis XIV avoit achevé de dissiper les dernières ténèbres des âges précédens, et répandu sur toutes les parties des arts et des sciences une lumière que notre prétendue philosophie n'a fait qu'obscurcir : les limites en tout genre éloient nettement tracées; les principes définis avec justesse et fixés avec précision; M. Rollin étoit lui-même un des esprits les plus éclairés et les mieux faits de l'époque où il écrivoit : l'âge, l'expérience et les circonstances avoient encore ajouté au grand sens dont la nature l'avoit doué. Il avoit élé lié avec les plus grands hommes du siècle de Louis XIV, dont la conversation n'avoit pas dû être pour lui une source d'instruction moins abondante que les ouvrages des grands écrivains du siècle d'Auguste. C'étoit à soixante ans, après avoir long-temps appris à connoitre l'esprit des jeunes gens qu'il écrivoit sur l'éducation. Peut-on raisonnablemeut se flatter d'être aujourd'hui plus éclairé que lui sur cette matière, de savoir mieux comment il faut enseigner la grammaire, la rhétorique, l'histoire ? Et n'est-il pas évident que toutes ces méthodes par lesquelles on tourmente l'éducation bien plus assurément qu'on ne la perfectionne, et qui sont contraires à ce qu'il enseigne, ne sauroient être que des piéges tendus à la soltise par la mauvaise foi et le charlatanisme?

On doit considérer le Traité des Etudes comme un des monumens de notre littérature : ce n'est point un de ces livres qui ne sont faits que pour une certaine époque et de certaines circonstances; fondé sur l'expérience des siècles passés, il doit instruire les siècles à venir; il doit partager le privilège de la vérité, qui est de ne point avoir de vieillesse. Et de quel droit le relégueroit-on parmi les livres surannés, et qu'on ne doit plus lire ? Qu'on nous dise si depuis on a composé quelqu'ouvrage meilleur en ce genre : que les maîtres qui croient aujourd'hui avoir plus de jugement, plus d'expérience,' plus d'instruction et plus de talent que M. Rollin, se montrent; qu'ils développent les titres qui les mettent en droit de le mépriser.

Y.

.. XXI X.
Distributions solennelles des Prix,'

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Je parle chaque année de ces cérémonies publiques , parce qu'elles arrivent précisément à l'époque de la plus grande stérilité des théâtres dont je m'occupe habituellement. Ce n'est pas qu'il y ait en effet qnelque rapport entre l'éducation et le théâtre : je suis bien éloigné de croire que les spectacles puissent sans danger faire partie de l'instruction publique, parce que c'est dans le calme des passions qu'on peut s'instruire, et que J'esprit du théâtre est diamétralement opposé à cette vérité, qui est la base de toute instruction ; mais les distributions de prix rentrent dans mon domaine, parce qu'on en a fait des spectacles, parce qu'on y cherche, comme dans les pièces de theatre, l'illusion et l'apparence plus que la réalité : ce sont même des spectacles presque aussi fréquentés que les concerts de madame Catalani, parce que tous les spectacleurs y entrent avec des billets donnés. C'est une chose incroyable quo ce débordement d'oisifs et de désoeuvrés dont Paris regorge, et quiisont toujours prêts à inonder les lieux où l'on eutre sans payer.

Mon intention n'est pas assurément de calomnier une institution très-propre à exciler l'émulation, et universellement approuvée des maîtres les plus sages. Je dois même convenir qu'on l'a rappelée à ses premiers principes depuis quelques années , en la dégageant des bals, des concerts, des comédies , et autres agrémens profanes qui en faisoient une fête de treteaux et de baladins ; mais, je ne puis m'empêcher d'observer que cette grande multitude de prix qu'on distribue à la ronde, pour des motifs assez frivoles, détruit cette même émulation qu'on se propose d'exciter. Ce ne sont pas les prix que je blâme, c'est l'abus des prix, c'est l'indiscrète profusion avec laquelle on jette à la tête de tout le monde les récompenses du travail et du talent. Les prix ont cessé d'être honorables quand ils ont cessé d'être rares : c'est une honte de n'en avoir pas; mais ce n'est plus un honneur d'en avoir.

Qu'arrive-t-il ? Au lieu de la noble émulation qu'avoient coutume d'inspirer ces distributions salennelles, elles ne font plus que flatter et tromper les parens qui ne sont déjà que trop dupes; elles ne servent qu'à remplir les enfans d'une vaine présomption, à humilier le talent en le confondant avec la médiocrité.

On ne peut qu'applaudir sans doute aux soins paternels du gouvernement qui n'a rien négligé pour ranimer les bonnes études. Déjà les Lycées et les écoles secondaires en ont recueilli le fruit, On y est revenu aux vrais principes de l'enseignement : l'instruction a beaucoup gagné, mais

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