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tions' n'étoient : définies, l'Europe , encore mal affermie dans les voies du christianisme ; " seroit retombée dans un chaos pire que celui dont elle éloit sortie avec tant d'efforts'; 's'il n'y avoit eu d'autre recours contre les faules, ou plutôt contre les erreurs de rois emportés, que l'insurrection des peuples barbares; et qu'il étoit , je ne dis pas utile, mais pécessaire que les peuples vissent quelque pouvoir au-dessus de celui de leurs maitres, de peur qu'ils ne fussent tentés d'y placer le leur. Ce sont ces rigueurs , quelquefois excessives et peu mesu, rées, qui ont accoulumé au joug des lois ces enfans indociles qu'il falloit châtier avec la verge, en ata tendant de pouvoir un jour les guider par une raison plus éclairée; et l'Europe aujourd'hui n'avoit pas plas à craindre le retour de ces mesures sévères, que l'homme fait ne peut redouter les corrections de l'enfance La religion punissoit des rois enfans par l'excommunication, quand ils sont devenus grands , et qu'ils ont eu secoué le jong de leur mère, la philosophier les a punis par l'échafaud. Les rigueurs de la religion ne pouvoient produire aucune révolution populaire, parce que le même pouvoje qui réprimoit les rois eût réprimé les peuples, et même eût été plus fort contre les peuples que contre les rois. Mais la philosophie a été aussi impuissanie contre les peuples qu'elle a été forte contre les rois: elle a 'reconnu, mais trop tard (pour ine servir des paroles de M. de Condorcet), que la force ilu perple peut devenir dangereuse pour lui-même; et après lui avoir rappris à en faire usage, lorsqu'elle a voulu lui enseigner à la soumettre à la loi, elle a éprouvé que ce second ouvrage, qu'elle ne croyoit pas, à beaucoup près, si long et si pénible que te premier..étoili non-seulement moins aisé, mais tout. Tome V.

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à-fait impossible : et le monde a appris, par une
anémorable expérience, la vérité de cette parole,
que les rois ne règnent que par Dieu, et qu'il ne faut
pas moins que le pouvoir divin pour contenir le
pouvoir populaire. lsi ise
- Il étoit donc extrêmement philosophique de mé-
connoitré tout ce que les papes ont fait pour la
çivilisation du monde; et si quelques-uns d'entr'eux
ont trouvé grace aux yeux des philosophes du dix-
huitième siècle, c'est pour avoir favorisé la culture,
et récompensé les progrès des arts agréables, quoi-
qu'à vrai dire, et pour employer plus à propos le
mot connu d'un bon évêque, ce ne soit pas
qu'ils aient fait de mieux : car les historiens phi-
losophes faisoient consister toute la civilisation de
l'Europe dans les arts et sur-tout dans le domderce.
Une nation étoit à leurs yeux plus honorée par les
talens de ses artistes, les découvertes de ses savans,
l'industrie de ses commerçans, que par la science
de son clergé, lé dévouement de ses guerriers, l'in-
tégrité de ses magistrats; et en même temps que la
philosophie déclamoit contre le fanatisme de ces
hommes qui alloient, au péril de leur vie, porter
à des peuples barbares, notre religion et nos lois,
elle admiroit l'industrie qui leur portoit des cou:
teaux, des grains de verre et de l'eau-de-vie. .
· Au reste, dans ces histoires philosophiques, la
politique n'étoit pas mieux traitée.que la religion,
ni les rois plus ménagés que les papes ; et lorsque
la sévérité des ingeinens philosophiques n'étoit pas
désarmée par des pensions ou des louanges, ou
contenue par la crainte , les rois n'étoient que des
mangeurs d'hommes ; leur négociations n'étoient
que fausseté, leurs guerres que barbarie, leurs ad-
ministrations qu'avidité, leurs acquisitions qu'am

