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partielles, qui ont le grave inconvénient de venir souvent infirmer le sens politique de l'élection générale précédente?

Telles sont les questions que je me suis posées, comme on pose des jalons sur une route nouvelle qu'on veut ouvrir; ces jalons m'ont conduit, après plus d'un tâtonnement, plus d'un redressement, à la découverte d'un mode extrêmement simple d'exercice de la puissance : individuelle, communale, corporative, nationale, et je le crois aussi puissant qu'il est simple et nouveau.

Ce mode d'exercice de la puissance individuelle et collective donne à la Majorité l'administration publique et a la Minorité le contrôle national; en même temps qu'il fait sortir de l'urne électorale un Élu, il en fait sortir onze contrôleurs; comme chaque électeur ne peut écrire valablement qu'un seul nom sur son bulletin, il résulte de cette combinaison toute neuve: que le premier nom qui sort de l'urne électorale indique la couleur de la Majorité compacte, et que les onze autres noms qui suivent représentent toutes les nuances de la Minorité divisée.

Le candidat dont le nom est sorti le premier de l'urne électorale est proclamé Maire D'État.

Les onze autres candidats qui viennent ensuite par rang d'inscription sur le tableau de recensement général des votes sont proclamés membres de la Commission

NATIONALE DE SURVEILLANCE ET DE PUBLICITÉ.

Total: XII noms;

Savoir:

Un nom qui représente la Majorité compacte;

Onze noms qui représentent la Minorité divisée.

Ce nombre XII suffit pour permettre à toutes les opinions dissidentes, à tous les intérêts inquiets, à toutes les idées mûres, de se produire et de se compter; mais s'il ne suffisait pas, rien ne serait plus facile que de l'augmenter. Ce que je cherchais donc, je l'ai trouvé: un véritable chronomètre qui, au lieu de marquer la marche du temps par le chiffre des heures, la marque par le nom des hommes.

Majorité et Minorité sont et doivent être les deux temps du pendule politique.

Pourquoi le pendule politique ne faisait-il jamais un mouvement, soit à droite, soit à gauche, que pour s'arrêter aussitôt? — C'est que le deuxième temps n'avait pas lieu, c'est que la Minorité était condamnée à l'immobilité et que, seule, la Majorité fonctionnait.

Dans ce système, il n'y a qu'un seul collège pour l'État tout entier. Tout lieu où l'on vote est considéré comme section de ce collège unique. Toutes les voix données à chaque candidat dans toute l'étendue du territoire sont d'abord recueillies par section; toutes les sériions comprises dans la même Commune sont additionnées à la Commune, et totalisées au chef-lieu de l'État dans les bureaux de la Questure chargée de dresser le tableau général de recensement des votes.

Plus d'élections partielles.

Plus de listes électorales; pour les rendre inutiles, il suffit que la cote délivrée par le percepteur revête la forme dont j'ai établi le modèle, et à laquelle j'ai donné le nom d'iNSCun'TioN De Vie Ou Police D'assurance

GÉNÉRALE.

On peut voter indistinctement partout où l'on est, mais on ne peut valablement inscrire plus d'un nom sur sou bulletin. Le vote se constate par l'apposition d'un timbre sur la Police D'assurance Générale, an moment même où l'électeur dépose son bulletin dans l'urne. Nul ne peut donc voter deux fois dans la même élection.

Fraudes électorales et influences locales disparaissent par l'impossibilité de s'organiser simultanément dans d'aussi nombreuses sections, rayonnant de tous les points de la circonférence au centre.

L'élu est véritablement l'élu de l'État, et non pas l'élu d'un département, d'un comté ou d'une province.

L'élu est affranchi, vis-à-vis de l'électeur, de toute dépendance, de tout lien.

L'électeur, à son tour, n'a plus à subir les obsessions des candidats; il n'a plus à craindre les menaces ou à résister aux séductions qui forment, dans les systèmes actuels, un cercle étroit autour de lui.

Électeurs et élus sont réellement et réciproquement libres.

