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montagne de Sion et le temple; voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du reste des habitans de la cité. Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans se plaindre; il souffre toutes les avanies sans demander justice; il se laisse accabler de coups sans soupirer; on lui demande sa tête, il la présente au cimetére. Si quelque membre de cette société proscrite vient à mourir, son compagnon ira, pendant la nuit, l'enterrer furtivement dans la vallée de Josaphat, à l'ombre du temple de Salomon. Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère , faisant lire un livre mystérieux à des enfans qui le feront lire à leur tour à leurs enfans. Ce qu'il faisoit il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assista six fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut l'empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la pa. role de Dieu, on est surpris sans doute ; mais, pour être frappé d'un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la croix qui les condamne, et qui est plantés sur leurs têtes, près du temple , dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent dans leur déplorable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains, ont disparu de la terre; et un petit peuple, dont l'origine précéda celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons qu'on doit le trouver ici. Et qu'y a-t-il de plus merveilleux, même aux yeux du philosophe, que cette rencontre de l'antique et de la nouvelle Jérusalem au pied du Calvaire; la première s'affligeant à l'ass pect du sépulcre de Jésus-Christ ressuscité; la seconde se consolant auprès du seul tombeau qui n'aura rien à rendre à la fin des siècles ? chose à la faiblesse de ceux que leurs passions rex tiennent encore dans la barbarie du seizième siècle. On ne doit pas toujours mépriser les erreurs, même les plus méprisables. Il est utile, à bien des égards , qu'il existe un livre où la philosophie moderne se reconnoit elle-même ouvertement pour la fille des Hus, des Luther, des Zuingle, et l’héritière des principes de ces moines séditieux. Il est bon qu'on sache avec quel sang froid et quelle mém thode on professe encore aujourd'hui ces principes qui ont porté dans le monde la haine de toute autorité religieuse et politique. Il faut qu'on sache que ces philosophes appellent maintenant la révolution un corollaire de leur doctrine, en sorte que pour agiter toute l'Europe, et ôter la vie à plusieurs millions d'hommes, il n'a fallu que presser les conséquences de leurs principes, et mettre de la suite dans ses idées. Flatteuse perspective pour toute nation qui seroit tentée de confier le pouvoir à ces terribles logiciens! Mais maintenant que les chefs des états , mieux inspirés, travaillent à resserrer le lien de l'obéissance, et que les peuples, fatigués d'une servitude licencieuse, implorent la vraie liberté et le repos de l'ordre, osons demander compte de leurs systèmes à ces fanatiques de démocratie qui par·lent encore de faire des républiques et de morceler les états pour le bonheur du genre humain. Si l'expérience qu'ils ont faite ne leur suffit pas, elle suffit à l'univers qui s'en souviendra éternellement. C'est aussi un outrage trop sanglant, et une dérision trop amère, d'oser vanter encore à notre nation la philosophie qu'ils lui ont apprise, et la liberté qu'ils lui ont donnée.

CH.

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Sur un ouvrage intitulé: Essai, sur l'esprit et l'ina

fluence de la Réformation de Luther; par M. VILLERS.

L'OUVRAGE de M. Villers a reçu du public un accueil bien différent de celui dont l'Institut l'a honoré. Mais je ne sais s'il est plus mortifiant pour cet écriyain de voir mépriser un discours que ses juges ont couronné, qu'il n'est injurieux pour la nation de voir couronner un livre qui insulte à sa croyance, et qui attaque jusqu'aux fondemens de la société (1). Sont-ce les principes, est-ce le style de cet ouvrage que l'Institut revêt de son approbation? Il ne m'appartient point de le décider, et il suffira de faire voir quelle sorte de prix il mé ritoit sous ce double rapport. Plusieurs estiment qu'un tel livre est au-dessous de la critique, comme le seroient aujourd'hui les déclamations d'un Luther, et les sophismes d'un Calvin. Il se peut qu'ils aient raison de penser ainsi , et qu'on n'ait pas fort cependant de le critiquer. Il faut accorder quelque

