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Boo paires-de-souliers, 600 paires de bottes , une chambre pleine de perruques, etc. etc. Ses Mémoires sont donc remplis de trop de minuties sans intérêt, d'anecdotes qu'on trouve par-tout, ou qu'on devroit ne trouver nulle part; tel est ce mot de Beaumarchais , qui, revenant d'Angleterre, disoit « qu'il avoit observé une petite différence entre » Paris et Londres, qui cependant avoit de grands » effets : c'étoit que là on avoit la liberté de la » presse , au lieu qu'à Paris la liberté étoit en » presse, » Quel misérable calembourg! - Heureusement il y a des mots plus heureux , des anecdotes plus intéressantes dans ces Mémoires. Les philosophes que M. Dutens paroît avoir bien connus, bien appréciés; leurs intrigues , leur orgueil , leur morgue, leur despotisme, lui fournissent quelques chapitres assez curieux (1). On y voit que Condorcet, aidé de son ami d'Alembert, avoit voulu s'approprier une bonne partie des revenus de l'Académie des Sciences; et je laisse cette petite manoeuvre à commenter par ce grand philosophe, qui, dernièrement encore, nous assuroit que toutes les fois qu'on pouvoit citer un trait généreux et honorable, il appartenoit à un philosophe, ct que

(1) M. Duter's voyoit souvent les philosophes chez madame Geoffrin, chez le baron d'Holbac.et chez d'Alembert : « c'étoit là, » dit-il, que l'on tramoit sourdement la destruction de la religion, » du clergé, de la noblesse , du gouvernement. Dès l'année 1766, > je disois aux évêques liés avec eux: il vous détestent ; aux grands s seigneurs qui les protégcoieni : ils ne peuvent soutenir l'éclat de votre rang qui les éblouit ; aux financiers qui les propoient i > ils enviont vos richesses; on continuoit à les admirer, à les flat » ter, à les prôner. o : tom

. is Le lecteur remarquera que ce témoignage est sorti de la bouche d'un protestant qui avoit fait sa fortune à la ovur de Londres , et qui par conséquent , quoique français, ne sauroit sous aucun rapport, être soupçonné de partialité en faveur die gouvernement et du clergé de France, contre ceux qui er trainoient la destruction.

toutes les fois qu'on avoit à parler d'un procédé yil et odieux, c'étoit un de leurs adversaires, un dévot qui en étoit coupable, Les hommes de tous les élats, de toutes les conditions, de toutes les nations, les Anglais sur-tout , fournissent aussi à M. Dutens des traits de caractère fort singuliers. Tel est celui-ci, par, lequel je terminerai cet extrait déjà fort long. M. Pitt, père du dernier mort, el le duc de Newcastle éloient d'un avis opposé sur la sortie d'une flotte. « M. Pitt, dit M. Dutens, étant relenu au lit par la goutte, se trouvoit » obligé de recevoir ceux qui avoient à lui par» ler, dans une chambre à deux lits, où il ne pous ». voit souffrir du feu. Le duc de Newcastle, qui » étoit fort frileux , vint le trouver..... A peine fut» il entré qu'il s'écria lout grelottant de froid : Com» ment vous n'avez point de feu ? Non, répondit » M. Pitt, je ne puis le souffrir quand j'ai la goutte, » Le duc de Newcastle , obligé d'en passer par là, » s'assit à côté du malade, enveloppé dans son » manteau, et commença à entrer en matière ; >> mais ne pouvant résister long-temps à la rigueur » de la saison , permettez, dit-il,que je me melte à » l'abri du froid, dans le lit qui est à côté de vous ; » et sans quitter son manteau , il s'enfonce dans le » lit de lady Esther Pitt, et continue la conversa » tion au sujet de cette flotte qu'il répugnoit d'en» voyer en mer...., Tous deux s'agitoient avec j chaleur, Je veux absolument que la flotte parle, » disoit M. Pitt, en accompagnant ses paroles des » gesticulations les plus vives. Cela est impossible; » elle périra , repliquoit le duc en faisant mille i contorsions. Le chevalier Charles-Frédéric, ar>> rivant là-dessus, les trouva dans cette posturo > ridicule ; et il eut toutes les peines du monde à » garder son sérieux en voyant les deux ministres » d'état" délibérer sur un objet aussi impor» tant, dans une situation si nouvelle et si sin» gulière. ». "'

. . A. i. Corontoorooooooo

i"- XXIV.
Coup-dæil Historique sur le 18e siècle.

