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ipspire , en rend quelquefois la lecture un peu la-
borieuse. Champfort, l'ennemi personnel de Rul-.
hière, a dit de lui : qu'il n'envisageoit les gran- .
des choses que sous de petits rapports, n'aimoit
que les tracasseries de la politique , n'étoit éclairé
que par des bluettes, et ne voyoit dans l'histoire
que ce qu'il avoit vu dans les petites intrigues de
la société. Celte critique est excessivement injuste :
mais enfin il y a peu de satires, quelques calom-
nieuses qu'elles soient, qui n'aient quelque fon-
dement réel. Les meilleurs mensonges sont, dit-
on, ceux qui se rapprochent de la vérité, et sans
doute Clampfort se seroit bien gardé de manquer
à ce principe. "
· Maintenant, si l'on porte les yeux sur l'en-?
semble de celle grande composition, en rendant
justice à l'art qui a présidé à l'ordonnance géné.
rale, il faudra reconnoître que les différentes par.
ties ne sont pas toutes dans de justes propor-
tions (1). Cette critique doit s'appliquer sur-tout

(1) Celte critique nous paroît non-seulement fondée, mais même indulgente; il nous semble en effet que l'ouvrage de M. de Rbu: lière est bien moins une composition historique qu'une suite de petites compositions, ou d'histoires délachées'; que ce n'est pas précisément et uniquement l'histoire de la Pologne , mais plutôt des fragmeos intéressans de l'histoire du 18° siècle et quelquefois des siècles précédens : matière abondante ,, comme on voit, wais cunfuse , sans ordre et sans liaison , au point que les événemens, qui appartiennent au sujet principal, sont ceux qu'on retient le moins de celle lecture; et cerics ce n'est pas là un léger défaut; ? car, comme l'a dit Fénélon dans sa lcurez à l'académie française : « la principale perfection d'une histoire consiste dans l'ordre nel l'arrangemeut.

Mais si l'ouvrage de M. de R!:ulière est dépourvu de cette qualité, jl attache par le défaut opposé ; je veux dire par la variété des digressions, des événemens et des personnages qui paroissent toure à-tour sur la scène : personnages d'autant plus intéressans qu'ils

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au premier volume, où le sujet principal est chargé d'un trop grand nombre de détails episodiques sous lesquels il disparoit plus d'une fois. L'auteur auroit dû faire réflexion que le tableau d'une anar, chie permanente, où le corps politique reste si long-temps sans mouvemens et sans vie, deviendroit nécessairement un peu monotone, et il devoit marcher plus directement au but. La guerre entre la Porte et la Russie n'a qu'un rapport indirect avec les affaires de Pologne : ainsi les règles de l'art exigeoient peut-être que l'auteur n'en montrât que les résultats généraux; mais on seroit fâché qu'il eût songé à prévenir celte critique, puisqu'on y auroit perdu les récits les plus attachans, parmi lesquels on distinguera l'expédition du Péloponèse : cette narration , enrichie des souvenirs que réveille à chaque pas cette contrée , excite l'intérêt le plus entraînant dont un événement historique soit susceplible. ;

C. M.

sont plus près de nous , et que leurs portraits sont presque toujours dessinés de main de maitre.

Le style de M. de Rbulière est en effet ce qu'il a de plus remarquable : on lui a accordé avec raison de l'éclat, de la vigueur, de la rapidité, une élégante précision , quelquefois de la profondeur ; mais on auroit pu ajouter qu'il manque souvent des qualités qui , pour être moins brillantes , ne sont pas moins essentielles à l'historien, telles que la gravité, la correction , la nelleté et une certaine douceur qui n'est point incompaa tible avec la force et la rapidité. C'est même par le mélange de ces qualités différentes qu'on prévient un vice dont le style de M. de Rhulière ne nous paroit pas exempl, c'est-à-dire la inanotonie.

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Sur lEsprit des Historiens Philosophes du 183

siècle. (1)

Quelle que fût la méthode que l'on suivit en écrivant l'histoire, il falloit, dans le dernier siècle, qu'elle fût philosophique ; et un histoise qui n'étoit pas philosophique, fût-elle exacte

