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seils, tant par icelui duc, comme par autres seigneurs, surle régime et autres affaires du royaume.

Après la fin desquels conseils furent constitués, en la saveur dudit duc de Bourgogne, plusieurs nouveaux officiers de par le roi ; c'est à savoir, les seigneurs de l'Ile-Adam et de Chastellus, furent faits tous deux maréchaux de France ; messire Robinet de Mailly fut fait grand panelier; et messire Charles de Lens, fut commis amiral de France, jà-soit-ce que par avant en eût eu le don du roi messire Jennet de Poix, et se nomma amiral cerlaine espace ; maître Eustache de Lactre fut fait chancelier de France ; et maître Philippe de Morvilliers, premier président en parlement; et le duc de Bourgogne sul capitaine de Paris, et y commit son lieutenant messire Charles de Lens. Et aussi, comme dit est, lors ent audit lieu de Paris plusieurs besognes remuées, tant des offices de France comme d'autres choses, desquelles le roi étoit content; et accordoit toutes requêtes à lui faites par ceux de qui il étoit administre. · Esquels jours, par le commandement de messire Jean de Luxembourg, comine il fut commune renommée, fut mis à mort à la Chapelle, entre Paris et Saint-Denis, un nommé Jean Bertrand, capitaine dudit Saint-Denis , lequel avoit été un des meneurs de compagnies avec messire Gastelinas , Jean de Gingin et Jean de Clau, elétoient bouchers. Pour la mort duquel les Parisiens furent très mal contents; et pour trouver et punir ceux qui l'a . voient mis à mort, saillirent hors de leur ville en grand nombre ; mais ils ne furent pas trouvés ; car hâlivement s'étoient mis à sauveté. Si en firent grand plainle au duc de Bourgogne, lequel demanda au dessusdit de Luxembourg , s'il avoit fait faire cette cuvre, et il répondit que non : toulefois il demeura mort. Et comme il sut informé, les principaux facteurs de cette besogne , furent Lyonnet de Vendôme, le bâtard de Roubaix , et autres leurs complices , jusques an nombre de douze compagnons, mauvais garçons.

CHAPITRE CXCIX.

Comment le concile de Constance fut transmué par le pape Martin ;

de la prise du Pont-de l'Arche par le roi d'Angleterre, et autres matières.

En ce temps, par l'approbation du saint concile de Constance, pape Martin ordonna ledit concile général à être convoqué au cinquième an ensuivant, l'an mil quatre cents et vingt-trois, au mois d'avril. en cité et lieu habile , lequel lieu sera déclaré par lui ou son successeur un an derant. Et ainsi le pape se partit hors de Constance ; lequel sut jnené, hors de la maison de l'évêque , l'onzième jour de juin, par Sigismond, roi d'Allemagne et de Hongrie, étant à pied et tenant le frein de sa mule. Et ainsi le conduisit hors de la ville aux champs , et là le fit le pape monter à cheval, et puis alla tenir sa cour à Genève, où il fut environ trois mois.

Et en ces propres jours, Henri, roi d'Angleterre, vint à Louviers en Normandie, qui s'étoit mise en son obéissance, et de là alla loger à l'abbaye de Bon-Port, de l'ordre de Cîteaux, assez près du Pont-de-l'Arche. De laquelle ville et châtel dudit Pont étoit capitaine, de par le roi de France, messire Jean de Graville. Auquel fut envoyé, de par le roi Henri, le seigneur de Cornouaille , pour lui signifier qu'il rendît ladite ville en l'obéissance du dessusdit roi anglois. Auquel Cornouaille il fut répondu , que ce il ne feroit pas. Et adonc ledit Cornouaille lui dit : « Graville, je vous affirme sur » ma foi que demain , malgré vous et vos aidants, » passerai l'eau de Seine ; et si je la passe, vous » me donnerez le meilleur coursier que vous avez ; » et si je ne la passe, je vous donnerai mon chapel » d'acier, lequel je vous ferai valoir cinq cents, » nobles. »

Après lesquelles paroles promises, se partirent assez contents l'un de l'autre. Et lors messire Jean de Graville manda gens bâtivement de toutes parts pour garder lesdits passages. Avec lequel s'assemblèrent messire Jacques de Harcourt, qui pour ce lemps se tenoit à Estrepigoy, et moult d'autres seigneurs et gentilshommes, jusques au nombre de huitcents combattants, et bien douze mille hommes clu commun du pays. Toutefois, le lendemain,

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comme ledit Cornouaille avoit promis , vint pour passer Seine atout ( avec)buit petites nacelles , dedans lesquelles il se mit en l'eau , accompagné de son fils, âgé de quinze ans, de soixante combattants, et un seul cheval, chargé de petits canons et autres habillements de guerre. Si fit nager ( naviguer ) en une petite île , qui étoit au milieu de l'eau, de laquelle ils pouvoient pleinement traire sur les François dessusdits , qui gardoient le rivage. Lesquels François étant au nombre qui dit est dessus, sans faire aucune défense , se départirent en grand desroy ( désordre ), allant chacun où il pouvoit le mieux, sans tenir ordonnance ; et ledit messire Jean de Graville s'en retourna au Pont-de-l'Arche, messire Jacques de Harcourt à Estrepigny , et les communes s'enfuirent és bois.

Adonc, ledit Cornouaille et ses gens, ce voyant de l'île où ils étoient, passèrent outre par les bateaux dessusdits , et descendirent à terre. Si fitincontinent son fils chevalier, et tôt après passèrent par iceux bateaux, et autres qui furent amenés, environ mille combattants; desquels une partie allèrent escarmoucher avec Cornouaille devant le Pont-de-l'Arche , et les autres coururent les pays. Lequel Cornouaille, en parlant à messire Jean de Graville, lui dit qu'il s'étoit mal acquitté, et aussi les autres François, d'ainsi l'avoir laissé passer à si petite compagnie , attendu la grand' multitude qu'ils étoient. Et disoit outre et affirmoit, que s'il eût été en son lieu, atout (avec ) ses soixante An

glois , il eût bien gardé le passage contre la puissance des rois de France et d'Angleterre.

En après, les Anglois dessusdils rassemblés, se logèrent en l'abbaye de Mortemer, en la forêt de Lihons. Pour lequel passage ainsi gagné, tout le pays de Caux, et autres marches à l'environ furent en grand effroi , non pas sans cause. Et le lendemain, le roi d'Angleterre fit passer l'eau de Seine à son frère le duc de Clarence, atout ( avec) quatre mille combattants , et fit assiéger, des deux côtés de l'eau, la ville et le châtel du Pont-de l'Arche; et après fit faire un pont par-dessus Seine, au côté vers Rouen, pour passer à son aise quand bon lui sembleroit; lequel fut nommé le pont SaintGeorge; et se tint ledit siége environ trois semaines : au bout duquel terme , ledit messire Jean de Graville, dessus nommé, rendit au roi d'Angleterre icelle ville et forteresse du Pont-de-l'Arche, moyennant et par condition que lui et les siens se partirent sauvement avec tous leurs biens. Et par ainsi le roi d'Angleterre eut l'autorité de passer la rivière du tout à son plaisir; et y mit très grand garnison de ses gens, pour la doule desquels la plus grand partie des laboureurs du pays se rendirent fugitils avec leurs biens.

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