En sortant des mains de Louis XIV, la France tomba dans celle d'un roi mineur et d'un régent corrompu. La forte constitution de la France n'a. voit rien à craindre de la minorité de son chef; mais les moeurs, déjà affoiblies par les doctrines licencieuses qui commençoient à se répandre, ne purent résister à l'influence des vils exemples el des mesures désastreuses du prince qui gouvernoit sous le nom du roi, et qui commença son administration par rendre la France la fable de l'Europe, dont elle avoit été la gloire et quelquefois la terreur. .....

L’Europe vit avec mépris et pitié, le gouvernement français, méconnoissant les ressources que lui. offroient le sol le plus fertile et le peuple le plus industrieux, hasarder å un jeu périlleux la fortune publique et particulière, et changer, sur la foi d'un aventurier étranger, en un signe fictif les signes réels de toutes les propriétés. La crédulité fat appe, -lée au secours de l'extravagance: la nation la plus éclairée fut dupe du vain appåt des trésors mensong gers du Mississipi; et chez le peuple le plus désintéressé s'alluma lout-à-coup la cupidité la plus effrénée, par le dangereux spectacle des fortunes subiles, de chances de gain inespérées et d'une eir

culation désordonnée de toutes les valeurs. « Si la · » régence, dit Duclos, est une des époques de la

» dépravation des moeurs, le Systéme en est encore » une plus marquée de la dépravation des ames. » Le succès du Système de Luaw eût été un crime : sa chûte ful une calamité; et toutes les idées que fit naître cette opération fatale, et tous les désordres qu'elle entraina, firent aux moeurs publiques une plaie que la conduite personnelle du régent n'étoit pas propre à gaérir. Les moeurs de Louis XIV n'avoient pas été pures; mais telle étoit, jusque dans ses foiblesses, la dignité de son caractère, que ses favorites, toutes d'un grand nomi,' la plupart disa tinguées par leur esprit autant que par leur beauté, quelques-unes même célèbres' par leur repentir; paroissoient moins servir aux passions de l'homme qu'au faste du monarque, et qu'on s'étoit accoutumé à les regarder, ou peu s'en faut, comme un officier de la maison. Les maîtresses du régent furent de viles prostituées", sans honneur et sans décence : funeste exemple que son royal pupille imita depuis, et même surpassa ! Le régent, avili dans l'opinion, s’armà de l'effronterie contre le mépris. Il érigea le libertinage en système; et bientôt, à son exemple, on raisonna la corruption, on philosopha sur la débauche, l'esprit se joua de tout, et même de l'infamie; et comme il faut de nouveaux mots pour exprimer de nouvelles idées, et des mots honteux pour exprimer des idées infames, le nom de roués désigna des hommes que le prince initioit à ses plaisirs, et que leur naissance et leur rang offroient à la nation comme ses modèles. La ration, jusque là si grande et si grave, tomboit dans le petit esprit : symptômé le plus assuré de décadence. Elle y tom-boit, et par la légèreté avec laquelle elle' traitoit les choses les plu's sérieuses, et par l'importance et Pengouement qu'elle inettoit aux choses frivoles et

mène puériles, à commencer par les pantins, Ce double caractère qui a reparu à toutes les époques de désordre, n'a pas, depuis la régence, quitté la na tion française, même à ses derniers momens..

Mais ce qui contribua le plus efficacement à avilir insensiblement la nation aux yeux de l'Europe, ce fut la philosophie sophistique de ce siècle : cette philosophie qu'une secte d’écrivains, ou plutôt une compagnie de spéculateurs tiroit de l'étranger comme une matière première, et qu'elle colportoit dans toute l'Europe, manufacturée en France avec un si déplorable succès, et mise dans des ouvrages de tous les genres, à la portée de tous les esprits. · Il ne faut pas croire sur la foi de quelques étrangers, russes , polonais, anglais, italiens, avec qui Voltaire étoit en commerce réglé de célébrité, et dont il a eu soin de nous transmettre les lettres de félicitation et d'éloges, pas même sur la foi de quelques souverains du Nord , dont les vertus, aujourd'hui mieux connues, ne recommandent pas les opinions philosophiques; il ne faut pas croire que notre philosophie fit l'admiration des peuples étrangers. Si des jeunes gens, avec des connoissances de collége, et les passions de leur âge, si de beaux esprits aussi frivoles que leurs études, véritables prolétaires dans l'état littéraire, se rangeoient de toutes parts sous les drapeaux de ces nouveaux chefs, dans l'espoir d'obtenir, à la faveur du désordre, quelque part de renominée, par-tout les vrais savans qui sont les grands propriétaires de l'empire des lettres, les hommes judicieux en grand nombre chez les peuples chrétiens, les chefs de famille qui par-tout sont la nation, dépositaires de ses principes et de ses moeurs, et qui sans écrire ni vers ni prose, éclairés, dès leurs enfance,

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