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bition, et leurs fautes passoient pour des crimes. Cependant ces mêmes actions , si odieuses dans un prince chrétien, pouvoient être excusées sur l'intention dans un prince philosophe, ou même jugées dignes des plus grands éloges. Un roi qui auroit négocié auprès du grand-seigneur la reconstruction du temple de Jérusalem , ou mis le feu à l'Europe pour renverser la religion chrétienne et s'emparer des principautés ecclésiastiques, eût été déclaré grand homme s' et bienfaiteur de l'humanité; et pourvu que la philosophie fût accueillie, et ses adeptes honorés, l'administration la plus despotique, les forfaita même les plus odieux, trouvoient grace aux yeux des philosophes : et nous en avons yu d'illustres exemples. i .si. i. ! :

On doit remarquer encore que, dans ces histoires philosophiques, on parle beaucoup de destin el de fatalité, ces mots reviennent fréquemment, même dans l'Histoire récemment publiée de l'Anarchie de la Pologne, histoire où il y a un grand éclat de style, quoiqu'avec un peu trop de complaisance à rechercher des motifs et à tracer des portraits. Le destin est en politique ce que le hasard est en phy. sique; et comme le hasard n'ést, suivant Leibnitz, que l'ignorance des causes naturelles, le destin et la fatalité, ne sont que l'ignorance des causes politiques : et, certes, il y a eu beaucoup de ce destin dags la conduite de tous les cabinets de l'Europe.

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Mémoires d'un. Voyageur qui se repose, par

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1. Dutens a voyagé, puisqu'il a été plusieurs fois en Angleterre, plusieurs fois en Ilalie, souvent en France, et qu'il a failli aller en Espagne; il a été homme de lettres, pnjgqu'il a publié les Quvrages d'un autre, deux ouvrages à lui , sans compler ses Mémoires , et qu'il a été miembre d'une Académie; il a été homme d'état, puisqu'il a rempli les fonctions de secrétaire d'ambassade dans une des plus petites cours de l'Europe. Voyageur, né.. gociateur, littérateur, un de ces titres suffit pour perstrader à uy homme que ses Mémoires intéress seront le public e il les réunissoit tous les trois nous ne pouvions donc manquer d'avoir les Mémoires de M. Datens. C'est un droit que "se' sont arrogé, dans le dix-huitième siècle, les gens de lettres pleins de leur 'dignité et de lear importance, ot qu'ont eu, dans tous les temps, les politiques et les voyageurs. Il n'est point dé si mince diplomate qui ne pense avoir approfondi les plus carieux mystères, pénétré les secrets les plus cachés ; il faut donc qu'il les dévoile à ses contemporains, à la postérité, à l'univers , qui pour l'ordinaire n'apprend rien dans ces Mémoires, si ce n'est le rôle important que s'attribue l'auteur dans les événe mens connus qu'il raconte. Quant aux voyageurs,

ils ressemblent tous au pigeon de la fable : ayant "beaucoup vu; ils croient avoir beaucoup à dire aussi. Il n'en est point qui au moment de son départ ne se dise : L ets go · Je reviendrai dans peu , conter de point en point,

Mes aventures, à mon frère. .. C'est-à-dire, à tout homme qui voudra m'écouter ou me lire. S i ... in ... :Je le désennuierai; mon voyage dépeint ..

Lui sera d'un plaisir extrème..n Voilà l'idée qui occupe et soutient le voyageur : s'il abandonne sa pafrie, ses parens , ses ainis; si dans ses courses pénibles il a souvent à regretter bon souper , bon gile, et le reste, il trouve un. dédommagement pour tant de sacrifices, de privations, de fatigues et de dangers, dans l'espérance

flatteuse de les raconter un jour;. .;. ..; :: Je dirai : J'étois là; telle chose m'avint. -- Mais ordinairement le voyageur n'ayant le droit de se regarder comme un homme important qu'au moment où il se met en route , ne commence ses Mémoires qu'au point du départ ; le négociateur, l'homme d'état, ne parle de lui que lorsqu'il joue un rôle sur la scène du monde, et que ses actions sont liées avec les événemen's publics : l'un et l'autre nous font grace de leur naissance, de leur enfance, de leur éducation, de leurs espiégleries, de leurs grands succès dan's leurs petites écoles, de l'admiration dų père, de la mère, de la taute et des cousins. Quelques-uns, peut-être, se sont écartés de cette sage méthode ; mais elle ne doit pas moins en être regardée comme une règle sévère de bienséance. Il faut à l'homme une raison , Qù. du moins un prétexte pour öser parler ile lui auk

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