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LE SPECTATEUR :':'FRANÇAIS AU XIX.* SIÈCLE.

ME

VAR I É T ÉS MORALES,

POLITIQUES ET LITTÉRAIRES, RECUEILLIES DES MEILLEURS ÉCRITS PÉRIODIQUES.

-... PHILOSOPHIE MODERNE. -,',

Lettre aux Rédacteurs du Journal de l'Empire, sur

les principes d'impiété professés dans la Nosogra, phie Chirurgicale de M. RICHERAND.

Depuis long-temps, Messieurs, vous livrez à la philosophie moderne des combats aussi glorieux pour vous qu'humilians pour elle. Dépouillée de ses prestiges par la plus cruelle des expériences, elle voit diminuer chaque jour le nombre de ses admira-) teurs, ou, pour parler plus exactement, de ses dupes. Elle a perdu cet éclat imposteur dont l'environnèrent trop long-temps, des hommes célèbres ; il semble même que son souffle impurait desséché jus-, qu'au germe du talent, et nous n'en voyons.plus.

Tome V.

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croître sous ses malignes influences. Cependant tout n'est pas fait encore contre elle. Plus on lui porte de coups, plus elle úse d'adresse pour s'y échapper ; Protée subtil et quelquefois perfide, elle prend toutes les formes et se couvre de tous les masques pour déguiser sa honte et tromper la crédulité. Ello ne peut plus dominer; elle corrompt dans le secret : on la bannit de la littérature; elle se réfugie dans les sciences. C'est dans les sciences qu'elle a fixé son empire ; c'est là qu'elle prépare ses ténébreux :/ argumens, et c'est là aussi qu'il faut l'attaquer; c'est dans ce dernier retranchement qu'il faut la forcer. Je vois avec peine qu'aucun savant ne se soit encore chargé de cette honorable tâche; il en

est cependant plusieurs qui pourroient la remplir : avec gloire. En attendant que leur zèle s'éveille, jè

vous demande la permission, Messieurs, de vous dénoncer les ouvrages scientifiques où le philosophisme a caché ses poisons. J'aime la scienee, puisque j'ai consacré ma vie à l'étudier', et je ne puis faire un meilleur usage du loisir de ma retraite, que de l'employer à la venger. Si les faux juges la déshonorent en lui prêtant leurs monstrueux systêmes, qu'il s'élève du moins une voix en sa faveur, et que le public ne l'accuse plus de se rendre leur complice. · Ces réflexions m'ont été suggérées par la lecture d'un ouvrage de chirurgie, qu'un jeune philosophe vient de publier. Qui s'attendroit à trouver des dée olamations philosophiques dans un traité où il po doit être question que de fractures, de plaies et d'ulcères ? Cependant M. Richerand a eu l'art d'oro nier un sujet si ingrat; adepte fèrvent, il s'est cru oblige de donner à ses maîtres cette prouve singulière de dévouement à leur cause ; auteur habile, il

&-pensé que le meilleur moyen de répandre quelqu'intérêt sur des détails arides et rebutans pac eux-mêmes, étoit de les assaisonner d’un peu d'impiété. Malheureusement l'esprit du siècle est changé; on commence à se dégoûter de ces froides railleries, de ces misérables invectives qui n'attestent le plus souvent que l'ignorance ou la mauvaise foi de leurs auteurs ; et un livre qui n'attend ses succès que de pareils moyens , court grand risque de rester enseveli dans la boutique du libraire. Encore, si M. Richerand avoit imaginé quelque bonne calomnie, ou aiguisé quelques-uns de ces traits piquans qui étonnent et déconcertent par leur perfidie, on admireroit en lui le talent de l'invention, et du moins l'indignation sauveroit de l'ennui. Mais il est loin d'avoir même ce genre de mérite ; écho trop fidèle, il se borne à répéter les objections triviales et cent fois pulvérisées de ses devanciers, ou s'il y ajoute quelque chose, ce sont des imputations plus absurdes et plus ridicules encore..

C'est dans une prétendue Histoire de l'Art, placée à la tête de son ouvrage, que M. Richerand se livre à toute l'amertume de son zèle philosophique. La chirurgie des Juifs fixe d'abord son attention ; et comme les Juifs ont eu le malheur d'être le peuple de Dieu, on sent bien qu'un philosophe ne doit trouver rien de bon parmi eux. Il est vrai que l'histoire ne nous apprend rien de certain sur l'état et les progrès de la science chirurgicale au milieu de cette antique nation; mais M. Richerand va plus loin que l'histoire : ll affirmę hardiment » qu'elle devoit se réduire à une pratique routi» nière, et partager le sort de toutes les sciences. » Comment ,, ajoute-t-il, cette nation, soumise à la >> plus affreuse théocratie, et tellement enveloppée » dans les langes de la superstition, que les pratiques » les plus indifférentes de la vie étoient réglées dans » des livres auxquels elle attribuoit une origine » céleste......, eût-elle pu s'élancer vers un mieux » dont la connoissance lui étoit interdile comme » une curiosité condamnable ? » Je ne chercherai point à venger la chirurgie des Juifs du mépris de M. Richerand; il me faudrait, comme lui, substituer les conjectures aux monumens historiques ; et quoique les miennes eussent peut-être plus de vraisemblance que les siennes, je ne veux point user d'une aussi foible ressource : mais il me permettra du moins de discuter avec lui les motifs sur lesquels il appuie son opinion avec tant d'assurance.

Le gouvernement des Juifs étoit absurde! s'ensuitil nécessairement de là que l'art de guérir, l'un des premiers comme des plus pressans besoins de l'homme, n'ait point élé cultivé parmi eux ? Les Arabes aussi vivoient sous un gouvernement absurde, et cependant le siècle des Rhasir, des Avicenne, des Albucasis, n'a t'il pas été une des époques brillantes de la médecine? Mais je demande à M. Richerand de quel droit et à quel titre il ose appeler ‘absurde la législation de Moïse, législation si pure dans ses principes, si:sage dans ses ordonnances, si profondément empreinte dans les moeurs et dans les habitudes de la nation juive, qu'elle semble avoir en quelque sorte participé à l’immortalité de l'être souverain qui l'a diciée ? Les publicistes les plus célèbres en ont admiré les grandes et fortes conceptions, et un jeune élève d'Esculape, élevant sa petite opinion au-dessus de ces témoignages imposans, viendra nous la dénoncer comme un monu. ment d'ignorance et de barbarie! En vérité, une telle audace 'excède toute mesure. Après la terrible

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