(1) 'Il est juste de faire observer aux lecteurs que c n’exi qu'une classe de l'Institut qui a jugé l'ouvrage de M. Villers,

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Je ne me persuaderai sûrement pas que la classe de l'Institut qui a couronné l'ouvrage de M. Villers,

ni que M. Villers lui-même, approuvent les conséquences de cetle philosophie. Mais l'homme le plus modéré pose tranquillement, dans la spéculation, un principe dont la pratique va bouleverser

le monde entier. Il faut croire, pour l'honneur de . l'humanité, que les premiers philosophes qui commentèrent les Droits de l'Homme, ne savoient pas qu'ils déchaînoient des tigres dans la société; mais, après que des torrens de sang en ont attesté les effets, avec quel jugement M. Villers vient-il s'ex{asier encore sur la théorie de ces droits ! Il est vrai que les philosophes de 1793 ayant donné dans ce qu'il appelle une excentricité vraiment risible (1), M. Villers ne veut pas qu'on prenne leurs printipes tout-à-fait à la rigueur, et il parle d'un milieu modéré (comme s'il y avoit des milieux exq trêmes), qu'il faut tenir entre la démocratie spes culative et la démocratie pratique. Etrange philoso. phie, qui donne aux hommes des principes qu'ils doivent craindre de pratiquer dans toute leur éten: due , et qui prétend leur enseigner des vérités dont l'application seroit une erreur ! Voilà comme ces docteurs gouvernent les passions humaines. Ils s'applaudissent d'avoir rompu la digue, et ils disent au torrent : Vous êtes libre, mais n'allez pas nous inonder. N'est-ce pas se jouer manifestement de la société et de ses lois , et, sous l'apparence d'un discours mitigé , tepdre au renversement de tout ordre ? Ainsi, M. Villers, qui est si ferme sur le

(1) M. Villers, qui est un écrivain prodigieusement sérieux, et à qui tout paroit effroyable dans la conduite des papes , trouve enfin quelque chose de risible dans les massacres de 93. Cela est heureux ! Le beau mot que l'excentricité des Jacobins, pour peindre leur sègue de sang ! La barbarie du style est égale à celle des idées

chose à la faiblesse de ceux que leurs passions rex tiennent encore dans la barbarie du seizième siècle. On ne doit pas toujours mépriser les erreurs, même les plus méprisables. Il est utile, à bien des égards , qu'il existe un livre où la philosophie moderne se reconnoit elle-même ouvertement pour la fille des Hus, des Luther, des Zuingle, et l'héo ritière des principes de ces moines séditieux. Il est bon qu'on sache avec quel sang froid et quelle mém thode on professe encore aujourd'hui ces principes qui ont porté dans le monde la haine de toute autorité religieuse et politique. Il faut qu'on sache que ces philosophes appellent maintenant la révolution un corollaire de leur doctrine, en sorte que pour agiter toute l'Europe, et ôter la vie à plusieurs millions d'hommes, il n'a fallu que presser les conséquences de leurs principes, 'et mettre de la suite dans ses idées. Flatteuse perspective pour toute nation qui seroit tentée de confier le pouvoir à ces derribles logiciens! Mais maintenant que les chefs des états, mieux inspirés, travaillent à resserrer le lien de l'obéissance, et que les peuples, fatigués d'une servitude licencieuse, implorent la vraie liberté et le repos de l'ordre, osons demander compte de leurs systèmes à ces fanatiques de démocratie qui parlent encore de faire des républiques et de morceler les états pour le bonheur du genre humain. Si l'expérience qu'ils ont faite ne leur suffit pas, elle suffit à l'univers qui s'en souviendra éternellement. C'est aussi un outrage trop sanglant, et une dérision trop ainère, d'oser vanter encore à notre nation la philosophie qu'ils lui ont apprise, et la liberté qu'ils lui ont donnée.

Je ne me persuaderai sûrement pas que la classe de l'Institut qui a couronné l'ouvrage de M. Villers,

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