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nesse , n'a cultivé que les arts d'agrément et d'ima. gination, tandis que le dix-huitième, exclusivement livré aux arts et aux sciences utiles, a présenté tous les caractères de la maturité; que l'un a travaillé pour la gloire , et l'autre pour le bonheur de l'espèce humaine ? Comme si les sciences morales n'étoient rien pour l'homme, et que les sciences naturelles dussent lui tenir lieu de tout! Comme si la philosophie des Bossuet, des Pascal, des Nicole, et de tant d'autres grands hommes, n'étoit pas aussi profonde et aussi solide que celle des Voltaire et des Diderot ! Les plaies que les faux sages nous ont faites, sont encore saignantes, et on ose nous dire qu'ils ont tout fait pour le bonheur de l'espèce humaine ! Après cela, je ne suis point élonné que M. Richerand, sans chercher à excuser la mémoire de la Convention, admire néanmoins la hardiesse de ses plans et la grandeur de ses vues ; je ne suis point élonné des gémissemens qu'il répand en voyant d'absurdes préjugés et des opinions sitrạnnées pren. dre la place des systèmes philosophiques qui, pendant quelques années, ont si heureusement dominé parmi nous. En cela du moins il se montre conséquent; mais il ne l'est pas en tout; car les crimes de la révolution appartiennent aussi à la philosophie : ils en sont les fruits nécessaires ; et si ces crimes font horreur à M. Richerand, c'est que son coeur est meilleur que sa tête.

P. P.

Nota. Voyez dans la dernière partie de ce recueil l'examen de l'ouvrage de M. Richerand, par le même critique, dont le nom nous est inconnu; mais qui évidemment joint à l'art d’écrire des connaissances très-élendues en médecine,

Ι Ι.
Sur quelques articles du Nouveau Dictionnaire

d'Histoire Naturelle refutés par M. DELUC(1).
O n ne sauroit donner une publicité trop étendue
aux observations savantes et morales par lesquelles
M. Deluc vient de réfuter quelques articles dan-
gereux du Nouveau Dictionnaire d'Histoire natu-
relle. Les erreurs répandues dans cet ouvrage ac-
quièrent une importance proportionnée aux pro-
grès de la science qu'on y enseigne, et ce qui en
accroit le danger, c'est la forme même sous la-
quelle on les présente'; c'est cette funeste manie
de réduire tout en nomenclature et en diction-
naires, espèce de livres où l'amour propre des
écrivains tend des piéges à l'ignorance des lec-
teurs. On pourroit, je l'avoue, ne voir que du
ridicule dans cette manière d'enseigner, qui, à
l'aide de quelques mots scientifiques, forme, san's
étude et sans travail , des hommes tout aussi savans
que des perroquets. Mais lorsque les écoles de phy-
sique retentissent de toutes parts des systèmes les
plus monstrueux contre la morale , lorsque tant
d'habiles professeurs ont trouvé le secret de faire
d'un cours d'histoire naturelle (2) un cours de
dépravation publique, un tel art mérite assurément
l'attention la plus sérieuse et la plus générale. Les
pères de famille, les maîtres chargés de l'éduca-
tion de la jeunesse, et les magistrals qui veillent
au dépôt de l'instruction, doivent être avertis par

(1) Voyez dans la dernière partie de ce recueil les fragmens les plus intéressans de la dissertation de M. Deluc.

(2) Et de Médecine , auroit pu ajouter le critique,

la critique, toutes les fois qu'une doctrine évidemment contraire aux bonnes moeurs, entreprend de corrompre les sources de la science ; et, ici , l'avertissement est d'autant plus nécessaire , que le poison paroît plus difficile à découvrir dans la variété des matières qui forment cette volumineuse compilation, et que ce Dictionnaire étant l'ouvrage de plusieurs savans, dont quelques-uns portent un nom justement considéré, on doit craindre que les erreurs qu'on y a mêlées ne se couvrent de l'autorité de leurs suffrages pour se faire recevoir avec moins de méfiance. Mais si ce mélange est capable d'infecter tout leur travail ou du moins de nuire à sa réputation, il est juste aussi de reconnoitre que chaque auteur ne répond que de ses articles, afin d'épargner à des hommes respectables le chagrin de se voir confondus avec des charlatans sans honneur et sans science.

