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Le ciseau grec qu'aux chants d'Homère ou de Pindare,
Et la beauté des vers qu'aux splendeurs du carrare.
Car les muses sont sœurs et ces fdles du ciel
Aiment à se prêter un éclat mutuel.

Oui, j'ai senti le charme: Isis longtemps voilée,

La chaste muse antique à moi s'est révélée;

Le chef-d'œuvre expliquant le chef-d'œuvre oublié,

Dans ce temple des arts je fus initié.

Et depuis, — pardonnez à votre néophyte.

Dieux, tombés de l'Olympe et que l'art ressuscite,

Si j'ose demander, aux pieds d'un double autel,

Le secret du poête au sculpteur immortel;

Si j'ose reproduire en ma profane argile

Le bronze grec sculpté par Lucrèce ou Virgile,

Et rendre, dans un plâtre avec peine moulé,

Le marbre de Paros qu'Homère a ciselé.

J'ai suivi dans ces essais un système de traduction nouveau, que je devrais peut-être expliquer d'abord. Mais ce qui importe dans ces tentatives, c'est le résultat plutôt que le procédé. Peu de gens se rendent compta pourquoi une forme est belle; le plus grand nombre sent la poésie d'instinct et de goût. L'art n'est qu'un instiument: moins on l'aperçoit, plus il atteint son but, et la poésie, qui est un art plus compliqué qu'on ne pense, doil briller d'elle-même : Incessu patuit Dea. Or, si elle n'atteint pas ce but, à quoi bon disséquer des beautés qu'on n'aura pas reconnues? La critiqué n impose point, de haute lutte, le charme des vers. L'effet produit, au contraire, il sera utile d'exposer le système et d'étudier en détail cette belle forme antique si peu connue.

I

GRANDS MARBRES.

JUPITER OLYMPIEN.

Quand Phidias rat achevé sa statue de Jupitrr Olympien, un ami lui demanda comment il avait pu saisir dans l'ivoire cette léte de Jupiter qui semblaitempruntèe au ciel; il répondit qu'il s'était servi; comme d'un maître, des vers mlvinla d'Homère,

VsuRirs Maiiri t.

Thétis monte au matin dans les hauteurs des cicux;
Elle trouve à l'écart Jupiter, roi des Dieux;
De l'Olympe il tenait la cime éblouissante;
La Déesse lui passe une main caressante
Autour du menton ; l'autre a pressé ses genoux;
Elle parle au Dieu-roi de son ton le plus doux:
0 père Jupiter, si je fus toujours prête
A servir tes desseins, accorde ma requête:
Donne à mon fils la gloire; il n'a qu'un court instant
A vivre sur la terre ; Agamemnon pourtant
L'outrage, il lui retient sa part de la victoire;
Dieu des sages conseils, prends souci de sa gloire:

Ordonne: aussi longtemps que souffrira l'honneur

D'Achille, aussi longtemps qu'Hector soit le vainqueur!

Elle dit; mais le Dieu qui roule les nuages

Reste muet ; Thétis, à ces mauvais présages,

S'attache à ses genoux et parle en mots pressants:

Puisque tu ne crains rien, réponds; promets, consens.

Ou refuse, et qu'au moins, dissipant tous mes doutes.

Je sache si je suis méprisée entre toutes!

Le Dieu répond, après un soupir plein d'effroi:

Quels désastres, Thétis, quand, suscité par toi,

Dans le cœur de Junon j'allumerai l'orage

El que ses cris blessants provoqueront ma rage!

Junon sans cesse, auprès des Dieux Olympiens,

Me querelle et prétend que je sers les Troyens.

Quitte-moi donc et crains qu'elle ne nous regarde;

J'accomplirai tes vœux et prends tout sous ma garde.

Va, ce que je promets, tu le tiendras pour vrai;

Car d'un signe du front je le confirmerai;

Venant de moi, ce signe annonce a l'Empyrée

Ma résolution immuable et sacrée;

l'oint de loi révocable et point de serment vain

Lorsque j'ai consenti, d'un geste souverain!

Il dit, et Jupiter, fils de Saturne, abaisse

L'arc de ses noirs sourcils; sa chevelure épaisse,

Sur le front odorant du souverain des Dieux,

S'agite, et de son geste il ébranle les cieux.

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APOLLON.

Il est impossible de faire passer dans aucuur langue cette harmonie pittoresque dont le poetr nous co-irme daus ces vers.

Lessixg.

Il dit " ; Chrysès tremblant obéit à ses lois;

Silencieux, il suit la mer aux grandes voix;

Et, roulant mille vœux dans sa douleur amère,

Il prie Apollon-roi dont Latone est la mère:

Entends-moi, Dieu de Chryse, à l'arc resplendissant,

Toi qui tiens Ténédos sous ton sceptre puissant;

Si jamais je parai tes autels avec grîlce,

Si jamais j'y brûlai quelque victime grasse,

Chèvre ou taureau; remplis ce vœu de mes douleurs:

Que tes flèches aux Grecs fassent payer mes pleurs!

Tel il prie, et Phœbus Apollon qui l'écoute

Descend, la rage au cœur, de la céleste voûte;

Il portait son carquois de plumes hérissé;

Les flèches, sur son dos, sous son pas courroucé,

Claquaient ! il s'avançait pareil à la nuit sombre!

Il s'assied à l'écart et lance un trait dans l'ombre;

La corde rend un son terrible; l'arc d'argent

Frappe d'abord la mule et le chien diligent;

Mais les hommes bientôt, sous sa main vengeresse,

Tombent, et des monceaux de corps brûlaient sans cesse.

Homèke.

Agamemnon.

LE TITAN.

Lorsqu'aux foudres du Dieu l'on eut vu les Titans

Précipités du ciel, la terre aux vastes flancs,

Vénus l'ayant unie au Tartare .vorace,

Enfanta Typhoé, le dernier de sa race;

Dieu robuste, ses mains sont fortes au travail;

Rien ne lasse ses pieds; il porte a son poitrail

Cent têles de serpents et de dragons terribles;

Un dard noirâtre en sort; de tous ses yeux horribles

Le feu sur chaque front jaillit d'un sourcil noir;

Des voix, de chaque gueule épouvantable à voir,

Jettent cent cris divers; tantôt toutes ensemble

Éclatent jusqu'au ciel qui les entend et tremble;

Tantôt c'est un taureau qui mugit, indompté,

Tantôt c'est un lion par la rage emporté,

Tantôt des cris de chiens nouveaux-nés qui glapissent,

Tantôt des sifflements dont les monts retentissent.

De grands maux menaçaient le monde épouvanté;

Immortels ou mortels, le monstre eût tout dompté;

Mais le père des Dieux veille dans sa pensée:

Il tonne, impétueux; de sa foudre lancée

Le fracas gronde au loin dans les cieux entr'ouverts,

Des abîmes de l'onde aux fleuves des enfers.

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