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voisins, toute l'Europe ; et lorsque le bras de la justice se lasse tous les jours à punir des forfaits inconnus avant vous, vous ose z reproduire encore ce principe de toutes les révoltes, cette aboninable doctrine de l'insurrection, et ces droits insensés qui ont effacé tous les devoirs! vous osez les reproduire, au mépris de la conscience publique de votre nation , qui embrasse ses autels à peine sortis de leurs ruines ; au mépris même de l'autorité politique, qui appelle au secours des moeurs et de la bonne-foi, prètes à s'éteindre, ces lois religieuses que vous insullez, mais qui n'en sont pas moins les protectrices de votre liberté et de votre vie !

Car, s'il faut vous l'apprendre, M. Villers, il y a deux sortes de libertés ; l'une fausse, l'autre véritable. Il y a la liberté des passions et des sauvages qui rejette les lois divines comme un joug importun : Projiciamus à nobis jugum ipsorum. C'est celle que vous avez vu régner, les deux pieds dans le sang, au milieu de cet empire. Celle-là déclare toutes les volontés libres, et ne connoît d'autre obstacle que la force. Mais la liberté sociale qui lui est opposée, consiste en ce que les volontés et les actions des hommes étant réglées par des lois, aucun ne peut attenter au repos de son voisin, ni même déplacer les propriétés , M. Villers.

Ceci nous ramène à la suite de notre raisonnement. Si l'homme a besoin d'être réglé parce qu'il a des passions, il est évident qu'il ne peut être sa règle à lui-même. Car sa volonté réglera-t-elle sa volonté ? ce seroit un cercle vicieux. Mais il ne prendra pas non plus sa règle dans la volonté des autres hommes, sujets aux mêmes erreurs et aux mêmes passions que lui. Ce seroit une servitude : toute loi qui vient de l'homme est tyrannique, et les philosophes qui s'y soumettent sont des esclaves. Il faut à l'homme vraiment libre une règle qui soit supérieure au genre humain, qui soit indépendante de lui, dont la rectitude inaltérable subsiste pour faire fléchir ses passions, ou pour les condamner; une règle enfin, à laquelle la société puisse en appeler sans cesse, pour n'être pas le jouet éternel des caprices et des disputes des hommes. Or, cette règle si nécessaire au monde moral, et sans laquelle la société n'existeroit pas, ne peut se trouver que dans les lois émanées de Dieu même. Dono Dieu a donné des lois à la société.

Ce principe posé, les conséquences s'enchaînent d'elles-mêmes, et l'application en sera facile à la question qui nous occupe. Mais, obligé de resserrer en peu de mots ce qui seroit la matière d'un long traité, qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur à la source de l'instruction. L'illustre auteur de la Législation primitive a répandu sur la société des lumières dont l'influence se fait sentir en Europe sur tous les esprits justes, et qui ne laissent plus voir dans les préjugés de la philosophie moderne que la double barbarie de la corruption et de l'ignorance.

J'ose donc engager M. Villers à se hâter d'en sortir, et son livre même lui en fournit les moyens. Car en prenant les choses qu'il nous accorde, et dans ses propres termes, pour un fondement fixe et convenu, on peut lui faire voir , par la seule force des conséquences, qu'il ne peut raisonner avec ordre sans être obligé de rentrer dans nos principes.

En effet, il avoue d'abord (et je cite ses paroles) que la réforme divire opérée par J. C. est essentiellement cosmopolite ou catholique, suivant la vraie étymologie de ce terme. (Page 31.)

Il ajoute, que quand la sociétė religieuse, fon. dée en son nom, s'étendit par toute la terre, il convint d'ajouter à sa forme.

De , dit-il, le pouvoir qu'a pu transmettre sur ce point le législateur à la future Eglise ( Pag. 32.)