Le système que M. Deluc expose et combat dans sa Dissertation, appartient moins à l'histoire naturelle qu'à cette philosophie honteuse qui, confondue mille fois dans la littérature, cherche maintenant un asile dans les ténèbres de la physique. Le inatérialisme se croit sur son terrein lorsqu'il s'exerce sur une science qui ne traite que de la matière; et il est assez naturel que des hommes qui ne s'appliquent qu'à l'étude des corps , finissent par croire qu'il n'existe rien autre chose que des corps. Cela prouve seulement que la vue de l'homme est bornée, et que ses passions retrécissent encore son intelligence. Ce qui est étonnant, c'est de voir ces philosophes, si enfoncés dans la matière, s'ériger en législateurs dans la morale , employer des recettes de pharmacie à l'enseignement de la vérité, prétendre réformer les moeurs avec des pains de sucre, et adoucir les hommes avec du jus de betterave. On sent combien ces inventions et ces méthodes sont admirables pour certains docleurs qni logent la pensée dans le bas-ventre; et leur opinion paroitra incontestable, pour peu qu'on veuille leur accorder que l'homme est composé de matière; car c'est là tout-à-la-fois la supposition d'où ils partent, et la conclusion où ils veulent arriver, en sorte que leur méthode philosophique consiste , à prendre pour fondement un point qu'ils commencent par supposer avant de l'avoir découvert. N'est-ce pas là une logique merveilleuse ?

L'auteur des articles combattus par M. Deluc ne forme pas d'autre raisonnement. Tout son système se réduit à avancer hardiment, en attendant qu'il le prouve, que la matière qu'on avait cru jusqu'ici indifférente, conçoit, au contraire, de vastes desirs de perfection : ces desirs font qu'elle aspire sans cesse à s'élever de l'état minéral à l'état végétal, et de l'élat végétal à l'état animal. Ainsi, une pierre tend à devenir une rose , une rose tend à devenir une huître, et une huître fait tout ce qu'elle peut pour devenir un homme, afin de manger des huitres à son tour; et ce qu'on peut assurer de plus clair à cet égard , c'est que l'auteur d'un pareil système est un homme qui raisonne comme une huitre. La conclusion de ce grand philosophe est que l'homme est une pierre perfectionnée par un accroissement progressif dans la force vitale. Il se fonde apparemment sur l'histoire de Deucalion et de Pyrrha , qui firent, comme on sait, des hommes avec des cailloux, et c'est pour cela qu'ils sont si durs : Inde homines nati, durum genus.

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Mais enfin qu'on n'imagine pas que je tire du principe de l'auteur des conclusions bizarres et forcées, je rapporterai ses propres expressions : « Les êtres les plus imparfaits, dit-il, aspirent » à une nature plus parfaite.... Le polype tend à » la nature du ver; celui-ci tend à l'organisation j de l'insecte; l'insecte aspire à la conformation du » mollusque ; celui-ci tend à se rendre poisson , » et ainsi de suite jusqu'à l'homme.... Il paroît » donc certain que les êtres les plus parfaits sortent » des moins parfaits. Les animaux tendent tous » à l'homme ; les végétaux aspirent tous à l'ani» malité; les minéraux cherchent à se rapprocher » du végétal. »

Le premier principe de toute bonne physique étant de ne rien avancer sans l'avoir vu , il semble qu'on serait en droit de demander à cet auteur où il a vu ce qu'il avance. Où a-t-il vu des minéraux passer à l'état de végétaux, et des plantes se transformer en animaux ? Cela se passoit, s'il faut l'en croire, il y a plusieurs milliers de siècles, dans un temps qu'il appelle la jeunesse de la nature ; car il est bon de remarquer que, selon ce physicien, la nature est aujourd'hui dans un état de décrépitude et d'épuisement : ce qui fait bien peu d'honneur à la philosophie. Mais, quoiqu'il en soit, comme il ne peut pas être mieux informé que nous de ce qui s'opéroit à une époque si reculée au-delà des temps connus , on voit tout de suite quelle peut être la force de son témoignage. .

M. Deluc prouve aisément que cette prétendue décrépitude de la nature n'est qu'une imagination ridicule, et de plus une contradiction de l'auteur;

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