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» culiers sont ceux que nous nous soumettons, afin de » travailler corporellement à notre place sous le nom » d'esclaves. » Or, les sociétés nouvelles ont démontré qu'elles pouvaient se passer facilement de l'esclavage. Encore un pas dans cette voie, et les sociétés futures montreront qu'elles peuvent se passer non moins facilement de la guerre.

Guerre et esclavage sont destinés à la même fin. L'une ne doit ni ne peut survivre à l'autre. Les principales causes de guerre ont déjà disparu; toutes tendent finalement à disparaître. 11 n'y a plus de guerres de religion, il n'y aura plus de guerres de conquête *.

Pourquoi donc maintenant entre nations civilisées se ferait-on la guerre? Qu'y gagnerait-on ? La France s'emparât-elle de la Belgique, les Français en seraient-ils plus riches? Travailleraient-ils et consommeraient-ils plus? De même que le risque d'incendie tend à devenir de plus en plus rare, depuis que la tuile, le zinc, le fer, ont remplacé dans la construction des maisons et des usines le chaume, le bardeau, le bois; de même le risque de guerre tend à devenir de plus en plus rare depuis que les échanges de produits et les moyens rapides de transports jouent un rôle plus important que les agrandissements de territoire et que les obstacles naturels servant de frontières. Que sont maintenant les montagnes, perforées par les tunnels des chemins de fer? Que sont maintenant les fleuves, traversés par la multitude des bateaux à vapeur?

• « J'aime à le proclamer hautement, Le Temps Des Conquêtes Est Passé s Ans Retour; car ce n'est pas en reculant les limites de son territoire qu'une nation peut désormais être honorée et puissante, c'est en se mettant à la tête dfs idées généreuses, en faisant prévaloir partout l'empire du droit et de la justice. »

L'empereur Napoléon ni. Discours du 2 mars 18Ô-1.

En résumé, ce que seize princes ont pu faire le 12 juillet 1806 sous le nom d États Confédérés Du Rhin, ce que le 8 juin 1815 trente-huit États ont pu faire sous le nom de Confédération Germanique, pourquoi quelques princes et quelques États de plus ne pourraient-ils pas le faire? L'Europe aurait-elle marché en arrière au lieu de marcher en avant, et seraitelle donc moins avancée en 1852 qu'en 1815? Ce que je propose, après tout, qu'est-ce autre chose que ce qu'ont exécuté les vingt-deux cantons de la Suisse, le 1 août 1815, et que ce qu'ont réalisé les princes de la diplomatie s'appelant Metternich, Hardenberg, Humboldt, Gagern? Les appellera-t-on des esprits chimériques, des esprits absolus? L'acte de Constitution fédérative de l'Allemagne a prévu le cas d'infraction aux engagements contractés; je pourrais donc m'en tenir aux termes de l'article XI de ce traité; mais considérer la guerre comme un risque et appliquer à ce risque le principe de l'assurance est une idée si simple et si juste qu'elle rend inutile la constitution d'aucun tribunal commençant par employer la médiation et finissant par rendre un jugement austrégal. Liberté: telle est ma règle et je ne m'en dépars pas. Si un des États, après avoir adhéré à la convention ayant pour objet l'institution d'une assurance spéciale contre le risque de guerre, pouvait ne plus vouloir continuer de concourir à cette assurance, qu'à toute époque il soit libre d'y renoncer, car il n'y a jamais rien à gagner de maintenir dans l'indivision celui qui n'y veut point rester. Mais le cas d'une telle séparation serait contraire à toutes les probabilités, à toutes les vraisemblances, car l'État qui s'isolerait ne pourrait jamais avoir qu'à y perdre. Si forte qu'on suppose une fraction, elle sera toujours moindre qu'un entier.

De toutes parts, les esprits tendent plus que jamais

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;i repousser l'idée de guerre; maintenant, les nations ne cherchent plus leur grandeur dans l'extension de leur territoire; elles la cherchent dans l'accroissement de leur richesse, dans l'affermissement de leur crédit, dans le perfectionnement de leurs voies de communication et de transport, dans le progrès de leur agriculture et de leur industrie, dans la supériorité relative des objets d'échange. Les questions de frontières ont fait place aux questions de tarifs, lesquelles tendent elles-mêmes à faire place uniquement aux questions de débouchés. Que signifieraient à présent toutes ces anciennes questions de frontières naturelles tant controversées, pour lesquelles il s'est ouvert tant de négociations, livré tant de batailles, versé tant de sang, exposé tant de nationalités? Fleuves, océans, montagnes, ont cessé d'être des frontières inaccessibles, depuis que la navigation à vapeur permet de débarquer des armées sur toutes les rives, sur toutes les côtes; depuis qu'on a vu les chemins de fer perforer les montagnes et les convertir en souterrains. Telle est l'impulsion des idées et des intérêts qui pousse peuples et gouvernements dans cette voie nouvelle, que l'on pourrait appeler l'unité du Rail; telle est la force de cette impulsion, que les hommes qu'on eût fait servir à une autre époque à se disputer les rives du Rhin, on les emploiera un de ces jours à creuser sous le lit de ce fleuve un tunnel pareil à celu i que Brunnel a creusé sous le Ht de la Tamise! Il faut aux grands peuples de grandes tâches, ils ont besoin de s'illustrer; durant des siècles, ce besoin n'a pu se satisfaire que par la guerre, les victoires et les conquêtes; mais les peuples commencent h voir ailleurs la grandeur et la gloire. A l'aide de la vapeur et de l'électricité, changer les lois de l'espace et du temps, ici, en passant sous les fleuves ou traversant les montagnes pour mettre en communication deux

embarcadères, là, en perçant des isthmes pour unir par un canal deux mers séparées, l'Atlantique au Pacifique, ou la mer Rouge à la Méditerranée, et abréger ainsi la navigation du monde, ailleurs, en donnant à toutes les villes d'un État le moyen de correspondre entre elles en quelques minutes, partout, enfin, aplanir les obstacles, défis jetés par la nature au génie de l'homme : voilà le but vers lequel se tournent les regards de l'Europe tout entière!

Le risque de guerre disparu, les gouvernements perdent presque entièrement leur raison d'être ; ils ne sont plus rien, et les peuples sont tout.

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