Or, ce qui résulte clairement de ces passages, c'est que M. Villers nous accorde deux choses : l'une, que J. C. a institué des lois divines, pour régler les volontés des hommes; et l'autre , qu'il a donné à son Eglise un pouvoir nécessaire pour la régir. C'est dire beaucoup; mais allons plus loin, et voyons quelle est la raison de ce pouvoir. Je demande quelle force et quelle stabilité auroient ces lois divines dont parle M. Villers, si elles étoient. abandonnées à la liberté des opinions, si chacun avoit le droit de les interpréter, de les entendre à sa manière , et de les tordre en tout sens, pour les accommoder à ses passions ? Il est manifeste qu'en les établissant sur un fondement si ruineux, ce seroit les détruire ; ce seroit replonger la société dans le chaos d’où on la vouloit tirer, et finalement laisser l'homme sans règle et sans frein. Or, Dieu n'a pu , sans doute, exposer les lois religieuses, les lois sociales , à ce désordre. Il a donc dû établir une autorité pour les maintenir contre toute innovation. Voilà la raison philosophique de ce pouvoir que M. Villers reconnoît avoir été instilué par le divin fondateur du Christianisme. Cette autorité est tellement fondée en droit, elle est tellement appropriée aux besoins des hommes qu'il faut conduire, que Leibnitz, le plus éclairé des protestans, ne fait pas difficulté de la reconnoilre dans le

pape, Puisque Dieu , dit-il, est le Dieu de l'ordre, il s'ensuit qu'il y a aussi , le droit divin, dans sont Eglise, un souverain magistrat spirituel. (Epist. ad Fabric. ) Or, une autorité qui a ces caractères, une autorité que la raison humaine réclame comme le terme de toutes les disputes, et que la société implore comme le fondement de son ordre et de ses lois, est manifestement une autorité légitime; es si l'on considère par quel juste enchaînement les aveux de M. Villers ont amené cette conclusion, on sentira que ce point doit être désormais, entre nous, hors de contestation.

Mais, à présent, qui oseroit justifier Luther ? Qui oseroit vanter l'esprit et l'influence de sa révolte , lorsqu'il suit clairement de tout ce qui vient d’être établi et reconnu, que ce chef de la Réforme, en soulevant les nations contre l'Eglise ef son pouvoir, ne fit qu'enseigner aux hommes à mépriser une autorité légitime, une autorité nécessaire ? Cette conséquence est inébranlable; et M. Villers peut maintenant s'emporter tout à son aise contre les papes, il peut en exagérer les abus, il peut ajouter vingt volumes de déclamations à celui qu'il a déjà mis en lumière. Le siècle dernier lui fournira une bibliothèque d'injures contre l’Eglise ; il peut la copier, Misérable ressource des esprits foibles, de s’aigrir contre les défauts inséparables de l'exercice de l'autorité, pour attaquer l'autorité même ! Quoi ! parce qu'il aura existé un Alexandre VI qui donna l'exemple des mauvaises mours; parce qu'un Grégoire VII, et quelques autres, auront abusé du pouvoir, dans un siècle peu éclairé, j'en conclurai que ce pouvoir n'est plus légitime ! Parce que des ministres de l'Evangile n'auront pas suivi ses lois, je détruirai l'Evangile ! Et parce que la société n'est pas parfaite, je dirai qu'il n'y a plus d'ordre ni de lois dans la société ! Voilà pourtant le pitoyable sophisme sur lequel toute cette philosophie roule depuis un siècle. Logique si perverse et si faible, parce qu'elle est si passionnée! Raisonnement si faux, qu'il prouve tout le contraire de ce qu'on veut lui faire prou. ver! Eh! philosophes, c'est précisément parce que l'homme peut abuser un moment de l'autorité, qu'il faut. maintenir cette autorité avec plus de force que jamais, de peur que les hommes sans raison ne la détruisent en voulant la corriger, et ne renversent la société, pour la redresser à leur manière. Car enfin, s'il faut se venger des abus de l'autorité par d'autres abus, s'il faut punir la tyrannie par la révolte, et, comme il arrive toujours, réprimer la révolte par la tyrannie, dans quel cercle effroyable de vengeances nous conduisez-vous, et où s'arrêteront les passions de l'homme, dans cette suite d’aby mes qui s'appelleront l'un l'autre? Vous attaquez l'autorité, parce que l'homme en abuse ! mais pouvez-vous éviter que l'autorité ne soit dans la main des hommes ? Vous ne la pourrez donc jamais souffrir. Ainsi, il n'y a point de milieu : il faut ou savoir pardonner des abus passagers et inévitables dans les institutions humaines, ou bien il faut détruire toute autorité sur la face de la terre. (1)

Voilà, M. Villers, la dernière conséquence de la Réforme, et de votre philosophie qui en est le triste

(1) Quand on dit qu'il faut pardonner les abus , on n'entend pas qu'il faille les laisser subsister; mais c'est à la raison à les déraciner lentement. C'est ainsi que la France, sans prendre les principes de Luther, sut donner de justes bornes à l'autorité des papes, et on en voit des exemples dès le temps de Saint-Louis.

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