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Et durant les choses dessusdites , avoit plusieurs Dauphinois et Bourguignons qui avoient grand' confidence et communication les uns avec les autres, depuis le traité de la paix , espérant qu'i. celle dût être 'perdurable. Et s'assembloient très souvent en plusieurs lieux, d'un commun accord, pour faire guerre aux Anglois , anciens ennemis du royaume de France : mais la roue de fortune y pourrut par telle manière, que dedans brefs jours ensuivant furent en plus grand' tribulation et haine l'on contre l'autre , que jamais n'avoient été, comme ci-après sera déclaré.

CHAPITRE CCXIX.

Comment le duc de Touraine vint à grand' puissance à Montereau,

où faut Yonne, où il manda le duc de Bourgogne, qui étoit à Troyes en Champagne , lequel fut mis à mort piteusement.

On est vérité qu'après que Charles , duc de Touraine, eut visité les duchés de Berri et de Tours, se tira , atout ( avec ) vingt mille combattants , ou environ , à Montereau , où faut Yonne. Et tot après sa venue, envoya à Troyes', en Champagne, messire Tanneguy du Châtel, et autres de ses gens , atout (avec ) certaines lettres signées de sa main, par lesquelles il écrivoit très affectueusementaudit duc de Bourgogne, que pour conclure.

CHRONIQUES de Monstreret. - T. IV.

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et aviser à la réparation du royaume, et aussi pour grands affaires qui grandement le touchoient, il voulsît aller par-devers lui audit lieu de Montereau. Lequel duc, oyant cette requête , disféra par plusieurs jours d'y aller; et contendoit que ledit dauphin allât audit lieu de Troyes vers son père le roi, et devers la reine, et démontra plusieurs fois · audit Tanneguy, que plus convenable et expédient seroit qu'il y allât qu'autrement, afin de tenir leur conseil ensemble. Et sur ce, retourna ledit Tanneguy devers le dauphin, pour lui rendre la réponse qu'il avoit eue; mais finablement le dessusdit dauphin, et tous ceux de son conseil , prirent conclusion ensemble de demeurer à Mon-' tereau , et non ailleurs.

Et derechef retourna icelui messire Tanneguy, à Troyes, devers ledit duc, avec lequel il traita tant, qu'il vint à Bray sur Seine; et de la furent envoyés plusieurs messages de l'une partie à l'autre. Entre lesquels au derrain (dernier), le dauphin, y envoya l’évêque de Valence, qui étoit frère à l'évêque de Langres lequel de Langres éloit avec le duc de Bourgogne, et un de ses principaux conseillers , et étoit nommé Charles de Poitiers. Et quand icelui évêque fut audit lieu de Bray, parla par plusieurs fois audit duc de Bourgogne, et l'admonesta et induisit bien acertes qu'il voulsît aller devers ledit dauphin , disant qu'il ne fût en nulle douteou soupçon de quelque mauvaiseté. Et pareillement en parla féablement à son frère dessusdit ,

en lui remontrant que féablement il y pouvoit aller, et seroit mal de faire le contraire. Toutefois icelui évêque, pour vrai , ne savoit rien de ce qu'il advint depuis , et Irailoit de bonne foi les besognes dessusdites.

Finablement, tant par les remontrances dessusdites , comme sur les paroles de messire Tanneguy du Châtel, ledit duc de Bourgogne se conclut et disposa, avec son conseil, d'aller vers le dauphin, en la compagnie d'icelui évêque, el se partit dudit lieu de Bray sur Seine, le dimanche dixième jour de septembre mille quatre cent dix-neuf; et avoit en sa compagnie environ cinq cents hommes d'armes, el deux cents archers , desquels étoient capitaines inessire Charles de Lens, amiral de France, et Jacques de la Lime, maître des arbalêtriers ; et si y étoient plusieurs seigneurs; c'est à savoir Charles, fils aînédu duc de Bourbon ; le seigneur de Nouailles, frère au comte de Foix, Jean , fils au comte de Fribourg ; le seigneur de Saint-George, messire Antoine du Vergy, le seigneur de Jonvelle, le seigneur d’Ancre, le seigneur de Montagu, messire Guy de Pontarlier, et plusieurs autres , atout (avec) lesquels il chevaucha joyeusement jusques assez près de Montereau ; et étoit environ trois heures après midi. Et lors vinrent à l'encontre de lui trois de ses gens; c'est à savoir messire Antoine de Thoulongeon, Jean d'Ermay, et Saubretier; lesquels lui dirent qu'ils venoient de la ville, où ils avoient vu le pont, auquel lieu se devoient