Par cette élection à double ressort, qui fait ainsi une juste part à la Majorité et à la Minorité, je donue satisfaction à deux sentiments contraires:

Le Sentiment De Confiance, sentiment simple, exclusif de sa nature, et représentant l'unité, s'exprimaut exactement par le chiffre I;

Le Sentiment De Défiance, sentiment composé, formé de mobiles divers, s'exprimant dans toutes ses nuances par le chiffre XL

Nul mécanisme n'est moins compliqué: — deux roues qui s'engrènent et qui tournent en sens opposé.

Ai-je mis en application ces paroles de Platon ? — « La Meilleure Des Démocraties Est Celle Qui ResSemble LE PLUS A LA MONARCHIE. »

C'est ce que je vais essayer de vérifier par une hypothèse: Je suppose que le premier dimanche de mai dix millions d'électeurs aient voté,-et que les voix scsoient réparties ainsi qu'il suit:

A 4,000,000 de voix.

B 3,000,000

C 1,500,000

D 300,000

E 200,000

F 180,000

G 170,000

H 150,000

1 140,080

J 130,000

K 120,000

L 80,000

Voix perdues 30,000

Total. . . 10 millions.

À. personnifiant la Majorité Compacte, incarnant la confiance du pays, serait proclamé Maike D'État.

B. C. D. E. F. G. H. I. J. K. L., personnifiant la MiNorité Divisée, incarnant les défiances des partis, les dissidences d'opinions, les rivalités d'intérêts, seraient proclamés Membres De La Commission Nationale De Surveillance Et De Publicité. Ainsi la Minorité deviendrait à son tour Majorité; seulement, chacune de ces deux majorités, l'une résumant la Confiance et l'Administration, l'autre la Défiance et le Contrôle, aurait une signification différente et une attribution distincte.

En cas de désaccord sur l'interprétation de la volonté nationale et de l'intérêt collectif, entre ces deux majorités, entre l'Administration et le Contrôle, c'està-dire entre le Maire D'État et la Commission NatioNale DE SURVEILLANCE ET DE TUBLICITÉ, la partie hl

plus diligente des deux, Maire D'État ou Commission Nationale De Surveillance, convoquerait l'arbitre suprême, c'est-à-dire le Peuple, qui prononcerait souverainement.

Les onze membres de la Commission Nationale De Surveillance Et De Publicité ne jugeraient jamais, ils avertiraient toujours; il exerceraient le contrôle, jamais le pouvoir *.

Dans ce système, toute grande question, toute opinion populaire pourrait se faire jour et se débattre librement sans que jamais les nombreuses populations qui travaillent soient placées sous le coup de cette funeste alternative : ou d'être obligées d'interrompre leurs pressants travaux ou d'être exposées à subir des lois nuisibles votées à faux par suite de leur abstention.

Dans ce système, pour que le Peuple fût convoqué avant l'expiration du terme annuel et normal fixé au premier dimanche de mai de chaque année, il faudrait une circonstance extraordinaire, un cas très grave tels que: une insulte à venger, une agression à repousser, un allié à secourir.

En temps ordinaire, il suffirait au Peuple de donner un jour par an à la politique; mais ce jour-là, être collectif, il exercerait pleinement le pouvoir national.

Il n'aurait à craindre d'être trompé par aucune délégation, car s'il avait été abusé par de vaines promesses ou de faux semblants, dès le lendemain, averti et convoqué par la minorité vigilante, ombrageuse, composant la COMMISSION NATIONALE DE SURVEILLANCE, il

* Ce rôle serait celui que remplissait à Borne le collège des tribuns. Le nombre des tribuns dont il se composait avait fini par s'élever jusqu'à dix. Ils étaient élus chaque année. Ils ne siégeaient pas dans le sénat; ils avaient auprès de la porte un banc d'où ils pouvaient entendre les délibérations sans y participer. Si le senatus-consulte qu'il s'agissait d'émettre leur paraissait contraire à la loi ou aux intérêts du peuple, ils avaient le droit d'en empêcher l'exécution par le mot vélo, que l'un d'eux y opposait.

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