. (1) Les réflexions qu’on va lire, sont tirées d'un article plus étendu : sur la manière d'écrire l'histoire. M. de Bonald y traite d'abord des abrégés d'histoire dont il bláme l'usage dans l'éducation. A son avis, l'abrégé , est moins un moyen d'apprendre l'histoire qu'un secours pour en considérer l'esprit et l'ensemble; ct, autant ce dernier travail est-il peu à la portée des jeunes gens, autant sont-ils capables et même avides des lectures détaillées. A cet âge, on a le loisir de lire, et la faculté de retenir est dans toute sa force. Sans doute le jeune homme ne relient pas tout d'une histoire détaillée, mais il ne retient presque rien d'une histoire abrégée, parce que les retranchemens qu'exige l'abrégé portent sur des circonstances accessoires qui sont comme autant de liens seuls capables de fixer le fait principal dans la mémoire. « D'ailleurs ( continue M. de Bonald, dont on ne sauroit trop opposer le sentiment à cette légion d’abbréviateurs décharnés qui meu naçent de réduire l'instruction à zéro, tant ils sont menés loin par le zèle d’abréger les études, et de soulager l'application de la jeunesse ! ) D'ailleurs l'histoire présente dans ses longues nara rations des modèles de style et de disposition de faits et d'idées qu'il importe d'offrir aux jeunes gens, qui apprennent ainsi à exprimer leurs pensées, et à mettre de l'ordre dans leurs idées, en en mettant dans le discours. Au lieu que l'abrégé, avec ses réflexions concises, ses pensées plutôt indiquées que développées , ses faits plutôt notés que racontés , ne leur présentent que des formes raccourcies de style qu'il seroit, à leur âge , et dans le premier essor de leur imagination, dangereux d'imiter ; et

dans le récit des faits, méthodique dans leur disposition, sage dans les réflexions, et écrite du style le mieux assorti au sujet, n'étoit, aux yeux de quelques écrivains, qu'une gazelte sans intérêt et sans utilité. Comme la philosophie bien entendue est la recherche des causes et la connoissance de leurs rapports avec les effets, on pourroit croire que la méthode d'histoire regardée alors comme la plus philosophique, devoit être celle qui présente l'ensemble et le résumé des fails, dévoile leurs causes , indique leurs rapports, et puise dans cette connoissance des réflexions générales sur l'ordre religieux et politique de la société ; mais on se , tromperoit étrangement. Une histoire philoso-, phique, telle qu'on en faisoit alors, consistoit en exceptions qu'on donnoit pour des règles, en faits particuliers, et presque toujours isolés, même en anecdotes; et plus d'un écrivain célèbre a été accusé d'en trouver dans son imagination, quand sa més moire ne lui en fournissoit pas. Tout y étoit particulier, et même personnel ; et il n'y avoit de général qu'un esprit de haine et de détraction de la politique et de la religion modernes. Ainsi il étoit indispensable, pour écrire l'histoire philosophiquement, de donner toujours aux gouvernemens anciens la préférence sur les gouvernemens modernes; et généralement, aux temps du paganisme sur les temps chrétieus. La liberté se trouvoit nécessairement dans les constitutions des anciens, toutes plus ou moins démocratiques, la perfection dans leurs

qui seroieat comme des lisières avec lesquelles on voudroit retenir les pas d'un enfant qu'il faut laisser courir et sauter. • M. de Bonald passe des abrégés historiques aux histoires , appelée philosophiques , sujet de l'article qu'on va lire, et qui se lie #vec les précédens.

moeurs; la vertu étoit le ressort"unique de leurs gouvernemens ; et si leur religion n'étoit pas trèsraisonnable, elle étoit tout-à-fait politique. En un mot, il n'y avoit de raison, de génie, de courage, d’amour de la patrie, de l'espect pour les lois, d'élévation dans les ames, de dignité dans les caractères, de grandeur dans les événemens, que chez les Grecs et les Romains. Les Chrétiens ont été le peuple le plus ignorant, le plus corrompu, le plus (superstitieux, le plus foible, opprimé par ses gouvernemens monarchiques, dégradé par sa religion absurde, et plus d'un philosophe leur a préféré les Mahomélans, et même les Iroquois. La religion chrétienne a été coupable de tous les malheurs du monde ; ses ministres, de tous les crimes ou de toutes les fautes des gouvernemens , et il étoit toutà-fait philosophique de l'accuser de toute l'ignorance des peuples, quoiqu'elle seule les ait éclairés; et de toute leur férocité, quoiqu'elle seule, les ait adoucis.

Mais il étoit sur-tout nécessaire, si l'on aspiroit au titre d'historien philosophe, de s'élever avec amertume, et à tout propos, contre les prétentions surannées de quelques papes sur l'autorité temporelle; il falloit les représenter (lors même qu'ils étoient menés par la force des choses là où ils ne vouloient pas aller ) comme des conquérans toujours arınés, comme le Jupiter de la Fable; la foudre à la main, 'ébranlañt l'univers d'un mouvement de ses sourcils. Il eût été peut-être plus philosophique, et même, je crois, vraiment philosophiqne, d'observer que dans des temps où le caractère personnel des rois, se ressentoit des mæurs féroces et grossières des peuples, où l’adıninistration n'étoit pas plus éclairée que les constitu

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