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le serment. Et la reine et le duc de Bourgogne firent publier dedans la ville de Tours, que nul ne payât gabelles , impositions ni autres subsides, sinon le sel. Et après, tous ensemble de là se départirent, et allèrent à Vendôme , où ils firent publier, comme ils avoient fait à Tours , que nul ne payât nuls subsides ; et de là, par Bonneval, allèrent à Chartres , où ils arrivèrent le neuvième jour de novembre.

Etavoit la reine en sa compagnie quatre charriots qui menoient vingt femmes ; et si avoit seulement avec elle un chevalier nommé messire Robert de Cyne , duquel elle étoit très contente pour sa prud'hommie.

CHAPITRE CLX X XV I.

Comment ladite reine, venue à Chartres, écrivit à plusieurs bonnes

villes du royaume , et furent faites aucunes nouvelles ordonnances pour le gouvernement dudit royaume.

APRÈS que la reine de France fut venue en la ville de Chartres, comme dit est, fut ordonné et conclu qu'elle écriroit lettres en son nom à toutes les bunnes villes étant en l'obéissance du duc de Bourgogne; desquelles la copie s'ensuit de celles qui vinrent à Amiens.

« Très chers et bien amés, vous savez comment, par la coulpe et iniquité causée par la damnable convoitise d'aucunes gens de petit état qui ont pris le gouvernement de la personne de monseigneur et de son royaume, inaux innumérables et inconvénients s'en sont ensuivis, tant de la molestation de ceux du sang de mondit seigneur et d'autres comme de la perdition de la grand' partie de sa domination ; et mêmement és duchés d'Aquitaine et de Normandie, a duré et encore dure ledit gouvernement, sans ce que les dessusdits gouverneurs veuillent entendre à quelconque bien et bonne gouverne à être mise en ce royaume ; mais ont conclu mortelle haine contre tous preux et loyaux ; et ravissent leurs biens; et plusieurs exécutent à mort. Et en continuant en leur inauvaiseté, quand ils aperçurent que voulions entendre à labourer à la réparation et au bien de la paix de ce royaume , comme à nous compète , qui par la grâce de Dieu sommes compagne et épouse de mondit seigneur, comme il avoit été encommencé par notre fils et cousin de Hainaut, desquels Dieu ait l'ame! ils trouvèrent moyen d'eux éloigner de sa personne, afin que ne fût sue leur iniquité et demeurassent en leurs élats et offices. Et par ce moyen ils ont appliqué et appliquent chacun jour à leur singulier profit toutes les finances de mondit seigneur, sans ce qu'aucune chose en soit employée pour le bien de mondit seigneur ou de sondit royaume; et faussement et déloyalement nous ont dépouillée et dérobée ; et

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ont tant fait que mondit seigneur, nous et notredit fils le dauphin n'avons de quoi maintenir nos états et payer nos dépens : car, comme dit est , ils ont tenu et tiennent notredit seigneur et notre fils le dauphin, tellement qu'il convient qu'ils fassent ce qu'ils veulent et commandent, et à ce pourvoir, que la domination de mondit seigneur vienne és mains d’étranges, que Dieu ne veuille! Après ce que notre très cher et très amé cousin de Bourgogne a fait cesser lesdits inconvénients , il veut et offre paix à tous ceux qui avecque lui la voudront avoir, par ses lettres-patentes, publiées en plusieurs lieux de ce royaume. A laquelle les dessusdits nun voulant entendre, icelui notre cousin se mit en armes à très grand compagnie de chevaliers et écuyers, en intention d'ôter icelui mauvais gouvernement. Pour auquel résister et qu'il n'eut pas approchement à la personne de mondit seigneur, lesdits gouverneurs mandèrent et appelèrent à Paris toutes leurs garnisons , et abandonnèrent l'héritage de mondit seigneur aux Anglois, anciens ennemis de ce royaume. Et en ce faisant ils démontrèrent leur mauvaise intention; mais la plus grand partie des nobles de ce royaume et aucune grand quantité des prélats et bonnes villes , sachant ce que dit est, s'adjoindirent avecque lui pour le bien de mondit seigneur, comme de raison , lequel est triste et dolent, en acquittant sa loyauté, de l'escandale et déshonneur que lesdits gouverneurs ont fait à mondit seigneur, à nous, à notre génération et à la noble mesgnie (maison) de France, et à ceux qui y ont affinité ou alliance par mariage ou autrement, et non saps cause; car vraiment la chose lui touche grandemenl; car il laissa son siège devant Corbeil, et vint à nous pour nous mettre en franchise et ôter de la sujétion desdits gouverneurs ; et aussi à nous mettre à la compagnie de mondit seigneur, comme il est de raison. Et vînmes à la ville de Chartres; et notredit cousin avecque nous alla aviser et ordonner ce qui est à faire de nécessité pour la conservation de la domination de mondit seigneur et la récupération d'icelui , que brièvement entendons à faire pous et notredit cousin par le conseil et avis de bons prud'hommes , vassaux et sujets de mondit seigneur, sans plus dissimuler.

» Pourquoi, très chers et bons amis , nous qui devons avoir le gouvernement de ce royaume és besognes de mondit seigneur par le conseil de ceux de son sang, et de ce nous avons lettres-patentes de lui irrévocables, passées par son grand conseil, présents tous les grands seigneurs de son sang, comme sont oncles, cousins-germains et autres; el nous , qui avons entière et certaine connoissance de vos bonnes et loyales intentions au regard de la seigneurie de mondit seigneur, et mêmement parce que pour le bien d'icelui vous êtes enclins avecque notredit cousin à vous employer de corps et de pouvoir , sans épargner, jusques à la mort , pour parvenir plus brièvement à la conclusion désirée et nécessaire , vous sommons, requérons et néanmoins de par mondit seigneur et de nous , expressément vous mandons, que vous maintenez en sain propos à l'intention de notredit cousin , sans aucunemeol obtempérer ou entendre à quelques lettres ou mandement qu'au nom de mondit seigneur et mon fils le dauphin vous seroient envoyés au contraire. Et ne souffrez qu'iceux gouverneurs dorénavant aient de vous aucunes pécunes, par quelque manière ou couleur que ce soit et que puisse être, et sur la loyauté et obéissance que devez à mondit seigneur, et sur toutes les choses que pourriez forfaire et être notés de rebellion et inobéissance envers lui et nous : car en ce faisant, vous ferez votre honneur et devoir; et vous aiderons, secourrons et défendrons de tout notre pouvoir contre tous qui pour cette cause et occasion s'efforceroient de vous nuire , gréver et dommager. Très chers seigneurs et bien amés, de vous soit garde Notre-Seigneur.

» Écrit audit lieu de Chartres, le douzième jour de novembre. »

Et après ce, fut ordonné par le conseil de ladite reine et du duc de Bourgogne , que maître Philippe de Morvilliers iroit en la ville d'Amiens, accompagnéd'aucuns notables clercs,déclarés parledit conseil , avecque un grelfier juré ; et là feroient, de par la reine, la souveraine cour de justice, au lieu de celle qui étoit en parlement à Paris, afin que ne fût besoin d'aller à la chancellerie du roi pour impétrer mandements, ni pour quelque autre cause qui pût advenir ès bailliages d'Amiens , Ver

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