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assembler plusieurs fortes barrières, faites de nou. vel, très avantageuses pour la partie du dauphin, disant qu'il pensât à son fait, et que s'il s'y boutoit il seroit au danger ( pouvoir) dudit dauphin et de sa partie. Sur lesquelles paroles ledit due, tout à cheval , assembla son conseil, pour savoir que sur ce il étoit bon de faire, et y eut diverses opinions; car les aucuns doutoient moult cette journée, et les nouvelles et rapports de ce que d'heure à autre ils oyoient.

Les autres, qui ne pensoient que bien , conseilloient, pour mieux faire, de laisser qu'il allât devers le dessusdit dauphin, et disoient qu'ils ne sauroient penser qu'un tel seigneur et prince , fils du roi de France, et successeur de sa noble couronne , voulsît faire autre chose que loyauté.

Et lors ledit duc, voyant etoyant les diverses opinions de son conseil, dit haut et clair, en la présence d'eux tous, qu'il iroit, sur intention d'attendre telle aventure qu'il plairoit à Dieu de lui envoyer; disantoutre, que pour péril de sa personne ne lui seroit jà réprouvé que la paix et réparation du royaume fût attargée ( retardée ); et que bien savoit que s'il failloit (manquoit ) d'y aller, et que par aucune aventure, guerre ou dissension se rémouvoit entre eux, la charge et déshonneur en retourneroit sur lui. Et adonc s'en alla descendre dedans le châtel de Montereau par la porte vers les champs; lequel châtel lui avoit été délivré, pour lui loger, par les conseillers du dauphin , afin qu'il

fût moins en soupçon qu'on lui voulsît faire aucune mauvaiseté; et fit descendre avec lui tous les grands seigneurs , et deux cents hommes d'armes, et cent archers pour lui accompagner.

Si étoit avec lui la dame de Giac , qui paravant, comme dit est, avoit été par plusieurs fois devers le dauphin pour traiter les choses dessusdites, et moult induisoit ledit duc d'y aller, en lui admonestant qu'il ne fût pas en doute de nulle trahison. Lequel duc, comme il montroit semblant, aimoit moult et croyoit de plusieurs choses icelle dame, et si l'avoit baillée en garde avecque partie de ses joyaux à Philippe Jossequin , comme au plus téable de tous ses serviteurs. Et tôt après qu'il fût descendu , ordonna à Jacques de la Lime, qu'il se mît atout (avec) ses gens d'armes à l'entrée de la porte , vers la ville, pour la sûreté de sa personne, el aussi à garder la convention.

Et entre temps, messire Tanneguy du Châtel revint devers lui, et lui dit que le dauphin étoit tout prêt, et qu'il attendoit après lui, et il répondit qu'il s'en alloit; et lors appela ceux qui étoient commis à aller avec lui, et défendit que nuls n'y allassent, fors ceux qui à ce étoient ordonnés, les. quels étoient dix, dont les noms s'ensuivent: c'est à savoir, Charles de Bourbon, le seigneurde Nouailles, Jean de Fribourg, le seigneur de Saint-George , le seigneur de Montagu , messire Antoine du Vergy, le seigneur d'Ancre, messire Guy de Pontarlier, messire Charles de Lens, messire Pierre de Giac,

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